ACTE I, SCÈNE III. i4i
Mes amis, de vous y coucher.
En vain la garnison prétendrait l’empêcher;
Sa volonté, d’effet ne sera pas suivie.
J’en ai fait la revue : officiers et soldats Tous ont goûté mon eau-rde--vie.
Vrais Bretons, francs buveurs, formés pour les combats! Couverts de balafres, de rides.
Ces gens-là seraient dangereux S’ils étaient un peu plus nombreux ,
Et tant soit peu moins invalides.
FELTON
Et vous , Brembro ?
BREMBRO.
Chargé de rubans , de lacets ,
Moi, j’ai su pénétrer jusqu’au quartier des femmes: Tout marchand de coliGchets Partout est bien venu des dames.
Il en est là deux pour l’instant :
L’une est la dame châtelaine ,
Cette belle et noble Tiphaine ,
Epouse de sire Bertrand;
Femme de grand savoir et de grande énergie.
Qui , d’un regard toujours certain ,
Lit, dit-on, dans le ciel tout comme dans ma main.
Et sait à fond l’astrologie :
L’autre est sa nièce , objet charmant en vérité !
Pleine d’esprit, de grâce et de naïveté;
De figure et d’humeur on n’est pas plus gentille;
i4a LA RANÇON DE DU GUESCLIN.
Le maître du château l’aime comme sa fille.
Tandis que chacune à son goût,
Dame, demoiselle, ou soubrette.
S’occupe de son emplette;
Que sans rien acheter l’une marchande tout,
Et que sans rien payer une autre tout achète , J’écoute , j’interroge , et j’apprends qu’au château Menacé, par ma juste haine.
Il n’est pas d’autre capitaine Qu’un gros abbé , prieur de l’ordre de Cîteau.
Parfois pour prendre un casque il a quitté la mitre, Et mène un régiment aussi bien qu’un chapitre Guerrier expert au dernier point.
Il nous ferait tête sans doute ,
Quoique un peu chargé d’embonpoint ,
S’il n’avait aujourd’hui la goutte.
PLÉBI.
Château vraiment bien défendu.
GRÉVAQUES.
Au premier mot il doit se rendre.
Rien qu’en se faisant voir on est sftr de le prendre,
• FELTON
J’en réponds. Caurelai , vous avez entendu- Vous savez tout.
CAURELAI.
Tout, hors ce que je veux apprendre.
Avant de m’engager dans un projet si beau.