SCENE ni
La bataille et le chamaillh durent a volonté^ et ne finissent que par P arrivée de Passe-partouty qui se met au milieu des combattants avec une pinte et des verres.
Passe-PARTOUT, avant de parler aux combattants. Cette pinte, où j'ai fait mettre un poisson d'eau-de-vie, appaisera les combattants, (haut)
Messieurs, de par le roi, buvez un coup.
Ils boivent ; mais il donne rasade à M.. Sijfflet.
M. SIFFLET
Deux, contre un, ça ne se fait pas ; et si pourtant ils ne m'avont, morgue ! pas eu du poil.
PASSE-PARTOUT
Encore un coup, M. Sifflet ; croyez-moi, prenez des forces.
M. SIFFLET boit.
Très-volontiers, ça est du bon vin, ça soûle.
PASSE-PARTOUT
Deux contre un ne vous font pas peur, à ce qu'il me semble; eh bien, la mère et l'enfant n'en sont pas davantage.
M. SIFFLET
Ça est vrai, mais
PASSE-PARTOUT
Buvez encore, pensez-y bien, on ne vous propose pas autre chose.
M. SIFFLET boit.
Encore si tout ça n'étoit pas des chiennes de coquilles, s'il y avoit quelque argent, je dirois.
PASSE-PARTOUT
Allons, cela est juste, messieurs ; vous avez signé.
Madame cottep.et.
Oui, il faut cracher au bassin.
Madame rognon.
Autrement je nous en tenons à l'écrit, je saurons bien vous faire voir votre bec jaune, et que les gens du roi ne sont pas des maroufles.
CHAMPAGNE
Je donnerai bien quinze francs, à condition que Bourguignon en donnera tout autant.
BOURGUIGNON
C'est trop cher, quinze francs ! Champagne, tu te fiches de la barbouillée, sais tu...
Madame rognon.
Que veut dire stilà avec sa barbouillée r Margot n'est vraiment pas barbouillée, elle vous est nette comme un denier. Ah, dame ! tout est augmenté ; il fait cher vivre ; ce n'est plus comme autrefois ; l'on ne peut faire à ce prix, c'est trop bon marché, vous dit-on.
CHAMPAGNE
Bon, bon ! à vous entendre, commère Rognon, on diroit que la façon n'auroit rien coûté.
passe-partout, donnant à boire à M . Sifflet. Ma foi, qu'ils fassent cinquante frans, vingt-cinq chacun, et je vous le conseille en ami, M. Sifflet.
CHAMPAGNE
Vingt-cinq francs ! M. Passe-partout, vous n'y pensez pas !
bourguignon.
Je n'y consentirai jamais ; vingt-cinq francs !
PASSE-PARTOUT
Savez-vous bien que cela vaut cinquante francs par toute la terre ? je sais bien ce qu'en vaut l'aune : tuer un archer, crever un cheval de louage, faire un enfant à une fille, la loi l'a dit, cinquante francs; ainsi je ne puis faire à moins.
M. SIFFLET, balbutiant.
Sur ce pied-là, ça fait cent francs ; ils sont deux qui avont signé, si j'ai bonne mémoire.
PASSE-PARTOUT
Oui, mais il n'y a qu'une fille grosse, il faut être raisonnable aussi, M. Sifflet, et vous avez signé de votre côté que vous la preniez comme elle étoit.
BOURGUIGNON
Allons, il ne faut pas tant barguigner ; il faut chier rondement ; voilà les \ingt-cinq francs, pourvu que nous allions boire.
CHAMPAGNE
J'y consens, si je suis de noce.
M. SIFFLET, à moitié yvre.
Pardienne, ça est bien juste, c'est à tout le moins ; parlezmoi de bons garçons comme ça, dame ! vlà des garçons de noce, ceux-là ; ils avont fait toute la besogne: allons, )')' consens : baise-moi, mon petit cœur Margot !
Margot.
Le voulez-\ous bien, ma tante ?
Madame rognon.
Voyez la bonne pièce ! m'a-t-elle demandé permission quand... je ne veux pas dire.
MARGOT
Ma tante, ce n'était pas pour me marier.
Madame rognon.
Ah, c'est autre chose ! mais n'y retourne plus, je te le conseille.
MARGOT
Non, ma tante, je n'ai garde ; n'ai-je pas à présent une bonne couverture?
M. SIFFLET
Pardié, je t'en réponds.
Madame rognon.
Embrasse-moi, ma nièce ; embrasse-moi, mon neveu ; embrassez-vous tretous.
Madame cotteret chante :
Allons, allons à la guinguette, allons !
passe-partout.
Allez tous vous divertir, croyez-moi ; qu'on dise après cela du mal de la justice. Si vous aviez eu de quoi, cet écrit étoit pour \ous ruiner tous les trois, (i/ le déchire).
On chante^ on danse.
CRONEL, DITE FRÉTILLON.