RONDEAU
« Astre d’amour, heureux flambeau ,
« Ranimez l’espoir de mon âme ;
» Brillez de la plus vive flamme ,
« Brûlez d’un feu toujours nouveau.
« A Phrosine , dont le courage « Affronte les flots et la mort ,
• Par votre éclat, sur ce rivage,
« Montrez le bonheur et le port.
■* O ciel ! (jue mon cœur implorait ,
<t Quand son départ causait ma peine ,
PHROSINE ET MÉLIDORE. 3o3 « Ajoute à ton premier bienfait :
« Un doux zéphyr me l’enlevait;
« Qu’un doux zéphyr me la ramène.
( Les repos da reste de ce monologue sont marqués par la musique. ) Ah ! que l’amour est intrépide!
Seule , au ipilieu des matelots ,
Une femme faible et timide Qui n’a que ce fanal pour guide ,
Affronter la nuit et les flots!...
Jamais nuit ne fut plus obscure!
D ou vient que je désire et je crains tour à tour.'* Rassurons-nous, tout dort dans la nature ;
Oui, tout, hors la haine et l’amour !
Frères cruels! amante inestimable et rare!
Voici l’heure où ton sort aux flots est confié ,
Où la nef qui te porte a franchi la moitié Du court trajet qui nous sépare...
Bridants désirs, modérez-vous.
Un moment, un moment encore,
Et l’amour réunit, en dépit des jaloux.
L’amante à son amant , l’épouse à son époux ,
Ma Phrosine à son Mélidore!
D’où vient qu’aucun astre ne luit.
Et que l’obscurité redouble ?
Est-ce donc mon œil qui se trouble ?
Est-ce la foudre? O formidable bruit Qui retentit dans mon âme craintive î
3o4 PHROSINE ET MÉLIDORE.
Ne vois-je pas de tous côtés Des matelots épouvantés En foule aborder sur la rive?