ACTE I, SCÈNE XI. i
Qui vous est fait à si gros intérêt,
Par ce juif que le ciel confonde ,
Soit jusqu’au dernier sou dépensé pour autrui,
Si bien qu’excepté vous, ou bien nous, aujourd’hui. Vous ayez à vos frais racheté tout le monde ?
Or, des deniers qui m’ont été comptés Pour payer la rançon que Chandos vous demande , Voici l’emploi, réglé d’après vos volontés.
Je l’ai dans la mémoire : Au sire de Guérande ,
Pour se racheter, et payer La rançon de son écuyer.
Trois mille écus, que Dieu vous rende.
Plus, au seigneur de Kergoët,
Pour rétablir ses équipages.
Mille; et pour retirer tous les leurs mis en gages.
Mille au sire de Penhouët ,
Et mille au sieur Carenlouët.
Après vient une litanie :
Cent hommes d’armes rachetés Avec six mille écus aux deux Maunis prêtés Pour remonter leur compagnie ;
Plus, mille écus d’indemnités A des cultivateurs réduits à la misère ;
Autant à des soldats mutilés par la guerre.
Maudites libéralités !
Qui vous ont dépouillé jour par jour, pièce à pièce, Au point qu’il ne reste plus De vos trente mille écus,
i64 LA RANÇON DE DU GUESCLIN.
Que la dot de votre nièce !
DU GUESCLIN
Argent sacré !
BIGOT
Comment vous tirer d’embarras
DU GUESCLIN avec impatience.
Mais pourquoi donc aussi ne me retiens-tu pas ?
BIGOT
Quand un infortuné vous demande assistance, Vraiment l’économie est bonne à vous prêcher !
Soit dit, sans vous le reprocher.
C’est, je crois, monseigneur, la seule circonstance Où je sois sûr de vous fâcher.
Aussi le ciel sait quelle violence Je me fais bien souvent pour garder le silence ;
Car enfin vos bienfaits s’égarent quelquefois.
Témoin quand ce maudit Rennois A su vous attraper mille livres tournois.
Que vous coûte sa délivrance.
Ce n’était qu’un félon, je vous en avertis ,
Un traître qui cent fois a changé de partis.
Tantôt pour l’Angleterre et tantôt pour la France, 11 passe en fausseté le dernier des valets.
Certain jour qu’il était Anglais ,
Par fatalité singulière.
Il me fit prisonnier : la guerre est journalière.
Or, quand je le priai de me mettre à rançon.
Ne m’a-t-il pas, monsieur, demandé sans façon,