‹ ŒuvresChapitre 26 sur 241 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Tout entier au bonheur que ce jour nous prépare ,

A la nature seule accordant quelques pleurs,

Dans les bras l’un de l’autre oubbons nos malheurs.

BUREN

Les miens ont commencé, mon père, avec ma vie.

Dans Louvain mon enfance à vos soins fut ravie ;

Je passai dans les fers au sortir du berceau.

Et de vos nobles mains dans celles d’un bourreau.

Nommerai-je autrement l’agent, le prêtre inique

Que Tardent tribunal fondé par Dominique

Chargeait de préserver mon cœur désespéré

Du changement en vous par Calvin opéré

Des chrétiennes vertus ignorant la première,

A Tenfer ce cruel empruntant la lumière.

De ses dogmes sans cesse au fond de ma prison

Effrayait ma tendresse , affligeait ma raison :

Calomniant du ciel la justice future ,

Il me dictait des vœux qu’abhorrait la nature ,

Et me forçait à dire anathème éternel »

A la foi que défend votre bras paternel.

Mais Dieu voit la pensée : il ne fut pas complice De ces vœux qu’à ma bouche arrachait le supplice ;

Et le poids de mes fers me témoignait assez Que les vœux de mon cœur étaient seuls exaucés ! J’étais loin de gémir , ah ! vous pouvez m’en croire , D’un fardeau dont le poids croissait par votre gloire; Et, malgré les tourments qu’en leurs nœuds j’ai soufferts.

Je ne souhaitais pas qu’on allégeât mes fers.

GHII.LADME.

Ils sont brisés pourtant : quelle cause imprévue Fait qu’un père sur toi repose encor la vue?

Se peut-il bien qu’après quinze ans d'inimitié L’implacable Philippe ait connu la pitié ?

BUREN

Je ne sais. Je dormais : une erreur bienfaisante Me transportait aux bords de ma patrie absente ;

Je révais mon retour. Un mensonge si doux Soudain s’évanouit au fracas des verrous.

J’en pleurais : « Levez-vous , reprenez espérance ,

« Me dit im inconnu ; je plains votre souffrance ,

« J’espère l’adoucir ; déjà l’aveu du roi « Permet que de Madrid vous sortiez avec moi.

« Vous reverrez bientôt les rives de la Flandre.

« Laissez ici vos fers; mais s’il faut les reprendre,

« A mes ordres soumis , quand vous les entendrez ,

« Jurez-moi par l’honneur que vous les reprendrez. »

Je le jure. Aussitôt nous partons. Ah! mon père, Quand il me promettait un avenir prospère ,

Le ministre du roi ne m’a pas abusé.

Mon cœur à cet espoir s’était trop refusé;

Je le crois , je l’éprouve en ce moment d’ivresse.

Je vous tiens dans mes bras, sur mon cœur je vous presse. Ah! ton courroux, sans doute , est las de me frapper, Fortune, et mon bonheur ne saurait m’échapper!

Mais qui vient interrompre un entretien si tendre?

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