‹ Œuvres anciennes d'André ChénierChapitre 15 sur 26 · I. M. Rocderer. {Note de VÉçUteur · texte numérisé non relu

I. M. Rocderer. {Note de VÉçUteur

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En effet, laissez-nous faire, ne résistez à aucune de nos volontés, soumettez -vous, taisezvous, et vous verrez que nous serons fort contens , qu'il n'y aura point de bruit. La cour de Rome, ou les lits de justice, auraient-ils un autre langage ?

a II en résulterait , au contraire , un avantage «sensible : c'est que l'esprit public s'élève, et « prend un nouveau degré d'énergie au milieu <c des fêtes civiques. »

Je ne pense pas qu'il y ait sur la terre beaucoup d'hommes assez idiots pour méconnaître cette vérité- là. Or ce principe Jui-même ne suffit-il pas pour démontrer que de pareils honneurs ne doivent point être prodigués , surtout à des hommes indignes, à des hommes à qui la patrie a An faire grâce PY^X^ce par le triomphe de la rébellion que l'on forme l'esprit public ? Est-ce par les récompenses du crime que l'on excite les hommes à la vertu? Voilà certes un admirable raisonnement! Ainsi, quand les monstres qui ont ensanglanté Avignon viendront recevoir des cou^ ronnes à Paris, si quelques hommes de bien^ avant d'être assassinés par eux, les dévouent à l'exécration publique, on répondra avec une astuce niaise, et une bénignité captieuse : de quoi s'agit-il? Des patriotes ont tué des aristocrates; on les reçoit avec des fêtes^ : il ri y a rien là que de

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simple, et que d^innoeent; V esprit public £ élève au milieu des fêles civiques.

M. le Maire termine sa lettre en espérant qu'il ne restera aux ennemis de la liberté et de V Ordre que la honte de voir échouer leurs sinistres projets. C'est ce que j'espère aussi un jour, malgré les clubs et leurs créatures.

J'aurais tort d'oublier, en finissant, l'affectation qui règne dans cette lettre, comme dans tous leurs écrits, à désigner quiconque s'est soulevé contre la turpitude dé cette fête comme un artisan de manœuvres et un intrigant. M. Pétion , les intrigans sont ceux qui se dévouent aux intérêts d'un parti, pour obtenir des applaudissemens et ^s <Kgnité8; les intrigans sont ceux qui, étant magistrats publics, flattent lâchement les passions de la multitude, qui règne et les fait régner;, qui injurient, outragent, et appellent intrigpns les^ citoyens courageux qui ne veulent ni régner^ ni obéir à d'autres lois que les k>i& mêmes. Voilà quels sont les intrigans; et ceux qui , détachés de tous les partis , seuls , éloignés de toute société, tumultueuse, s'élèvent sans ménagement coaAre ees hommes avides et injustjO», les font coch naître, braven* leur haioe, eft méprisent leur inî* iBÎtié; ceux-* là, M. Pélion, ne sont pas des m* t^igans : ib sont des honmies probes et libres ^ estimés et honorés par tous les hommes prdke».

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qui sont capables d'être libres. Ils pourront bien , malgré leurs efforts, ne pas réussir à ramener leurs contemporains vers la justice et la vraie liberté ; ils pourront bien être livrés à la risée de ces hommes, ou vils, ou sans caractère, qui ne jugent que d'après les succès, et qui ne doutent pas que le plus fort sàt raison ; mais ils se consoleat avec le sentimeat qu'ik font ce qui est bien, Conuœ avec l'espérance que leur nom et leurs travaux attesteront un jour qu'un même joug ^t qui'un même vertige n'avaient point abattisi toutes les âmes et perverti tous les esprits; et ils s'ezicouragent eux-mêmes , en pensant que, quel que soii leur smt , iEs ne feront point rougir l<eur patrie dévsmt la postérité , qui rend enfin justice à tous. Ceux-là seuls, qui ne vespecteni: pas leur propre; conscienee ne sexït pas £atits pour savoir craindre les. jugemens de la* postérité.

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Ce 27 avril 179a.

liORSQUE des citoyens , étrangers à tout parti ^ à toute faction , et méprisant également la haine et Tamitié des méchans , ont appelé la sollicitude générale sur les excès de ces sociétés où des fanatiques obéissent 'à des fripons , et qui , déchirant leur Patrie de mille manières ^ ont le front de se nomraeT patriotiques, une foule de réfutations furent annoncées avec le Êiste le plus menaçant, et avec ce ton de triomphe qu'il serait sage de ne prendre qu'après la victoire. Cependant, malgré de si hautes promesses, quelques injures bien viles et quelques atrocités bien stupides sont les seules réponses par lesquelles ou ait essayé jusqu'ici de détruire les faits imputés à ces corporations tyranniques, et les raisonnemens par lesquels il a été prouvé qu'il est de leur nature de faire tous les maux qu'elles font. En attendant qu'il paraisse quelque réponse plus solide, tous les hommes qui savent lire, ce qui n'est pas à beaucoup près aussi commun qu'on le pense, sont priés de réfléchir sur quelques faits récens, auxquels l'agitation du moment et la foule in-

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nombrable de faits pareils qui arrivent chaque jour empêchent qu'on ne donne toute l'attention qu'ils méritent.

Un membre estimé de l'Assemblée con$tituante adresse au Maire de Paris une lettre éloquente et vraie, dont tous les bons citoyens lui ont su gré : on propose dans un club de le traduire devant les tribunaux. Cette cent-millième ineptie ne serait pas remarquable, si elle n'était sortie de la bouche d'un homme qui, je ne sais comment, se trouve siéger à l'Assemblée nationale. Or, rappelons-nous, je vous prie, avec quels cris ces mêmes gens-là invoquaient la liberté de la presse, lorsque tous les bons citoyens demandaient qu'une loi réprimât la licence calomniatrice des conseil- 1ers de meurtre et de pillage. Sans doute la Uberté de la presse consiste , selon eux , à protéger Taudace du crime , et à punir le courage de la probité .

Un magistrat est dénoncé par des membres de ces mêmes confréries, pour avoir dîné chez un homme qui ne leur plaît pas. Cette incroyable dénonciation est discutée, vérifiée; elle donne lieu à une espèce de cause judiciaire où ce magistrat, homme recommandable d'ailleurs, descend jusqu'à plaider lui-même, et ne craint pas d'avilir la dignité dont il est revêtu, non par un club, comme il leur permet de le croire, mais par les

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électeurs représentans du peuple du département de Paris, eu employant un disccmrs étudié pour se justifier d'une pareille accusation devant un pareil tfibuoal. Or, quelle autre raison peut engager à une telle démarche un magistrat de cette capacité , si ce n'est l'idée qu'il se forme du crédit et de l'influence de ces sociétés à qui il parlait ? je demande maintenant si ce témoignage ne dépose pas contre ces sociétés; je demande si la liberté peut exister là où les particuliers ont un tel crédit et une telle influence; je demande si l'on ne croit pas lire l'histoire des sénats de Tibère et de Domitien; si l'on ne croit pas entendre Tigellin oa Narcisse dénonçant à Néron qu'un tel a dormi pendant qu'il chantait , ou n'a pas juré par sa voix divine.

On me répondra qu'au fond tous ces discours, toutes ces dénonciations , tous ces plaidoyers , se réduisent à un vain bruit de paroles ; que ces clubs , quelque importance qu'ib se donnent, parviennent, après bien des efforts, à produire l'ignomi^^ meuse bambocbade des soldats de Châteauvieux, ou telle autre comédie semblable, mais qu'ils n'acquièrent aucun pouvoir sur la réputation , sur la vie , sur la liberté des citoyens : c'est ce qu'ont le courage de nous répéter encore aujourd'hui beaucoup de personnes, qui, sans doute, ignorent l'état de la ville d'Arles et de toutes nos pro*^

vinces du Midi. Mais , quand même j'accord^ais cette réponse, elle prouverait seulement Timpuissance de ces clubs; et mon observation n'en révélerait pas moins leur esprit , leur but , leurs prétentions ; et, si la vengeance et le châtiment ne se mesurent que sur le mal qu'on a fait, la haine et le mépris se mesurent fort bien sur celui qu'on a voulu faire.

La guerre où nous entrons , et que plus de sagesse, de dignité, de prudence, auraient sans doute évitée, mais qui, de quelque prétexte que nos ennemis la colorent, n'est que la continuation de l'antique guerre des Nobles et des Rois contre les hommes, va ouvrir un nouveau champ aux intrigues, à l'activité 9 aux fureurs, peut-être à l'agrandissement de cette ligue de confréries qui possèdent la France.

•Quand de pareilles congrégations existent , les opinions de leurs chefs sont abandonnées comme opinions particulières si elles ne réussissent pas; mais, en cas de réussite, fussent -elles contradictoires, elles passent toutes pour les opinions de la société. Ainsi, ne doutons pas que, quoi qu'il arrive , ils en proâteront pour leurs intérêts. Ils feront en sorte de trouver leurs propres succès dans les succès ou dans les revers communs. Nos biens ou nos maux augmenteront, ou leur

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force, ou leur crédit; et ils continueront à s'appeler insolemment le Peuple français.

Si la guerre est malheureuse , ils diront : nous l'avions prévu; nous ne voulions pas de guerre; et ils citeront quelque bavardage de quelqu'un de leurs docteurs.

Si elle est heureuse , ils diront : c'est nous qui avons fait la guerre ; et ils citeront encore.

Si la guerre est heureuse ; si l'impétuosité française, animée par l'enthousiasme naturel à des hommes qui combattent pour la Liberté de leur pays , nous procure d'abord des succès : alors que de cris! que de soupçons! que de conspirations découvertes! Cette victoire n'aura pas été remportée sur les ennemis, mais sur la Constitution; M. La Fayette sera en chemin contre Paris à la tête de son armée ; et César et le Rubicon rempliront les pages de mille éloquens pamphlets.

Si , au contraire , l'indiscipline de nos troupes , la mésintelligence, et d'autres causes, nous attirent d'abord des revers : alors d'autres cris , d'autres craintes; des délations chaque jour: nos soldats auront été trahis; nos généraux seront des perfides, vendus aux ennemis, vendus à la Cour; il fsiudra s'assurer de ceux-ci, emprisonner ceuxlà, etc.

Observez que , dans ce moment , où la guerre

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n'est pas encore commencée, la plupart de ces choses ont déjà été dites.

Les Carthaginois avaient presque pour usage de mettre eu croix leurs généraux malheureux; et les Romains consolaient un de leurs généraux qui , par sa faute , avait mis la république près de sa ruine : c'est que les premiers savaient qu'ils pouvaient devenir esclaves, et que les autres sentaient qu'ils pouvaient être battus, mais non vaincus; et que, tant qu'il existerait quelques Romains, la république vivrait encore.

cr De deux factions qui régnaient à Carthage, (c dit yn grand homme, peu estimé dans les clubs» <c l'une voulait toujours la paix , l'autre toujours « la guerre , de façon qu'il était impossible d*y ii jouir de l'une j et d'y bien faire Vautre '. d

Un parleur, connu par sa féroce démence et par une inexplicable haine contre un général dont on ne saurait le soupçonner d'être jaloux, a £ait, depuis quelque tems , de beaux sermons sur la Providence, et assure qu'il compte beaucoup sur son secours. Il faut qu'il la prie de nous conduire de manière qu'on ne puisse nous appliquer ce passage de Montesquieu. C'est elle aussi qu'il faut charger d'empêcher que nous ayons fait une im-

I. Montesquieu, Grandeur et Décadence de f 'Empire romain. (Note de VÊiUtew,)

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prudence funeste, en provoquant de raille manières le mécontentement des Suisses : ce qui peut découvrir soixante lieues de nos frontières à un Roi qui a des terres chez eux, et qui est notre ennemi.

Puisse aussi la Providence décréter que nous faisons sagement de n'avoir aucune défiance, et de compter même sur Tamitié d'une nation avide , entreprenante, calculatrice, et constante dans ses projets ; qui n'a jamais fait un pas que vers l'empire absolu de la mer; dont toute là prospérité est fondée sur le commerce; qui n'a jamais vu qu'avec un œil d'envie celui que nous faisons dans les deux Mondes ; et à qui nos belles colonies des îles de France et de Bourbon semblent être le seul point d'où nous puissions encore songer à nous lancer sur ce qui fut à nous dans le

continent de llnde, et d'où nos voiles puissent encore être connues sur les mers asiatiques, où ces colonies ne se défendent point par des arrêtés de club ! Cette nation est riche ; et elle possède une marine immense et florissante, c'est-àdire, où la discipline, sans laquelle il n'existe point de force, est sévèrement observée; où les équipages rebelles sont poursuivis par la puissance publique à quatre mille lieues de l'Europe; où un Jury, composé souvent des complices des accusés, n'est point chargé de décider de leurs

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crimes] Cette natiop n'appelle point patriotisme les pompeuses amplifications de rhétorique qui nuiraient à ses intérêts ; «t cette nation nous hait, précisément comme si ses clubs n'entretenaient aucune correspondance avec les nôtres.

Lorsqu'on réfléchit sur l'effrayante anarchie qui agite principalement nos plus beaux ports, et qui, si elle continue, nouis réduit sur mer à une telle impuissance de repousser les outrages que trente victoires ne seraient pas^plus avantageuses à nos ennemis; et, loi*squ'ensuite on rapproche cela des discours de beaucoup d'orateurs qui se 4Son): emparés de nos affaires, et qui, nous éxci«tSLUt pa]r de grands mots vides de sens aux plus * ai^ugles défiances suT' tous ^es ob^ets^ ne nous endormant et ne nous rassuDent que^sur cekrii-ià., dont le danger est si évident, il sembl&îqu'on «serait excusable de leur rendre- oi^ : soupçon de trahison et de vénalité, ^qu'ils répandent si' béte^ isEiênt'spr tous ceux qiii nie>pttrle&t pasî eoinmf ,6ux: Oh^oins estr#ieei»taih que?, s'ils ét^nt payés pav tes Puissances ieniûeiD^si' de k Fi^nde , ils nié -poun^iMit pas les serviit d^è .ipanière fài^ sure et ptuâl efficace; niais il faut lepr laisser J^esaccuisations sans preuves; et je ne suisiipsrsrdei ceux ^ui kttHbn^ït; an crime râ 4qi3e'r>îgnoraneece( la stiapîd^ présôn^toeûsesi «xpiiquetiit .auffisam-

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Hommes libres et droits , qui ne vous êtes inscrits sur aucune liste; qui n'avez d'autre bannière que la Constitution et les Lois , la Justice et THumanité^ sans lesquelles il n'est point de lois durables 9 ne vous découragez point! C'est à vous qu'il appartient de détruire tant de germes de maux et d'afflictions* C'est à vous qu'il appartient de démêler les trames des brouillons; de les épier, de les poursuivre, de les démasquer, de les flétrir , sans ménagement et sans relâche. L'intrépide Vérité , parlant par votre bouche , réchauffera tous les cœurs. Cette immense majorité de la Nation, qui est vraiment le Peuple français, se reconnaîtra et parlera enfin; et les pervers, épouvantés de leur petit nombre , rentreront dans leur boue après vous avoir honorés de leurs outrages.

Quand un pays est dans l'état où nous sommes, rien ne. peut égaler l'effronterie des hommes de parti à nier ce qui est , et à soutenir ce qui n'est pas. Quelque chose qu'ils disent ou qu'ils fassent, ils soiit toujours sûrs que tout le parti élèvera la voix pour crier qu'ils ont eu raison, saos examiner ce que c'est qu'ils ont fait ou dit , et même sans le savoir.

Vous .serez accusés de vénalité par cette foule de misérables qui n'attendent qu'un acheteui;; et qui , étrangers à tout sentiment honnête , ne coi^

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çoivent pas qu'on aime sa patrie assez pour les haïr par cette seule raison. Us diront qu'en préchant les lois et la paix vous ne cherchez qu'à semer le trouble, puisque vous cherchez à soulever tous les citoyens contre leur tyrannie, et que vous ne les laissez point régner en pail. Ils appelleront vos écrits des écrits infâmes^ comme si la raison, le courage, l'amour des lois et de la liberté, l'horreur pour les tyrans, et surtout pour la pire espèce de tyrans, je veux dire ceux qui tyrannisent au nom de la Liberté, pouvaient être des choses irtfâmes; mais ces messieurs se sont promis d'altérer toute la langue , comme ils ont déjà perverti le sens des mots Patriotisme y Cimme, Liberté, Égalité ^ République j etc., et, dans leur nouveau jargon, un ouvrage est infâme, lorsqu'il dévoile des infamies. Enfin des législateurs journalistes, que des lâchetés mal calculées ont perdus, et qui n'emploient désormais beaucoup d'esprit, de lumières et de renommée, qu'à déguiser ce qu'un vil mensonge a de plus absurde , pour envenimer ce qu'il a de nuisible et d'atroce, ne manqueront pas de vous dire en cent manières différentes que vous' êtes pensionnaires de la Liste civile, que vous voulez rétablir la Noblesse ; que vous êtes des intrigans, puisque vous abhorrez leurs basses intrigues. Ils vous harcèleront chaque jour de cent autres

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impertinences aussi ingénieuses , qu'ils savent assaisonner d'un fiel à travers lequel perce la rage de s'être avilis sans ressource et surtout sans profit : duperie qui est la seule chose dont ils soient humiliés. Vous ne ferez aucune attention à toutes ces turpitudes , persuadés que tôt ou tard la Raison, la Justice, la Vertu, l'emportent sur les cla«* meurs des sycophantes; que les calomnies périssent avec les calomniateurs; que la Vérité de* meure ; et que les fourbes ambitieux et menteurs finissent toujours par être aussi méprisés que méprisables.

Ce 3 mai 1792.

Citoyens français! aujourd'hui >]u'uii événement déplorable et honteux, au commencement de la guerre ' , vient de nous avertir sévèrement de quel prix est la sagesse et la raison, gardons nous de cette mobilité d'esprit qui a toujours semblé le caractère de notre nation. Le moindre succès élève nos espérances jusqu'à un degré qui tient à la folie. Le moindre revers nous plonge dans l'abattement. Mais, si, au milieu d'une juste douleur, nous voulons enfin mûrement examiner les causes des malheurs qui viennent de nous affliger, et prendre fortement les remèdes sûrs que ces malheurs nous indiquent , nous n'avons point lieu de nous décourager. Ouvrons

I. Il est ici question de l'assassinat de Théobald Dillony général à Tarmée du Nord , massacré par ses propres soldats sous les murs de Lille, le 27 avril 179a, dans Taffaire désastreuse de Saint- Amand, dont les Autrichiens payèrent si chèrement l'avantage à Jemmapes, quelques mois après. VoyeZy pour plus amples détails , tous les journaux du tems , et spécialement le Recueil des séances de TAssemblée nationale.

{Note de VÉdUewr,)

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seulement les yeux; sou venons-nous que fortune, hasard 9 bonheur , ne sont que de vains roots; que le succès est la récompense de la bonne conduite; que les revers sont les châtimens de l'imprudence. Puisque nous avons négligé les conseils de la sagesse j mettons au moins à profit les Êiutes qu'elle nous avait prédites. Que le passé corrige l'avenir; et, alors, non-seulement les tristes scènes dont nous gémissons ne seront point un augure sinistre; mais plutôt elles auront été comme un épouvantail placé à l'entrée d'une route dangereuse, pour nous apprendre à la quitter au plus vite.

Jusqu'ici les hommes qui voyaient avec effroi le relâchement de toute discipline dans nos armées , l'insubordination et la révolte réduites en système, et devenues notre code militaire; les soldats encouragés à aller puiser dans les clubs les principes les plus détestables, ou les conséquences les plus pernicieuses et les plus fausses de principes vrais; les chefs dégoûtés de mille manières, outragés, chassés, frappés, assassinés impunément, et toujours condamnés sans être entendus; les soldats toujours excusés , justifiés sans examen, applaudis, récompensés, quand on eût dû les punir : ceux qui voyaient avec effroi toutes ces choses et mille autres semblables, qui en gémissaient hautement, et qui voulaient

nous en faire envisager les funestes suites, pas- ^ient, sinon pour des traîtres et des perfides, au moins , aux yeux des plus modérés , pour des hommes imbus de vieux préjugés, incapables d'ouvrir leur esprit à des institutions nouvelles, ei de s'élever à la hauteur de la Révolution. Mais, bien loin de là, ces hommes, injuriés chaque jour par une foule de scélérats mercenaires, étaient et seront toujours des amis de la Patrie , des amis de l'humanité et des lois, qui, au Ueu d'aller, par des déclamations furieuses, caresser les passions d'une multitude oisive et ignorante, emploient leurs loisirs et leurs réflexions à étudier Fhistoire et la nature des choses. Ils savent que, lorsque des hommes armés et réunis ne sont point contenus dans les règles et dans les limites d'une exacte discipline, la débauche, l'insouciance, une fainéantise contagieuse , ne tardent pas à énerver leurs âmes et leurs corps; ils savent que l'insubordination dans les armées est de l'essence des empires despotiques, où les soldats au moins vengent quelquefois les maux de tous , mais toujours par des maux encore plus grands; et que les peuples libres, qui ont fait de plus grandes choses que les autres dans la guerre, ne l'emportent sur leurs rivaux que par la rigide austérité de leur discipline. On croit citer en exemple contraire les ennemis mêmes contre lesquels

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nous combattons; mais, ces Allemands, sout-ce leurs pères qui leur ont transmis leur art militaire, ou s'ils l'ont emprunté d'ailleurs? Leurs armées ressemblent-elles à celles de ces antiques hordes septentrionales, ou sont-elles gouvernées par des règles semblables à celles des armées romaines ? Qu'on ne traite donc plus avec une dérision aussi insensée qu'orgueilleuse la discipline allemande ou prussienne; et qu'on sache imiter les despotes dans les choses où les despotes ont imité les peuples libres.

Jetons même , puisqu'il le faut , un coup d'œil sur l'horrible et honteux événement dont nous avons souillé le commencement de cette guerre. Je ne remarque point que des soldats français ont fui ; car les choses qui suivirent furent telles qu'on ne songe point à reprocher leur fuite à des soldats français. Us ont assassiné leurs chefs ; ils ont massacré des prisonniers désarmés. De pareilles horreurs composent-elles l'histoire des peuples libres , ou celle des tyrannies orientales ? C'est là que les armées ressemblent à ces animaux féroces que l'on apprivoise dans les mêmes pays pour les dresser à la chasse , mais qui , lorsqu'ils manquent leur proie , reviennent furieux , et font trembler Içurs conducteurs '. C'est là que les, gé-

I. Ce fait est rapporté par Chardin dans le Recaeil de ses Voyages en Perse, ( Note de l'Éditeur, )

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néraux sont égorgés, que les prisonniers sont mis en pièce , que les prisons et les châteaux-forts sont le seul asile où l'on puisse soustraire les ambassadeurs et les étrangers paisibles aux emportemens d'une populace forcenée. Est-ce là que nous voulons choisir nos exemples; et les troupes françaises vont-elles devenir des janissaires?

Si quelque chose pouvait encore aigrir la douleur de tous les cœurs vraiment patriotiques , ce serait le ton et les discours de tous ces fanatiques odieux , de tous ces vils brouillons qui peuplent les clubs, et que le mauvais génie de la France a suscités et entretient contre elle. De là sont partis tous nos maux; là, s'est fomentée l'indiscipline , la sédition ; là , s'est déclarée la rébellion contre toutes les autorités légitimes, la h^ine pour tous les hommes vertueux, la protection pour tous les malfaiteurs. Us ont déjà vomi sur la tombe du malheureux Théobald Dillon et des compagnons de son infortune les calomnies atroces et lâches qui , depuis quatre ans , sont les seuls honneurs, les seules expiations qui aient suivi les meurtres de tant de victimes : ne doutons pas que les auteurs de tant de désordres ne mettent tout en œuvre pour les faire durer; ne doutons pas qu'ils ne combattent pour la révolte et le brigandage, comme pour leurs autels et leurs foyers; ne doutons pas qu'ils n'intéressent

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les droits de Thomme à l'impunité de ceux qui abandonnent et massacrent leurs généraux; ne doutons pas que ces plumes mensongères et féroces , qui font à la Patrie Tinsulte de se nommer patriotiques y ne travaillent maintenant et ne s'évertuent pour venir, quand la première douleur sera passée, nous intéresser au sort de soldats qui n'ont su manier leurs armes que pour des assassinats ; nous dire qu'à la vérité ils ont été égarés y mais que les chefs étaient des Aristocrates; qu'ils étaient vendus ; et il ne tiendra pas aux efforts de ces misérables que nous n'entendions quelque bouffon, qui n'aura fait que changer de tréteaux, nous proposer de décerner le triomphe à ces fuyards meurtriers.

O vous tous, dont l'âme sait sentir ce qui est honnête et bon! Vous tous, qui avez une patrie; qui savez ce que c'est qu'une patrie; qui saviez ce que vous disiez , quand vous jurâtes de la défendre ; et pour qui vii^re libre ou mourir signifie quelque chose! Citoyens français, vous tous qui avez des fils, des femmes, des parens, des frères, des amis, avec qui et pour qui vous voulez vaincre, avec qui ou avant qui vous êtes résolus demourir! jusques à quand parlerons-nous de notre liberté pour rester esclaves de actions impies! Élevez donc la voix, montrez-vous; que la Nation paraisse, et fasse rentrer dans le néant

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tous ces attroupemens d'idiots qui usurpent son nom , et qui , commandés par des fripons , vont nous perdre si vous n'y mettez tous la ifiain! Ce moment est le seul qui nous reste : c'est le moment précis où nous allons "décider de notre ave^ nir. Malheur à nous si nous fermons l'oreille au premier avis que la guerre vient de nous donner ! Si notre conduite est courageuse et sage; si nos Représentans savent déployer en cette occasion ce grand caractère d'équité , de constance , de vigueur, qui est digne d'eux et de nous; si ceux des régimens de ligne qui ont montré un cou- ' rage français, si ce bataillon de braves gardesnationales que la ville de Paris doit éternellement s'honorer d'avoir vu naître; en un mot, si tous les guerriers qui ont agi en bons soldats , en bons citoyens, en hommes libres^ sont loués et récom» pensés comme ils le méritent ; si ceux qui ont abandonné leur général sont chassés avec igno* minie, et interdits pour jamais de l'usage des armes et des droits du citoyen; si les meurtriers de leurs chefs sont punis du dernier supplice ' ; si les lâches qui massacrent les prisonniers sans

I. On lit dans le Moniteur dû 2S mai 1792 qu'un des assassins dû général Dillon y nommé Vasseur, fut condmuné à mort par le^ Jury du jugement de la. vitte d^ Dou|lj^ {Note de l'Éditeur,)

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C'est à la France à fournir son armée ; mais c'est à vous à la faire; et pour cela tous avez à créer et à réparer. Vous êtes chargés d'empêcher que les Français, en jurant de défendre leur liberté contre tous leurs ennemis, n'aient fait un serment frivole et vain. Des despotes étrangers, tout en disant qu'ils ne veulent point nous faire la guerre, osent nous dicter la Constitution sous laquelle il leur plait que nous vivions: Législateurs! c'est voua qui déciderez si ces outrageantes propositions sont des ordres à redouter, ou si elles ne sont que des bravades ridicules. Souvenez-vous enfin qu'une armée indisciplinée n'est redoutable qu'à son pays.

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Ce II mai 179a.

Un citoyen de Lille me demande, dans une lettre que j'ai reçue aujourdTiui , « par quelle ini< concevable et incompréhensible singularité les «meilleurs amis de la Constitution et ses enne- « mis les plus acharnés ont à-peu-près la même « £siçon de penser et la même aversion pour le « parti des Jacobins : ce qui , ajoute-t-il , lui pâte raît un paradoxe, qu'il serait charmé de me voir ec résoudre dans le Journal de Paris. » C'est ce que je puis faire très-aisément, en admettant la vérité du fait sur lequel il m'interroge, et en prévenant que par ces mots ; le parti des Jacobins je n'entends point tous les individus qui se sont assemblés jusqu'ici dans l'église de ce nom , mais ceux qui forment véritablement un partie qui président à toutes les opérations de ces sociétés , qui ont des plans et une administration , et qui , entretenant une vaste correspondance avec une multitude de sociétés semblables , éparpillées sur la France, ont composé et font vivre cette corporation, la plus destructive, la plus anti-sociale qu'il y ait jamais eu sur la terre, et que je ne

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cesserai de poursuivre tant qu'elle existera, ou tant que j'existerai.

Si, comme vraisemblablement il n'en doute pas , et comme aucun homme clairvoyant ne peut en douter, c'est à ce parti-là seul qu'il faut attribuer l'anarchie qui nous tourmente, et la désorganisation complète vers laquelle la France s'achemine à grands pas ; si c'est ce parti-là qui , en affectant de se nommer Amis de la Constitution , ne s'est encore signalé que par des attaques ouvertes ou cachées, et par des déclamations violentes contre la Constitution ; qui , en parlant toujours des Lois, s'est mis au-dessus des Lois, Élit les Lois, protège quiconque se dit patriote et désobéit aux Lois; qui, en parlant toujours de la Liberté, attaque violemment, dans les assemblées, dans les places publiques, dani^ les spectacles, dans les églises, et jusque dans les domiciles , la liberté de tout le monde ; qui appla|idit chaque jour de fougueuses inepties, menaçantes pour les propriétés , et défend ou excuse toutes les hordes de brigands par qui les propriétés sont ravagées; si c'est ce parti-là qui a semé partout la terreur, les soupçons, les défiances ; qui hait et dénonce tout corps , tout magistrat, tout général, tout citoyen fidèle à son serment, et exécuteur des Lois; qui arme et soulève les soldats contre leurs chefs, appelle civisme

une ignominieuse indiscipline , et a seul causé , et déjà pallie , et vantera dans peu les atrocités, honteuses pour le nom français, dont la ville de Lille vient d'être le théâtre ' ; si c'est ce parti-là qui fait tout cela, on ne peut nier qu'il n'inspire une juste haine à tous les vrais amis de la Constitution, c'est-à-dire à tous les amis de la ju^ice, de l'humanité, des lois et de l'honneur national. Si, d'autre part, tous ceux à qui le nouvel ordre de choses déplaît, et que la Loi seule doit punir lorsque leur mécontentement ose aller jusqu'à la révolte ; si beaucoup d'autres encore, qu'on n'a accusés de mécontentement que parce qti'rb étaient riches ou d un nom illustre , ont été en butte à mille fantaisies tyranniques de ce même parti; si ce parti-là a inventé exprès pour eux une jurîsfirudence autre que celle de la Consti'* tution et de la Justice; s'il les a poussés au désesr poir, à la fuite , au crime ; si des troupes d'assassins ont incendié, pillé, dévasté leurs maisons; si, eh beaucoup d'endroits, ils ont été frappés, massacrés, déchirés, et quelquefois mangés, et leurs femmes et leurs filles injuriées, fouettées, violées, et quelquefois égorgées; et si ce parti-là, lorsqu'il n'a pas osé approuver entièrement toutes ces actions , a du moins tâché d'inspirer de l'in-

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