CUPIDON
Palais où respira Psyché,
Dans votre enceinte, hélas! quel intérêt m’entraîne?
Le désespoir m’en avait arraché,
Et le désespoir in’y ramène !
Si mon courroux m’est odieux , \
Si ma rigueur fait mon supplice ,
Pourquoi revenir en ces lieux Où tout m’en prouve la justice ?
Ah! cette lampe, ce poignard,
Disent sans cesse à mon regard Les attentats de l’inhumaine.
Rendons-lul fureurs pour fureurs !
Je me plais aussi dans les pleurs j Je suis aussi dieu de la haine !
Ou plutôt fùyons-les, ces odieux témoins De la plus noire ingratitude.
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4üb POESIES LYRIQUES.
Ce bois à ma douleur fait espérer du moins Une plus douce solitude.
Qu’il est changé , cet asile enchanteur Dont Psyché n’est plus souveraine,
Ce bois , confident de mon cœur,
Jadis riant de mon bonheur.
Aujourd’hui triste de ma peine !
Sont-ce là ces heureux bosquets Dont le myrte et la rose embellissaient l’ombrage?
De mon sort trop fidèle image ,
La rose ici s’éteint sous la ronce sauvage,
Et le myrte affligé sèche au pied des cyprès.
Le demi-jour si doux qu’y cherchait ma tendresse N’est plus qu’une sombre clarté ,
Qu’une douteuse obscurité,
Horrible même à ma tristesse.
Tout gémit. Les zéphyrs, les flots.
Partageant la douleiu* dont mon âme est atteinte , N’y soupirent que des sanglots.
N’y murmurent que la plainte.
Philomèle a fui ces déserts :
Ils ne redisent plus son chant plaintif et tendre ;
Et l’oiseau de la nuit lui seul y fait entendre Ses lugubres concerts.
Tant de mélancolie et m’étonne et me touche!
Un seul mot la ferait cesser :
Ce mot est dans mon cœur : se peut-il que ma bouche Se refuse à le prononcer !
Non, je veux en vain m’efforcer De renoncer à la cruelle,
Ce cœur qu’elle a voulu percer.
Malgré moi ce cœur la rappelle.
Hélas ! si de mon souvenir Je ne dois jamais la bannir Pourquoi prolonger son absence?
C’est un destin trop rigoureux Que d’être à la fois malheureux Par son crime et par ma vengeance.
Viens consoler par ton retour Le deuil affreux qui m’environne j Viens , Psyché : le plus tendre amour N’est-il pas celui qui pardonne?
Myrtes flétris, relevez-vous ;
Relève-toi , rose nouvelle^:
Reprends tes accords les plus doux ,
Mélodieuse Philomèle.
Viens consoler par ton retour Le deuil affreux qui m’environne;
Viens , Psyché : le plus tendre amour N’est-il pas celui qui pardonne ?