‹ uvre poétiqueChapitre 43 sur 54 · LA MORT DU LOUP · texte numérisé non relu

LA MORT DU LOUP

Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient.

J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,

Et je vois au delà quatre fonnes légères

Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères.

Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux.

Quand le maître revient, les lévriers joyeux.

Leur forme était semblable et semblable la danse ;

Mais les enfants du Loup se jouaient en silence.

Sachant bien qu'à deux pas, ne donnant qu'à demi.

Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.

Le père était debout, et plus lom, contre un arbre.

Sa louve reposait comme celle de marbre

Qu'adoraient les Romains, et dont les flancs velus

Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.

Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées,

Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.

Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris.

Sa retraite coupée et tous ses chemins pris ;

Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante.

Du chien le plus hardi la gorge pantelante.

Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer.

Malgré nos coups de feu, qui traversaient sa chair.

Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles.

Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles.

Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé.

Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.

Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.

I^s couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde.

Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ;

Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.

Il nous regarde encore, ensuite il se recouche.

Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,

Et, sans daigner savoir comment il a péri.

Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

J'ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre. Me prenant à penser, et n'ai pu me résoudre A poursuivre sa Louve et ses fils, qui, tous trois. Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois.

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