‹ ŒuvresChapitre 184 sur 336 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Du gouvernement des rois de Eome, et comment les trob

pouvoirs y furent distribuée.

Le gouvernement des rois de Rome ajroit quelque rapport à celui 4es rois des temps héroïques chez les Grecs. H tomba comme le^ autres par son vice général , quoiqu'en lui-même et dans sa nature particulière il fût très bon.

Pour faire connoître ce gouvernement, je distinguerai celui des cinq premiers rois , celui de Servius Tullius , et celui de Tarquin.

I^a couronne étoit élective ; et sous les cinq premiers rois , le sénat eut la plus grande part à l'élection.

Après la mort du roi le sénat examinoit si Ton garderoit la forme du gouvernement qui étoit établie. S'il jugeoit à propos de la garder, il nommoit im magistrat ' tiré de son corps qui' élisoit un roi : le sénat devoijt approuver l'élection , le peuple la conûrmer, les auspices» la garantir. Si une de ces trois conditions manquoit, il falloit faire une autre, élection.

La constitution étoit monarchique, aristocratique, et populaire. Elle fat l'harmonie du pou-

■ Denys d'HalicankMse , liv. u, pag. i»o; et liv. iv» pag. i4> et s43*

LIVBE XI, CHAPITRE XII. SlQ

voir, qu'où ne vit ni jaloosie ni dispute dans les premiers règnes. Le roi comtnandoit les armées, et avoit l'intendance des sacrifices; il avoit la puissance de juger les affaires civifes ' et criminelles* ; il convôquoit le sénat; il assembloit le peuple; il lui portoit de certaines affaires, et régloit les autres avec le sénat ^.

Le sénat avoit une grande autorité. Les rois prenoient souvent des sénateurs pour juger avec eux ; ils ne portoient point d'affaires au peuple qu'elles n'eussent été délibérées ^ dans le sénat.

Le peuple avoit îe droit d'élire ^ les magistrats, de consentir aux nouvelles lois , et lorsque le roi le permettoit , celui de déclarer la guerre et de faire la paix. Il n'avoit point la puissance de juger. Quand TuUus Hostilius renvoya le jugement d'Horace au peuple, il eut des raisons particulières que Ton trouve da:ns Denys dllalicarnàsse ^.

' Voyez le Discoitirs de Tanaquîl , dans Tîte-Liye, liv. i , décade, i; et le règlement de Seryius Tollius^ dans Denys d'Halicamasse , 1. zy » pag. aag. ' ' •

* Voyez Denys d'Halicamasse, liv. ii , pag. ii8 ; et 1. in« p. 171.

3 Ce fut par un sénàtus-consulte que TuUus Hostilius envoya détruire Albe. Denys d'Halicamasse, liv.iii, pag. 167 et 17a.

4 Ihid, , liv. IV, pag. a76.

5 Ihid. , liv. ù. Il falloit pourtant qu'il ne nommât pas à toutes les charges, puisque Valerius Publicola fit la fatoeuse loi qui défendoit à tout citoyen d*exercer aucun emploi 's'il ne Ta voit obtenu par le snfïrage du peuple.

^Liv. III, pag. iSg. ^

3aO DE L*]p:«PRIT DES LOTS.

La constitution changea sous ' Servius TuIIius, Le sénat n'eut point- ide part à son élection; il se fit proclamer par le peuple. Il se (dépouilla des jugements * civils, ^t ne se çésçrva que les criminels. Il porta directement au peuple toutes les affaire^ : il le soulagéfa des taxes , et en mit tout le fardeau sur les patriciens. Ainsi, à mesure ijU'il affoiblissoit la puissance royale et l'autorité du sénat; il augnîentoit ïè pouvoir du peuplé ^.

Taçquin ne se fit élire ni par le sénat ni par le peuple : il regarda SjeryiusTullius comme un usurpateur, et prit la CQurotme comme un droit héré- (ditaire; il extermina la plupart des sénateurs; il ne consulta plus ceux-, qui restoient , et ne les appela pas même à ses jugements ^. Sa puissance jaugmenta : mais ce qu'ily avoit d'odieux dans cette ' puissance devint plus odieux encore : il usurpa le pouvoir dp. peuple; il fit des lois sans lui; il en fit même contre lui ^. Il auroit réuni les trois pouvoirs daiis sa personne : mai§ le peuple se souvint lin moment qu'il étoit législateur, et Tarquin ne le fut plùs^v •'

« Liv. iT. ,

> Il se priva de la moitié de sa puissance royale, dit Demys d'Halicarnasse , lÎY. ^r?v, pag., aag.

' ^ Oap-oyoit que , s'il n'aToit pas ^té pr^yenu par Tarquin , il au- .roit établi le gouTtsmement populaire. .D^ys d'Ualicarnasse, IW* i^» pag. a43. ,

4 Denys d*H^lxcamassey liy. IT.

^ Jdem , iài4p ..

LlVKl:: XI, CHAPJTAE X|II. 3a I

CHAPITUE XIlL

Réflexions générales sur l'état de Rome après l'expulsion

^des rois.

On' i;ie peut jamais quitter les Bomains : c'est ainsi qu'encore aujourd'hui^. dans leujr capitale, oh laisse les japuyeaux palais pour aller chercher des ruinés; c'est ainsi que Tœil qui s'^t reposé sur L'émail des prairies ainpie à voir les rochers et les montagnes.

Les familles patriciennes avoiept eu de tput temps de grandes prérogatives. Ces distinctions, grandes ia^pus les rois, devinrent bien plus importantes après leur expulsion. Cela.causa la jalousie des plébéiens , qui voulurent les abaisser. Los contestations frappoient sur la constitution , sans a& foiblir le gpuvernejment; car, pourvu que les magistratures conservassent leur autorité, il étoitassez indifférent de quelle famille étoient les magistrats.

Une monarchie élective , comme étoit Bome , suppose nécessairement Un corps aristocratique puissant qui la soutienne , sans quoi elle se d^ange d'abord en tyrannie ou .en état populaire. Mai^ un état populaire n'^ pas besoin de oetté distinction de familles pour se maintenir. C'est t^ q^i fit. que les patriciens, qui étoient des parties néces* saires de la constitution du temps des rois, en de-

DE l'bSPRIT f>E8 LOIS. T. I. 31

3a a DE l'esprit des lois.

vinrent une partie superflue du temps des constn:^?; le peuple put les abaisser sans se détruire luimême, et changer la constitution sans la corrompre.

Quand Servîus TuUîus eut avili les patriciens , Rome dut tomber des mains des rois dans celles . du peuple; mais le peuple, eh abaissant leÉ patriciens , ne dut point craîhdre de retomber dans celles des rois.

Un état peut changer de deux manières; ou parce que la constitution se corrige, ou parce qu'elle se corrompt. S'il a conservé ses principe*, eit que la constitution chatige , c'est-qù'elle se corrigé : s'il a perdu ses principes quand la constitutioïi vient à changer, c'est qù^elle se corrompt.

Rome, après l'expulsion des rois, devoit être une démocratie. Le peuple àvoit déjà la puissance législative : c'étoit son suffrage unaninie qui avoit

chassé les rois; et s'il ne persistoit pas dans cette volohté, les Tarquins pouvoient à tous les instants revenir. Prétendre qu'il eût voulu les chasser pour tomber dans l'escl&vage de quelques Êimilles, Cela n'étoit pas raisonnable. La situatidn des choses demandoit donc que Rome fut une démocratie ,

let cependant elle ne l'étoit pas. Il fallut tempérer

ile pouvoir des principaux , et que les lois incli-

! nassent vers la démocratie.

^ Souvent les états fleurissent plus dans le passage

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