LIVRE III y CHAPITRE III^ 6t
dans un état populaire , il faut un ressort de plus, qui est la., ve^lu.
Ce que je dis eàt confirmé par le corps entier de l'histoire . et est très conforme à la nature des choses. Car il est clair que , dans une monarchie , où celui qui fait exécuter les lois se juge au dessus des lois, on a besoin de moins de vertu que dans un gouvernement populaire , où celui qui fait exécuter les lois sent qu'il y est soumis lui -même, et qu'il en portera le poids^
Il est clair encore que le monarque qui , par mauvais conseil ou par négligence , cesse de faire exécuter les lois , peut aisément répar:er le mal ; il n'a qu'à changer de conseil ^ ou se corriger de cette négligence même. Mais lorsque, dans un gouvernement populaire ) les lois ont cessé d*être exécutées , comme cela ne peut venir que de la corruption de la république , l'état ^st déjà perdu.
Ce fut un assez beau spectacle , dans le siècle passé j de voir les efforts impuissants des Anglois pour étabhr parmi eux la démocratie. Comme ceux qui avoient part aux affaires n'avoient point de vertu, que leur -ambition étoit irritée par le succès de celui qui'avoit le plus osé', que l'esprit d'unefaction n'étoit réprimé que par l'espritd'une autre , le gouvernement changeoit sans cesse ; le peuple étonné ^herchoit la démocratie , et ne la
. 'GromweU.
6a DE l'esprit des lois.
trouvoit Aulle part. Enfin , après bien des mouvements , des chocs et des secousses^ il £sdlat se reposer dans le gouvernement même qu'on avoit proscrit.
Quand Sylla voulut rendre à Rome là liberté, elle ne put plus la recevoir; elle n'avoit plus qu'un foible reste de vertu : et comme elle en eut toujours moins, au lieu de se réveiller après César, Tibère , Caîus , paùde, Néron , Domitien, elle fîit toujours plus esclave; tous les coups portèrent sur les tyrans , aucun sur la tyrannie.
Les politiques grecs qui vivoient dans le gouvernement populaire ne reconnoissoient d'autre force qui pût le soutenir que celle de la vertu. Ceux d^aujourd'hui i\e nous parlent que de manu- &ctures, de<^mmerce, de finances, de richesses, et de luxe même.
Ix>rsque cette vertu cesse, l'ambition «ntre dans les cœurs qui peuvent la recevoir, et l'avarice entre dans tous. Les désirs changent d'objets ; ce qu'on aimoit on ne l'aime plus; on étoit libre avec les lois , on veut être libre contre elles ; chaque citoyen est comme un esclave échappé de la mair son de son^ mdtre ; ce qui étoit maxime , on l'appelle rigueur ; ce qui «toit règle, on l'appelle gêne ; ce qui étoit attention , on l'appelle crainte. C'est la frugalité qui est l'avarice , et non pas le désir d'avoir. Autrefois le bien des particuliers faisoit le