LIVRE II, CHAPITRE H
de suff rag^e- est encore une loi fondamentale dans la démocratie^ Cest ime grande question si les suffrages doivent être publics ou secrets. Cicéron* écrit que les lois ^ qui les rendirent secrets dans
les derniers temps de la république romain^ furent une des grandes causes de sa chute. Comme ^eci se pratique diversement dans différentesrépubliques, voici ^ je crois , ce qu'il en faut penser. y • Sans doute que / lorsque le peuple donne ses suffrages f ils doivent être publics^ ; et ceci doit être regardé comme une loi fondamentale de la démocratie. Il faut que le petit peuple soit éclairé par les principaux , et contenu par la gravité de certains personnages. Ainsi , dans la république romaiïie, en rendant les suffrages secrets, on détruisit * tout; il ne fut plus possible d'écliiirer une populace qui se perdoit. Mais lorsque dans une aristocratie le corps des nobles donne les suffrages^, pu dans une démocratie le sénat ^ ; comme il n'est là question que de prévenir les brigues, les suffrages ne sauroient être trop secrets.
■ Liv. I et III des lois. .
* Elles s'appeloîent lois tabulaires. On donnoit à chaque citoyen deux tables; la première marquée d*un A, pour dire antiquo, et l'autre d*un U et d*un R , uti rogas.
3 A Athènes on leyoit les mains.
4 Comme à Venise.
^ Les trente tyrans d'Athènes voulurent que les suffrages des aréopagites fussent publics, pour les diriger à leur fantaisie. Ltsxas» Orai, contra Jgorat,, cap. tiii. *
4B DE l'esprit des lois.
La brigiie est dangereuse dans un sénat ; elle est dangereuse dans un corps ^de nobles; elle ne l'est pas dans le peuple , dont la nature est d'agir par passion. Dans les états où il n'a point de part au gouvernement, il s'échauffera ' pour un acteur comme il auroit fait pour les affairés. Le malheur d'une république, c'est lorsqu'il n'y a plus de brigues ; et cela arrive lorsqu'on a corrompu le peuple à prix d'argent : il devient de sang- froid, il s'affectionne à l'argent, mais il ne s'affectionne plus aux affaire^ : sans souci du goiivernemént et de ce qrfon y propose, il attend tranquillement son salaire*
C'est encore une loi fondamentale de la démo-< cratie que le peuple seul fasse des lois. Il y a pourtant mille occasions où il est nécessaire que le sénat puisse statuer; il est même souvent à propos d'essayer une loi avant de l'établir. La constitution de Rome et celle d'Athènes étoient très sages. Les arrêts du sénat ^ avoient force de loi pendant un ; an ; ils ne devenoient perpétuels que par la volonté du peuple.
« Voyez Deny« d*Halicaraasse; lîv. xv et ix.