LES ETRENNES DE LA SAINT-JEAN
une des premières obligations de la galanterie, le chevalier ne répondoit point ad rem ; mais peut-on toujours résister à de beaux yeux et à une belle bouche réunis ensemble? La dame étoit aussi aimable qu'on doit l'être quand on a ces sortes de curiosités ; et il étoit peu de choses dans le monde qu'elle ne fût en droit d'obtenir. Ses appas mettoient dans ses prières une autorité absolue. Un jour donc, de sainte Catherine, qui étoit sa fête, elle reçut dès le matin, de la part du seiur Tirsis, un petit paquet cacheté d'un chiffre inconnu ; elle l'ouvre aussi-tôt, et trouve quoi, me direz-vous ? ce n'étoit qu'un petit miroir de poche avec ces mots écrits au-dessous : N\sant vous nommer mon vainqueur^ vous y verrez son portrait. Ce que voyant, la dame passa dans son cabinet, refit un paquet du miroir, et le renvoya par le même porteur au galant, qui fut désespéré en recevant son paquet ; il crut que la dame le méprisoit ; cependant il l'ouvrit en tremblant : quel fut son ravissement ! quand il vit qu'elle y avoit ajouté au bas ces mots consolans : Je vous en livre autant.