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ALCYONE

Ombre en pleurs, gémissante voix,

Quel sort annoncez-vous à la triste Alcyone!

Céix! est-ce un avis que le destin me donne!

Céix, t’ai-je embrassé pour la dernière fois?

Non, jamais songe plus horrible,

Jamais présage plus terrible N’avait effrayé mes esprits !

Des compagnons de ton naufrage N’ai-je pas entendu les cris?

D’un vaisseau les vastes débris N’ont-ils pas couvert ce rivage?

Lui-même à mes regards, lui-même est apparu,

Pâle et levant sur moi sa mourante paupière.

Les cieux, s’écriait-il, ne mont pas secouru.

Et comme eux les enfers sont sourds à ma prière .

J’ai TU de nies beaux Jours s’éteindre le flambeau ,

Et je ne puis entrer dans la barque fatale !

Repoussé de la terre et de l’onde infernale,

Céix de ton amour n’attend plus qu’un tombeau !

Ah ! que ce tombeau nous rassemble !

Mais ces restes sacrés du sang des demi-dieux,

Où sont-ils?... Avançons... Qu’ai-je entrevu?... Je tremble! Hélas! c’est le rocher où nous pleurions ensemble Le jour de nos derniers adieux !

Mais qu’entends-je? Écoutons... Je m’abusais encore; C’est le flot qui gémit ,

C’est le vent qui frémit ,

C’est l’oiseau matinal qui m’annonce l’aurore.

Astre propice, astre du jour,

Hâte-toi d’éclairer le monde :

Viens rétablir, par ton retour,

La paix dans mon cœur et sur l’onde.

Sitôt que ta clarté me luit L’avenir me paraît moins sombre;

La terreur qu’enfantait la nuit S’évanouit avec son ombre.

Et les airs et les eaux, tout sourit à mon cœur.

Où je sens malgré mol se glisser l’espérance.

Cet objet incertain que l’Océan balance

4o4 POÉSIES LYRIQUES.

Peut-être apporte-t-il un terme à mon erreur !

Tel que la voile blanchissante,

Sur l’onde amère il se soutient ;

Il approche, il fuit, il revient.

Au gré de la vague inconstante.

Me trompez-vous encor, mes yeux.^

Un corps flottant ! O trouble extrême!

Cher Céixl... Détournez, grands dieux !...

Si c’était!... O ciel! c’est lui-mêmel

Voilà vos jeux , voilà vos coups ,

Dieux sans pitié! destin perfide!

Ce cœur glacé, ce front livide.

C’est mon amant, c’est mon époux!

O mer! insatiable abîme.

C’est toi que je veux implorer :

Il te faut encor dévorer L’autre moitié de ta victime !

( Elle se précipite. )

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