‹ ŒuvresChapitre 134 sur 241 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

Devant le ciel et lui, seuls témoins de nos vœux ,

Viens recevoir ma foi, viens m’engager la tienne.

J’ai su tout préparer , ainsi que tout prévoir.

Hâtons ce départ nécessaire.

De mes trésors dépositaire ,

Un vaisseau , dans son sein prêt à nous recevoir,

Nous conduira bientôt en d’heureuses contrées.

Où l’homme, à l’homme égal, ne connaît de grandeurs Que celles qu’aux vertus l’estime a consacrées,

Où l’amour nous promet des destins plus flatteurs ,

Et que de nos persécuteurs D’immenses mers ont séparées.

PBROSINE.

Hélas ! que me demandes-tu ?

Je le sais, dès long- temps celui que tu révères ,

Honoré de Messine et même de mes frères ,

A rempli ce canton du bruit de sa vertu.

Comme toi, je connais cet homme respectable.

Le consolateur et l’appui De tout mortel que le malheur accable;

Comme toi, j’ai voulu chercher auprès de lui Quelque adoucissement à mon sort déplorable :

Mais , moins confiant qu’effrayé ,

Mon faible cœur, je le confesse.

Redoute plus de sa sagesse Qu’il n’espère de sa pitié.

Ce serait se flatter d’une espérance vaine ,

Que penser qu’à nos vœux il se rende en ce jour.

Il faut avoir senti les peines de l’amour.

Pour compatir à notre peine.

MÉLIDORE

Ah ! de la vertu connais mieux Le véritable caractère ;

Aux autres indulgent , à soi-même sévère , L’homme est compatissant , lorsqu’il est vertueux.

De la pitié lorsque tu désespères ,

Tu crois au monde entier le cœur des Faventins; Tu redoutes tous les humains Que tu juges d’après tes frères.

Dissipe ta frayeur ; de ces grands intérêts Ahandonne-moi la conduite.

Le temps presse ; il est nuit : tous nos amis sont prêts. L’amour et l’amitié protègent notre fuite :

Pourrais-tu douter du succès

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