‹ Œuvres anciennes d'André ChénierChapitre 2 sur 26 · I. Néron. Foyét , dans Suétone ^ la Vie de cet Empereur · texte numérisé non relu

I. Néron. Foyét , dans Suétone ^ la Vie de cet Empereur

( .Note 4e l'Éditeur. )

ao LE JEU DE PAUME.

L'autre anne son poignard du sceau de la loi sainte; Il veut du faible sans soutien Savourer les pleurs ou la crainte.

L'un du nom de sujet, l'autre de citoyen ,

Masque son âme inique et de vices flétrie ;

L'un sur l'autre acharnés, ils comptent tous pour rien Liberté , Vérité , Patrie.

De prières, d'encens, prodigue nuit et jour,

Le Fanatisme se relève.

Martyrs, bourreaux, tyrans, rebelles tour à tour; Ministres efTrayans de concorde et d'amour^

Venus pour apporter le glaive; Ardens contre la terre à soulever les cieux.

Rivaux des lois, d'humbles séditieux, De trouble et d'anathème artisans implacables...

Mais oîi vais-je? L'œil tout-puissant Pénètre seul les cœurs à l'homme impénétrables. Laissons cent fpis échapper les coupables.

Plutôt qu'outrager Tinnocent.

Si plus d'un, pour tromper, étale un faux scrupule;

Plus d'un, par les méchans conduit.

Est vertueux bien que crédule.

De l'exemple éloquent laissons germer le fruit; La Vertu vit encore : il est, il est des âmes Où la Patrie^ aimée et sans faste et sans bruit.

Allume de constantes flammes.

LE JEU DE PAUME. at

Par ce» sages esprits, forts contre les excès ^

Rocs afFermis au sein de l'onde , Raison, fille du Tems! tes durables succès Sur le pouvoir des lois établiront la paix^

Et vous, Usurpateurs du monde, Rois, colosses d'orgueil, en délices noyés!

Ouvrez les yeux ; hâtez-vous. Vous voyez Quel tourbillon divin de vengeances prochaines

S'avance vers vous : croyez-moi , Prévenez l'ouragan et vos chutes certaines ; Aux nations déguisez mieux vos chaînes ;

Allégez-leur le poids d'un roi.

Effacez de leur sein les livides blessures,

Traces de vos pieds oppresseurs :

Le Ciel parle dans leurs murmures.

Si l'aspect d'un bon roi peut adoucir vos mœurs; Ou si le glaive ami, sauveur de l'esclavage.

Sur vos fronts suspendu , peut éclairer vos cœurs

D'un effroi salutaire et sage ;

Apprenez la justice : apprenez que vos droits

Ne sont point votre vain caprice.

Si votre sceptre impie ose frapper les lois.

Parricides! tremblez; tremblez, indignes Roisl

a 2 LE JEU DE PAUME.

La Liberté législatrice, La sainte Liberté, fille du sol français,

Pour venger Thomme et punir les forfaits , Va parcourir la terre en arbitre suprême.

Tremblez! ses yeux lancent l'éclair.

Il faudra comparaître, et répondre vous-même, Nus, sans flatteurs, sans cour, sans diadème.

Sans gardes hérisses de fer.

La Nécessité traîne , inflexible et puissante ,

 ce tribunal souverain

Votre majesté chancelante.

Là seront recueillis les pleurs du genre humain ; Là, juge incorruptible, et la main sur sa foudre. Elle entendra le peuple ; et les sceptres d'airain

Disparaîtront, réduits en poudre.

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