‹ ŒuvresChapitre 156 sur 336 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Quelques avantages du peuple conquis.

Au lieu de tirer du droit de conquête des conséquences si fatales j les politiques aiu*oient mieux fait de parler des avantages que ce droit peut quelquefois apporter au peuple vaincu. Us les auroient mieux sentis si notre droit des gens étoit exactement suivi , et s'il étoit établi dans toute la terre.

Les états que l'on conquiert ne sont pas ordi-

■ F'cjes le Code des Lois des Barbares, et le Iît. xxthi ci-après. * Ployez Tauteur mcertain de la TÎe de Loais-le>Déboiuiaire, dans le Jleeueil de Duchcsne , tome 11 , pag. 196.

a 68 DE l'esprit des lois.

nairement dans la force de leur institution. La corruption s'y est introduite; les lois y ont cessé d'être exécutées ; le gouvernement est devenu oppresseur. Qui peut douter qu'un état pareil ne gagnât et ne tirât quelques avantages de la conquête même , si elle n'étqit pas destructrice ? Un gouvernement parvenu au point ou il ne peut plus se réformer lui-même, que perdroit-il à être refondu ? Un conquérant qui entre chez un peuple où y par mille ruses et mille artifices, le riche s'est insensiblement pratic^ué une infinité de moyens d'usurper, où le malheureux qui gémit, voyant ce qu'il croyoit des abus devenir des lois, est dans l'oppression^ et croit avoir tort de la sentir; un conquérant, dis-je, peut dérouter tout, et la tyrannie sourde est la première chose qui souffre la violence.

On a vu , par exemple , des états opprimés par les traitants être soulagés par le conquérant, qui n'avoit ni les engagements ni les besoins qu'avoit le prince légitime. Les abus se trouvoient corrigés sans même que le conquérant les corrigeât.

Quelquefois la frugalité de la nation conquérante l'a mise en état de laisser aux vaincus le nécessaire, qui leur étoit pté sous le prince légitime.

Une conquête peut détruire les préjugés nuisibles , et mettre , si j'ose parler ainsi , une nation sous un meilleur génie.

Ln^E X , cHAPrriŒ v. 269

Quel bien les Espagnols ne pouvoient-ils pas faire aux Mexicains ! Ils avoiént à leur donner une religion douce; ils leur apportèrent une superstition furieuse. Ils auroient pu rendre libres les esclaves, et ils rendirent esclaves les hommes libres^ Ils pouvoient les éclairer sur l'abus des sacrifices humains , au lieu de cela ils les exterminèrent. Je n'aurois jamais fini si je voulois raconter tous les biens qu'ils ne firent pas et tous les maux qu'ils» firent.

C'est à un conquérant à réparer une partie d^ maux qu'il a Ëiits. Je définis ainsi le drbit de conquête : un droit nécessaire, légitime et malheureux, qui laisse toujours à payer une dette immense pour s'acquitter envers la nature humaine.

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