‹ Œuvres anciennes d'André ChénierChapitre 16 sur 26 · I. Voyez le chapitre précédent. {Note de l'Éditeur · texte numérisé non relu

I. Voyez le chapitre précédent. {Note de l'Éditeur

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dulgenoe pour les scélérats qui les avaient commises , en les appelant le Peuple ^ et en disant qae le Peuple éiait égaré; et si, ensuite, quand la première impression a été un peu affaiblie , il a nié ces crimes avec l'impudence la plus dérisoire; et, lorsqu'aujourd'hui de bons citoyens, des hommes qui ont une âme et des entrailles, qui aiment leur patrie, mais qui n'aiment pas les hypocrites diseurs de grands mots et £siuteurs d'actions dé* testables , veulent ramener leurs concitoyens au joug des Lois , à un gouvernement équitable et ferme , c'est-à-dire à la Liberté , et leur rappellent avec amertume et avec douleur tous ces amas dliorreurs dont un petit nombre de Cannibales ont souillé le nom français, si ce même partira dénonce ces hommes à l'inimitié publique, les accuse de haïr la Liberté, la Constitution, de calomnier le Peuple^ il n'est certes pas étrange que les victimes, ou que les parens et les amis des victimes de tant d'excès impunis, détestent le parti qui les a tous causés, tous justifiés ; et que les ennemis de la Constitution haïssent par crainte ou par vengeance ceux que les bons citoyens haïssent par amour pour la Constitution et pour l'Humanité.

Mais la seconde partie de la question qui m'a été faite mérite bien quelques éclaircissemens. Il n'est p2^ exactement vrai que les ennemis de la

Constitution^ et surtout que ses ennemis les plus acharnés haïssent si fort ce parti qui menace de ruiner et la Constitution et la France elle-même ; et , si Ton veut se rappeler les discours échappés à des généraux ennemis, ou à des Français peu dignes de Tétre, qui disaient : « ce parti-là périra «par lui-même; c'est des Constitutionnels que « l'on viendra difficilement à bout; » et, si l'on veut jeter les yeux sur un misérable pamphlet publié cette année par un ex-ministre ' , qui,. soit au con** trôie général, soit dans ses écrits,, soit dans ses projets contre-révolutionnaires, semble avoir toujours pensé qu'une fatuité sémillante et présomptueuse tenait lieu de talent, on s'assiu*era que parmi nos ennemis il eq est plusieurs à qui leur instinct dit fort bien qu'ils doivent beaucoup plus compter^ pour iy)us détruire, sur les. secourables folies de cette faction que sur les armes étrangères. Certes, si quelque jour on venait à découvrir que plus d'un orateur de ces bruyantes cohues entretient une correspondance lucrative avec les ennemis de la France, je ne serais pas du

I. M. de Galonné. Ce pamphlet, intitulé : Lettre d'an Publirciste de France à un Publiciste d'Allemagne , fut publié dans le mois d'octobre 1 791. M. de Galonné en avait fait imprimer un précédemment sous le titre de Lettre des PrinceSy dans lequel il avait organisé un plan de contre-révolution en Frauce.

{^Note de l'Éditeur.)

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nombre de ceux qui s'en étonneraient. L'un dit qu'il faut appeler au trône de France un des fils du Roi d'Angleterre. L'autre veut qu'on fasse une armée de tous les soldats chassés de leurs corps avec des cartouches jaunes. Cent inÊimies et cent extravagances pareilles y sont débitées tous les jours. Je ne conteste pas que la sottise, exaltée par des passions turbulentes, ne puisse atteindre à ce degré de démence; mais il ne serait pas impossible non plus que 1^ hommes qui se dévouent ainsi de gaieté de cœur à l'exécration et à l'opprobre ressemblassent à ce Zopyre qui se coupait le nez et les oreilles pour gagner une ville à son maître '. En un mot, comme nos ennemis n'ont pas beaucoup à craindre de ce parti, et peuvent lui devoir beaucoup , il n'est pas bien assuré qu'ils le haïssent; et ceux d'entre eux qui le haïssent n'ont besoin pour cela que des raisons que j'ai indiquées.

Quelques citoyens honnêtes gémissent de voir une aversion insurmontable diviser ceux qui aiment leur patrie, et ceux qui la déchirent en disant l'aimer. Ces citoyens veulent des choses impossibles : car quelle alliance peut-il y avoir entre la franchise, l'industrie, les mœurs publiques^

I . Darius, roi des Perses. Voyez , dans Justin , Uv. I, chap. X, l'histoire de ce Zopyre. {Ifote de l'Éditeur.)

MELANGES. î3i

et l'hypocrisie, la fainéantise, et tous les vices qu'elle entraine ? Quel lien peut rapprocher ceux qui ne veulent obéir qu'aux Lois et ceux qui veulent que les Lois leur obéissent; ceux qui ne veulent point de maîtres et ceux qui crient à l'esclavage, s'ils ne sont pas maîtres? Ce n'est point de ce que les hommes de bien ne sont pas réunis aux brouillons qu'il faut gémir, mais de ce qu'ils ne le sont pas entre eux ; car alors les brouillons seraient étouffés ou réduits au silence; et la France n'aurait plus d'eanemis.

Je prie le citoyen de Lille à la demande duquel je crois avoir satisfait d'agréer mes remercîméns pour les choses obligeantes qu'il a bien voulu me dire. Plus il y réfléchira, plus il restera persuadé que notre Patrie sera heureuse et libre, seulement lorsque tous les citoyens seront comme lui, et qu'ils ne feront partie d'aucun club, d'aucune société politiquevpsi'ce qu'ils haïront tout esprit de corps et départi, pour me servir des judicieuses expressions de sa lettre.

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