LA MORT DU LOUP
LES nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon.
Nous marchions, sans parler, dans l'humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçu les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. — Ni le bois ni la plaine
Ne poussaient un soupir dans les airs ; seulement
La girouette en deuil criait au firmament ;
Car le vent, élevé bien au-dessus des terres.
N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires.
Et les chênes d'en bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lors(][ue, baissant la tête.
Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quête
A regardé le sable en s'y couchant ; bientôt.
Lui que jamais ici l'on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçaient la démarche et les grifies puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux.
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches.
Nous alHons pas à pas en écartant les branches.
I. La vie et la douleur jettent surtout de profondes racines dans les cœurs solitaires et désolés : le chameau supporte sans se plaindre les plus pesants fardeaux, et le loup sait mourir en silence... De tels exemples nous seraient-ils donnés en vain? Si des animaux d'im naturel ignoble et sauvage souffrent avec résignation, ne pourrions-nous pas, nous, formés d'un limon plus noble, braver les malheurs de la vie?... Ce n'est qu'un jour.
(Lord Byron, Ckihle-Harold, ch. IV st. xxi )