LIVRE ly, CHAPITRE II
de noble, il est ou le juge qui les rend légitimes, ou le sophiste cpii les justifie.
Il permet la galanterie , lorsqu'elle est unie à l'idée des sentiments du cœur, ou à l'idée de conquête ; et c*est la vraie raison poui* laquelle les mœurs ne sont jamais, si pures dans les monarchies que dans les gouvernements républicains. .
Il permet là ruse, lorsqu'elle est jointe à Ildée de la grandeur de l'esprit ou de la grandeur des affaires, comme dans la politique, dont les finesses ne l'offensent pas.
Il ne défend l'adulation que lorsqu'elle est séparée de l'idée d'une grande fortune, et n'est jointe qu'au sentiment de sa propre bassesse.
A l'égard des mœurs , j'ai: dit que l'éducation des monarchies doit y mettre une certaine franchise. On y veut donc de la vérité dans les discours. Mais est-ce par amour pour elle ? point du tout. On la veut, parce qu'un homme qui est accoutumé à la dire paroit être hardi et libre. En efïet, un tel homme semble ne dépendre que dés choses, et non pas de la manière dont un autre les reçoit.
C'est ce qui fait qu'autant qu'on y recommande . cette espèce de franchise, autant on y méprise celle du peuple, qui n'a que la vérité et la simplicité pour objeL
Enfin l'éducation, dans les qionarchies, exige dans les manières une certaine politesse. Les
8o DE l'esprit DE8 LOIS.
hommes 9 nés pour vivre ensemble, sont nés aussi pour se plaire; et celui qui n'observeroit pas les bienséances, choquant tous ceux avec qui il vivroit, se décréditeroit au point qu'il deviendroit incapable de faire aucun bien.
Mais ce n'est pas d'une source sipure que la politesse a coutume de tirer son, origine. Elle naît de l'envie de se distinguer. C'est par orgueil que nous sommes polis : nous nous sentons flattés d'avoir des manières qui prouvent que nous ne sommes. pas dans la bassesse , et que nous n'avons pas véai avec cette sorte de gens que l'on a abandonnés dans tous les âges.
Dans les monarchies la politesse est naturalisée •à la cour. Un homme excessivement grand rend tous les autres petits. De là les égards que l'on doit à tout le monde ; de là naît la politesse , qui flatte autant ceux qui sont polis que ceux à l'égard de qui ils le sont, parce qu'elle fait comprendre qu'on est de la cour, ou qu'on est digne d'en être.
L'air de la cour consiste à quitter sa grandeur propre pour une grandeur empruntée. Celle-ci flatte plus lin courtisan que la sienne même. Elle donne une certaine modestie superbe qui se répand au loin , mais dont l'orgueil diminue insensiblement à proportion de la distance où l'on est de la source de cette grandeur.
On trouve à la cour une délicatesse de goût en