ACTE III, SCÈNE IV
JD LE.
Qu’importe! il devient inutile.
ME Lino RE.
Inutile ! Qu’entendez-vous
JDLE.
Mélidore, cru mort par nous,
Est retiré dans cette île.
MÉLIDORE
Qui l'a dit ?
J D LE
Ma cruelle sœur.
Qui , tandis qu’en ces lieux je te faisais connaître Le vœu de sa famille et les crimes du traître , Entretenait son ravisseur.
MÉLIDORE
Un grand événement sans doute Vous apprit ce secret ?
JDLE.
Ecoute.
Dans ime barque, cette nuit.
Avec Aly pour toute suite,
Phrosine s’échappait; un pilote séduit A prix d’argent favorisait sa fuite.
L’éclair réfléchi par les flots,
La mer qui s’enfle et se mutine ,
Læs éclats du tonnerre , accrus par les échos , Pont tout-à-coup changer le cœur des matelots.
3o8 PHROSINE ET MÉLIDORE.
Mais ne font pas changer Phrosine.
Aly, dit-elle en Toyant leur effroi ,
C’est de nous qu’il faut tout attendre; Quand je puis trouver tout en moi,
Des autres dois-je encor dépendre?
Nager, pour moi jusqu’à ce jour Ne fut qu’un exercice aussi vain que facile : Tournons au profit de l’amour Un art trop long-temps inutile.
Sur l’autre bord ce fanal éclatant Est l’astre qui me guide au milieu de l’orage.
Le trajet est peu long; j’ai beaucoup de courage.
Et Mélidore enfin m’attend.
Le dire et s’élancer dans le gouffre écumant,
C’est tout im pour l’amour qui l’aveugle et l’enivre. Aly, dans son étonnement.
Ne peut l’arrêter ni la suivre.
Auprès du lit d’Aimar elle accourt en tremblant. Soudain j’ai pénétré l’effroi qui la dévore ;
J’apprends en quel affreux danger Phrosine vient de se plonger Pour rejoindre son Mélidore.
En proie à mille soins divers ,
Dans un fragile esquif aussitôt je me jette ,
Et , muni d’un flambeau , je la suis sur les mers , Malgré la nuit et la tempête.
La foudre autour de moi frappe à coups redoublés...