AU TOMBEAU DE WERTHER
Ombre sensible , ombre plaintive, Errante autour de ces cyprès,
Fixe ta course fugitive ,
Et viens jouir de mes regrets.
Werther, vois Charlotte mourante, Dans un tourment toujours nouveau; Recueille son âme expirante Prête à passer dans ce tombeau.
Devoir, tyran impitoyable.
De mon cœur éternel vautour.
Tu n’es qu’un fantôme effroyable; Cesse d’épouvanter l’amour.
4i8 ROMANCES, CHANSONS, Sur le tombeau de ta victime En vain tu voudrais me parler :
Oserais-tu me faire un crime Des pleurs que toi seul fait couler ?
Werther, je servis ta furie,
Je fus complice de ta mort;
Je donnai cette arme ennemie
Qui finit ton malheureux sort.
Semblable à la flèche fatale
Qu’amour tira de son carquois ,
Oui , W erther, la funeste balle
Perça nos deux cœurs à la fois.
Sors, sors de ce marbre insensible.
Fantôme adoré, montre-toi :
Ton aspect n’a rien de terrible.
Rien que de consolant pour moi.
Qu’ai-je vu?... Werther!... je succombe!
L’amour remplirait mon désir!
Charlotte expire sur ta tombe Moins de frayeur que de plaisir.
Je m’abuse : il ne peut entendre Ces cris , vains jouets des zéphyrs ;
Je ne puis ranimer sa cendre Par la chaleur de mes soupirs.
En vain un fol espoir m’enivre ;
Le trépas seul peut nous unir :
Et ce n’est qu’en cessant de vivre Que je cesserai de mourir