ACTE III, SCÈNE IV
Nobles et citoyens, membres de ces états.
Dont les hardis conseils , depuis quatorze années , Du Batave inquiet règlent les destinées,
Avant tout, permettez à ma sincérité De rendre un juste hommage à l’intrépidité.
Au génie, aux succès qui, pendant ces trois lustres. Ont porté votre peuple au rang des plus illustres.
Je l’avoûrai pourtant, la sagesse en secret.
Même en vous admirant , ne voit pas sans regret L’efïbrt d’une vertu chez vous seuls si commune S’user à prolonger une grande infortune :
Vous avez du Batave éternisé l’honneur;
Mais ce qu’il gagne en gloire, il le perd en bonheur.
BARNEVEnOT.
N’est-il pas libre !
l’ambassadeur.
Non ; et votre servitude
A vous-mêmes, seigneurs, ne fut jamais si rude. Aux fardeaux , san^ égard peut-être pour vos droits Accumulés sur vous par les agents des rois ,
Au mépris outrageant pour votre indépendance, Qu’à vos lois opposait leur coupable imprudence. Aux maux qu’ont du pouvoir enfantés les erreurs. Aux fléaux déchaînés sur vous par ses fureurs, Comparez la valeur de tous les sacrifices Que vous prescrit la guerre en ses cruels caprices , Les devoirs, les tributs qui vous sont assignés. L’étemelle contrainte où vous vous astreignez ,
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Et le dommage enfin que même avec la gloire Aux lieux qu’elle affranchit promène la victoire ;
Et voyez si les fers que vous avez brisés Sont plus pesants que ceux que vous vous Imposez. D’aill eurs, jusqu’à ce jour, qu’ont gagné vos provinces A rejeter la race et les lois de vos princes?
De joug incessamment on les a vu changer,
Pour retomber toujours sous un prince étranger.
Un tyran, que tantôt leur timide espérance Empruntait à l’Autriche et tantôt à la France.
Philippe a du passé recueilü quelques fruits.
Comme lui puissiez-vous, par vos malheurs instruits,
A travers tant d’excès, vers un bien véritable Avoir marché , conduits par un mal profitable.
A vos ressentiments aussi mettez un frein.
Ne fermez plus l’oreille à votre souverain,
Qui par ma voix, ici, vous rappelle et vous jure Respect pour tous vos droits, oubli pour toute injure; Et, quand tout vous trahit, vous offre encor l’appui Qu’en vain de cours en cours vous cherchez contre lui.
BARXEVELDT.
Ministre de Philippe, en nos malheurs extrêmes,
Notre plus ferme appui fut toujours en nous-mêmes; S’il nous faut retourner à de nouveaux combats.
Cet appui, croyez-moi, ne nous manquera pas.
Nous désirons la paix toutefois, mais durable ,
Mais consacrant nos droits par un pacte honorable ; Mais nous donnant le roi même pour défenseur