ACTE I, SCÈNE VI
Un instant j’approuvai tes vœux pour le repos ,
Ces vœux étaient alors d’un sage et d’un héros ;
Ils te sont interdits en ce jour de détresse.
Pars : crois-en ta vertu , dont frémit ma tendresse.
Mais pardonne à mon cœur d’avoir pu se troubler.
Ce serait t’outrager que de ne pas trembler.
A ses amis, à vous, ma tendresse le livre.
Veillez sur lui , Gerrard.
GERHARD
Moi ! je ne puis le suivre.
GUILLAUME
Qu’avez-vous dit !
GERRARD
La mort ne m’épouvante pas ;
Mon sang a maintes fois coulé dans les combats ;
Pour moi la gloire a même encore quelques charmes : Mais se sèche ma main si je reprends les armes!
LOUISE
Même pour le défendre !
GERRARD
Hélas !
GUILLAUME
Vous m’étonnez.
Les droits qu’à vos secours mes bienfaits m’ont donnés Sont bien loin d’égaler toute mon espérance.
Je comptais cependant sur moins d’indifférence j Et je croyais qu’un homme en mes secrets admis Disputerait de zèle à mes plus vieux amis.
GERHARD
Croyez-moi , je vous sers mieux qu’aucun d’eux peut-être , Seigneur, en retournant aux lieux qui m’ont vu naître. Le peuple vous rappelle au poste du pouvoir :
C’est celui du péril. Ah! puissiez-vous prëvoiê, Puissiez-vous prévenir tous ceux dont vous menace Sa faveur , plus cruelle encor que sa disgrâce.
Sans accuser ce cœur qui sait vous estimer ,
Ce cœur qui craint pour vous , craindre ainsi c’est aimer, Songez que le destin, dans le temps où nous sommes, A d’étranges devoirs soumet parfois les hommes; Songez qu’en ce conflit de tous les Intérêts ,
Le bien, le mal, souvent ont échangé leurs traits.
Ne calomniez pas le zèle qui m’anime.
En vertu quelquefois l’erreur change le crime :
Malgré l’aspect douteux dont il est revêtu.
Ne changez pas en crime un effort de vertu.