LIVRE IV, CHAPITRE II. Ût
toutes choses, qui vient d'un usage continuel des superfluités d'une grande fortune, de la variété et surtout dé la lassitude des plaisirs , de la multiplicité, de la confusion même des fantaisies, qui, lorsqu'elles sont agréables , y sont toujours reçues.
C'est sur toutes ces choses que l'éducation se porte, pour faire ce qu'on appelle TAo/t/zâ^ homme, qui a toutes les qualités sCt toutes lés vertus que l'on demande dans ce gouvernement.
Là l'honneur, se mêlant partout, entre dans toutes les fisiçons de penser et toutes les manières de sentir, et dirige même les principes.
Cet honneur bizarre fait que le3 vertus he sont que ce qu'il veut, et comme il les veut : il met, de son chef, des règles à tout ce qiii nous est prescrit; il étend ou il borne nos devoirs à sa fantaisie, soit qu'ils aient leur source dans la rt^ligion, dans la politique ou dans la morale.
' Il n'y a rien dans la monarchie que les lois , la religion et l'honneur prescrivent tant que robéissance aux volontés du prince : mais cet honneur nous dicte que le prince ne doit jamais nous prescrire une action qui nous déshonore, parce qu'elle ^ nous rendroit incapables de le servir.
Crillon refusa d'assassiner le duc de Guise , mais il offrit à Henri IIX de se battre contre lui. Après la Saint-Barthâemi, Charles IX ayant écrit à tous les gouverneurs de faire massacrer les huguenots ^
DC t/bSPRIT des I.OIS. T. I. S
8a DE l'esprit des lois.
le vicomte d'Orte j qui commandoit dans Baïonne , écrivit au roi * : « Sire, je n'ai trouvé parmi les haa bitants et les gens de guerre que de bons cice tpyens, de braves soldats, et pas un bourreau; .c ainsi eux et moi supplions votre majesté d'em- « ployer nos bras et nos vies à choses Ensables. » Ce grand et généreux courage regardoit une lâ- . cheté comme une chose impossible.
ïl n'y a rien que l'honneur prescrive plus à la noblesse que de servir le prince à la guerre : en effet, c'est la profession distinguée, parce que ses hasards , ses succès et ses malheurs mêmes conduisent à la grandeur. Mais, en imposant cette loi, Fhonneur veut en être l'arbitre ; et , s'il se trouve choqué, il exige ou permet qu'on se retire chez soi.
Il veut qu'on puisse indifféremment aspirer aux emplois, ou les refuser; il tient cette liberté au dessus de la fcutune niéme.
L'honneur a donc ses règles suprêmes, et l'éducation est obligée de s'y conformer *. I^s principales soiit qu'il nous est bien permis de £aire cas de notrç fortune , mais qu'il nous est souverainement défendu d'en faire aucun de notre vie.
La seconde est que, lorsque nous avons été une
' Tojez l'Histoire de d'Aubigné.
* On dit ici œ qui est , et non pas ce qui doit être : l'honneur est nn pr^'ugé que la religion travaille tantôt à détruire, tantôt à régler.