‹ Œuvres anciennes d'André ChénierChapitre 1 sur 26 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

GiriIXAUMË, LIBRAIRE, BUE HAUTE-FEUILLE, J

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POLITIQUE

OEuTrf • anciennes.

POLITIQUE

OEuTrff anciennes.

Les antres de Paros de dîeux peuplent la terre; L'airain coule et respire; en portiques sa^crés STélancent le marbre et la pierre.

Tot-méme, belle Vierge, à la touchante voix,

^jmphe ailée, aimable Sirène!

Ta langue s'amollit dans les palais des rois; Ta hantenr se rabaisse; et d'enfantines lois

Oppriment ta marche incertaine; Ton {eu n^est que lueur, ta beauté n^est que &rd.

La Liberté du génie et de Fart Toorre tous les trésors; ta grâce, auguste et fière.

De nature et d^étemité Fleurit; tes pas sont grands; ton front,cetnt de lumière, Toudie les cîenx; ta flamme agite, éclaire,

Dompte les coeurs. La Liberté, Pour dissoudre ea secret nos entraves pesantes.

Arme ton fraternel secours:

C'est de tes lèvres séduisantes Qu^in visible elle vole; et par d'heureux détours Trompe les noirs verroux, les fortes citadelles, Et les mobiles ponts qui défendent les tours.

Et les nocturnes sentinelles.

Son règne, au loin semé par tes doux entretiens, Germe dans Tombre au cœur des sages :

Ils attendent son heure, unis par tes liens, Tous, en un monde à part, frères, concitoyens,

Dans tous les lieux, dans tous les âges.

Tu guidais mon David, à la suivre empressé.

Quand, avec toi, dans le sein du passé.

Fuyant parmi les morts sa patrie asservie ,

Sous sa main, rivale des Dieux, La toile s'enflammait d'une éloquente vie; Et la ciguë, instrument de l'envie.

Portant Socrate dans les cieux ; Et le premier consul , plus citoyen que père ,

Rentré seul par son jugement.

Aux pieds de sa Rome si chère Savourant de son cœur le glorieux tourment; L'obole mendié , seul appui d'un grand homme ; Et l'Albain terrassé dans le mâle serment

Des trois frères sauveurs de Rome '.

tJn plus noble serment d'un si digne pinceau

Appelle aujourd'hui l'industrie.

Marathon ! tes Persans et leur sanglant tombeau Vivaient par ce bel art : un sublime tableau

1. Ces tableaux, la gloire de fai peinture française, sont exposés, pour la plupart, au Musée du Luxembourg. {Note de V Éditeur.)

POLITIQUE

Œuvres aDciennes.

Veut sonder nolie plaie , et de tant de dookari Déroiler la source féconde.

On tremble; on croit, n'osant encor lever le bras.

Les disperser par TépouTante.

Ils s'assemblaient: lenr seuil, méconnaissant leurs pas. Les rejette; contre eux , prête à des attentats.

Luit la baïonnette insolente'.

Dieux! vont-ils fuir? Non , non : du peuple accompagnés,

Tous , par la ville ils errent indignés :

Comme Latone, enceinte, et déjà presque mère,

Victime d'un jaloux pouvoir.

Sans asile flottait, courait la terre entière.

Pour mettre au jour les dieux de la lumière.

Au loin fut un ample manoir.

Ou le réseau noueux, en élastique égide.

Arme d'un bras souple et nerveux.

Repoussant la balle rapide.

Exerçait la jeunesse en de robustes jeux.

Peuple! de tes élus cette retraite obscure

I. Le ao juin 1789, les députés dn ticn-ëlat, s'étant prÀentib à b porte principale de la salle des États, la IroaTèrciit fermée et défimdne par des soldats. Us se réunirent dans le jeo de panme de la me Saint-François à Venailles; et là ils prélèi«nt le serment solennd de ne point se séparer avant que la Constitution Iftt achevée et établie. {Noie de VÉdiUur.)

Fut la Délos. O murs! temple à jamais fameux! Berceau des lois ! sainte Masure !

IN'allons pas d'or, de jaspe, avilir à grands frais

Cette vénérable demeure:

Sa rouille est son éclat ! Qu'immuable à jamais Elle règne au milieu des dômes, des palais;

Qu'au lit de mort tout Français pleure, S'il n'a point vu ces murs où rénaît son pays; Que Sion, Delphe, et la Mecque, et Saïs, Aient de moins de croyans attiré l'œil fidèle;

Que ce voyage souhaité Récompense nos fils; que ce toit leur rappelle Ce Tiers-état , à la honte rebelle ,

Fondateur de la Liberté; Comme en hâte arrivait la troupe courageuse

A travers d'humides torrens ,

Que versait la nue orageuse; Cinq prêtres avec eux ; tous amis , tous parens , S'embrassant au hasard dans cette longue enceinte; Tous jurant de périr ou vaincre les tyrans;

De ranimer la France éteinte ;

De ne se point quitter que nous n'eussions des lois Qui nous feraient libres et justes ;

POLITIQUE

la LE JEU DE PAUME.

Router en paix son onde immense, Et dans ce lit commun tous ces faibles ruisseaux.

Perdre à jamais et leurs noms et leurs eaux.

O France ! sois heureuse entre toutes les mères.

Ne pleure plus des fils ingrats, Qui jadis s'indignaient d'être appelés nos frères : Tous revenus des lointaines chimères,

La famille est toute en tes bras.

Mais que vois-je?lls feignaient. Aux bords de notre Sei ne

Pourquoi ces belliqueux apprêts?

Pourquoi vers notre Cité-reine Ces camps, ces étrangers, ces bataillons français, Traînés à conspirer au trépas de la France ' ? De quoi rit ce troupeau d'eunuques du palais?

Riez, lâche et perfide engeance;

D'un roi facile et bon corrupteurs détrônés.

Riez; mais le torrent s'amasse.

Riez ; mais du volcan les feux emprisonnés Bouillonnent. Des lions si long-tems enchaînés Vous n'attendiez plus tant d'audace ?

I . L'aateur veat parler ici de cette armëe de dix mille bommes , ra85eiiibiëe autour de Venailies et commandëe par le comte de Belley, sout les ordres du maréchal de Broglie. Voyez les mêmes Mémoires. (Note de V Éditeur,)

LE JEU DE PAUME. i3

IjC Peuple est réveillé ; le Peuple est souverain :

Tout est vaincu. La Tyrannie en vain, Monsti^e aux bouches de bronze, arme pour cette guerre

Ses cent yeux , ses vingt mille bras ,

Ses flancs gros de salpêtre , où mugit le tonnerre :

Sous son pied faible elle sent fuir sa terre;

Et meurt sous les pesans éclats Des créneaux fulmiuans, des tours et des murailles,

Qui ceignaient son front détesté.

Déraciné dans ses entrailles.

L'enfer de la Bastille , à tous les vents jeté , Vole, débris infâme, et cendre inanimée '; Et, de ces grands tombeaux, la belle Liberté,

Altière, étincelânte, armée,

Sort. Comme un triple foudre éclate au haut des cieux , Trois couleurs dans sa main agile

Flottent en long drapeau. Son cri victorieux

Tonne : à sa voix, qui sait, comme la voix des Dieux, En hommes transformer Targile,

La terre tressaillit. Elle quitta son deuil; Le genre humain d'espérance et d'orgueil

Sourit; les noirs donjons s'écroulèrent d'eux-mêmes; Jusque sur les trônes lointains

I. Cet événement mëmorable eut lieu le 14 juillet 1 789. {Note de r Éditeur, )

i4 LE JEU DE PAUME.

Les tyrans, ébranlés, en hâte à leurs fronts blêmes, Pour retenir leurs tremblans diadèmes ,

Portèrent leurs royales mains.

A son souffle de feu, soudain de nos campagnes

S'écoulent les soldats épars ,

Comme les neiges des montagnes; Et le fer ennemi , tourné vers nos remparts, Comme aux rayons lancés -du centre ardent ^d'un verre , Tout-à-coup à nos yeux fondu de toutes parts.

Fuit et s'échappe sous la terre.

Il renaît citoyen ; en moisson de soldats

Se résout la glèbe aguerrie; Cérès même et sa faux s'arment pour les combats. Sur tous ses fils, jurant d'affronter le trépas.

Appuyée au loin , la Patrie Brave les rois jaloux, le transfuge imposteur,

Des paladins le fer gladiateur.

Des Zoîles verbeux l'hypocrite délire.

Sâlut, Peuple français! Ma main Tresse pour toi les fieurs que fait naître la lyre. Reprends tes droits, rentre dans ton empire:

Par toi sous le niveau divin La fière Égalité range tout devant elle.

Ton choix 9 de splendeur revêtu.

Fait les grands; la race mortelle

LE JEU DE PAUME. i5

Par toi lève son front, si long-tems abattq. Devant les nations , Souverains légitimes, Ces fronts, dits souverains, s'abaissent; la Vertu Des honneurs aplanit les cimes.

O Peuple deux fois né! Peuple vieux et nouveau!

Tronc rajeuni par les années!

Phénix, sorti vivant des cendres du tombeau!

Et vous aussi, salut! vous, porteurs du flambeau

Qui nous montra nos destinées!

Paris vous tend les bras , Enfans de notre choix ^ !

Pères d'un peuple! Architectes des lois!

Vous qui savez fonder d'une main ferme et sûre

Pour l'homme un code solennel , Sur tous ses premiers droits sa charte antique et pure. Ses droits sacrés, nés avec la Nature,

Contemporains de rÉtemel.

Vous avez tout dompté; nul joug ne vous arrête;

Tout obstacle est mort sous vos coups;

I. L'Assemblëe nationale partit de Versailles, avec le Roi, le lo octobre 1 769 , et vint s'installer à Paris. Elle tint provisoirement ses séances à rArehevêché; et, le 9 ooveHftbre, elle se transporta dans la salle dite d» Manége^iprè» desTuil^çs. Aujourd'hui cet emplacement est occupe par une partie de la rue de Rivoli. {Note de l'Éditeur,)

i6 LÉ JEU DE PAUME.

Vous voilà montés sur le Êiîte.

Soyez prompts à fléchir sous vos devoirs jaloux. Bienfaiteurs , il vous reste un grand compte à nous rendre : Il vous reste à borner et les autres et vous ;

Il vous reste à savoir descendre.

Vos cœurs sont citoyens : je le veux; toutefois

Vous pouvez tout : vous êtes hommes.

Hommes, d'un homme libre écoutez donc la voix! Ne craignez plus que vous. Magistrats, peuples, rois.

Citoyens, tous tant que nous sommes!

Tout mortel dans son cœur cache, même à ses yeux,

L'ambition, serpent insidieux, Arbre impur, que déguise une brillante écorce.

L'empire, l'absolu pouvoir.

Ont, pour la Vertu même, une mielleuse amorce. Trop de désirs naissent de trop de force :

Qui peut tout pourra trop vouloir.

Il pourra négliger, sûr du commun suffirage,

Et l'équitable humanité.

Et la décence au doux langage.

L'obstacle nous fait grands: par l'obstacle excité, L'homme, heureux à poursuivre une pénible gloire. Va se perdre à Técueil de la prospérité.

Vaincu par sa propre victoire.

LE JEU DE PAUME. ty

Mais au peuple, surtout, sauvez l'abus amer

De sa subite indépeadànce; G^ntenez daiis son lit cette orageuse mer ; Par vous seuls dépouillé de ses liens de fer^ -

Dirigez sa bouillante enfance.

Vers les lois, le devoir, et l'ordre, et réx|uité.

Guidez, hélas! sa jeune liberté.

Gardez que nul remords n'en attriste la fête.

Repoussant d'antiques affronts ,

Qu'il brise pour jamais, dans sa noble conquête, Le joug honteux qui pesait sur sa. tête.

Sans le poser sur d'autres fronts !

Ah! ne le laissez pas, dans la sanglante rage D'un ressentiment inhumain , Souiller sa cause et votre ouvrage !

Ah ! ne le laissez pas sans conseil et sans frein , Armant , pour soutenir ses droits si légitimes , La torche incendiaire et le fer assassin, • Venger la raison pa^ des crimes !

Peuple ! ne croyons pas que tout nous soit permis.

Craignez vos courtisans avides , O Peuple souverain! A votre oreille admis,

OGuvres anciennes. ^'

i8 LE JEU DE PAUME.

Cent orateurs bourreaux se nomment vos amis :

Ils soufflent des feux homicides.

Aux pieds de notre orgueil prostituant les droits.

Nos passions par eux deviennent lois; La pensée est livrée à leurs lâches tortures.

Partout cherchant des trahisons, A nos soupçons jaloux, aux haines, aux parjures, Ils vont forgeant d'exécrables pâtures.

Leurs feuilles, noires de poisons, Sont autant de gibets affamés de carnage.

Ils attisent de rang en rang

La proscription et l'outrage.

Chaque jour, dans l'arène, ils déchirent le flanc D'hommes, que nous livrons à la fureur des bétes; Ils nous vendent leur mort; ils emplissent de sang

Les coupes qu'ils nous tiennent prêtes.

Peuple! la Liberté , d'un bras religieux.

Garde l'immuable équilibre De tous les droits humains, tous émanés des Cieux. Son courage n'est point féroce et furieux ;

Et l'oppresseur n'est jamais libre.

Périsse l'homme vil! Périssent les flatteurs.

Des rois , du peuple infâmes corrupteurs !

L'amour du souverain , de la loi salutaire ,

Toujours teint leurs lèvres de miel ;

Peur, Avarice, oUiHaiae, é&t Içiir ^ien sanguinaire. Sur la Vertu toujours leur langue amère

Distille Topprobre et le fiel.

Hydre en vain écrasé, toujours prompt à renaître;

Séjans, Tigellins, etnpresséiB

Vers quiconque est devenu maître; Si, voués au lacet, de faibles accàsés Expirent sous les mains de leurs coupables frères; Si le meurtre est vainqueur; si des bras insensés

Forcent /les toits héréditaires;

C'est bien : fais-toi justice, ô Peuple souye^ain!

Dit cette cour, lâche et ^^diie.

Us avaient dit: c'^st )bien,\q^9f]|d, ji^ lyre à |a m^^n, L'incestu^x çbu^pteur, iype de ^Hg roi^in ,

Applaudissait à l^njcen/t^ç ^ Ainsi de dçijjLX pafjtiS; .ïçs ayçug}.<qs çpnsç^ls

Chassç^t U pajx, Co^trairjes , jnais pareils , Dans un égal ahyme une ég^lç j^éînei\cei

De. tous deux eutrsune les pas.

L'un, Vandale, sl^upide, en sçp humilie. arf;4;>gance. Veut être esclave et de3pote ,. et s'çffeqge

Qye camper soit hppfeijx et Jt}%s.

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