U2 — LE COR
Qui marchait revêtu de housses violettes, Turpin disait, tenant les saintes amulettes :
(i Sire, on voit dans le ciel des nuages de feu ; Suspendez votre marche ; il ne faut tenter Dieu. Par monsieur saint Denis, certes ce sont des âmes Qui passent dans les airs sur ces vapeurs de flammes.
Deux éclairs ont relui, puis deux autres encor. » Ici l'on entendit le son lointain du Cor. — L'Empereur étonné, se jetant en arrière, Suspend du destrier la marche aventurière.
« Entendez-vous? dit-il. — Oui, ce sont des pasteurs Rappelant les troupeaux épars sur les hauteurs. Répondit l'archevêque, ou la voix étouffée Du nain vert Obéron, qui parle avec sa Fée. »
Et l'Empereur poursuit ; mais son front soucieux Est plus sombre et plus noir que l'orage des cieux. Il craint la trahison, et, tandis qu'il y songe. Le Cor éclate et meurt, renaît et se prolonge.
« Malheur ! c'est mon neveu ! malheur ! car, si Roland Appelle à son secours, ce doit être en mourant. Arrière, chevahers, repassons la montagne ! Tremble encor sous nos pieds, sol trompeur de l'Espagne! »
Sur le plus haut des monts s'arrêtent les chevaux ; L'écume les blanchit ; sous leurs pieds, Roncevaux Des feux mourants du jour à peine se colore. A l'horizon lointain fuit l'étendard du More.
— « Turpin, n'as-tu rien vu dans le fond du torrent?
— J'y vois deux chevaliers : l'un mort, l'autre expirant. Tous deux sont écrasés sous une roche noire ;
Le plus fort, dans sa main, élève un Cor d'ivoire; Son âme en s 'exhalant nous appela deux fois. »
Dieu ! que le son du Cor est triste au fond des bois !
Écrit à Pau, en 1825.