LIVRE XÏV, CHAPITRE lU
guerres , qui sont celles que nous avons le phis sous nos yeux , et dans lesquelles nous pouvons mieux voir de certains effets légers , imperceptibles de loin j nous sentirons bien que les peuples du nord transportés dans les pays du midi % n'y ont pas fait d'aussi belles actions que leurs com[)atriotes, qui, combattant dans leur propre climat^ y jouissoient de tout leur courage,
La force des fibres des peuples du nord fait que les sucs les plus grossiers sont tirés des aliments. Il en. résulte deux choses : l'une , que les parties du chyle ou de la lymphe sont plus propres par leur grande surface à être appliquées sur les fibres et à les nourrir; l'autre , qu'elles sont moins propres par leur grossièreté à donner une certaine subtilité au suc nerveux. Ces peuples auront donc de grands corps et peu de vivacité.
Les nerfs qui aboutissent de tous côtés au tissu de notre peau font chacun un faisceau de nerfs : ordinairement ce n'est pas tout le nerf qui est remué 9 c'en est une partie infiniment petite. Dans les pays chauds, où le tissu de la peau est relâché, les bouts des nerfs sont épanouis et exposés à la plus petite action des objets les plus foibles. Dans les pays froids le tissu de la peau est resserré , et les mamelons comprimés ; les petites houpes sont en quelque façon paralytiques; la sensation
■ En Espagne , par exemple.
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ne passe guère au cerveau que lorsqu'elle est extrem^nent forte ^ et qu'elle est de tout le nerf ensemble; mais c'est d'un nombre infini de petites sensations que dépendent l'imagination, le goût, la sensibilité , la vivacité.
J'ai observé le tissu extérieur d'une langue de mouton dans l'endroit où elle paroît à la simple vue couverte de mamelons. J'ai vu avec un microscope sur ces mamelons de petits poils ou une espèce de duvet; entre les mamelons étoient des pyramides qui formoient par le bout comme de petits pinceaux. Il y a grande apparence que ces pyramides sont le principal organe du goût.
J'ai fait geler la moitié de cette langue, et j'ai trouvé à la simple vue les mamelons considérablement diminués; quelques rangs même de mamelons s'étoient enfoncés dans leur gaine. J'en ai examiné le tissu avec le microscope, je n'ai plus vu de pyramide. A mesure que la langue s'est dégelée , les mamelons , à la simple vue , ont paru se relever; et au microscope les petites houpes ont commencé à reparoître.
Cette observation confirme ce que j'ai dit, que dans les pays fi*oids les houpes nerveuses sont moins épanouies; elles s'enfoncent dans leurs gaines, où elles sont à couvert de l'action des objets extérieurs. Les sensations sont donc moins vives.