‹ ŒuvresChapitre 4 sur 336 · ANALYSE DE L ESPRIT DES LOIS. I · texte numérisé non relu

ANALYSE DE L ESPRIT DES LOIS. I

<{u'il ne confood nullement avec les excès si justement condamnés dé Fusure.

La population et le nombre des habitants ont avec le commerce un rapport immédiat; et les mariages ayant pour objet la populatioti, M. de Montesquieu approfondit ici cette importante matière. Ce qui favorise le plus la propagation est la continence publique; l'expérience prouve que les conjonctions illicites y contribuent peu ^ et même y nuisent. On a établi avec justice pour les mariages le consentement des "pères : cependant on y doit mettre des restrictions; car la lt>i doit en général favoriser les mariages. La loi qui défend le mariage des mères avec les fils est (indépendamment des préceptes de la religion) une très bonne loi civile ; car, sans parler de plusieurs autres raisons , les contractants étant d*âge très différènt, ces sortes de mariages peuvent rarement avoir la propagation pour objet. La loi qui défend le maiage du père avec la fille est fondée sur les mêmes motifs : cependant (à ne parler que civilement) elle. n'est pas si indispensablement nécessaire que l'autre à l'objet de la population ^ puisque la vertu d'engendrer finit beaucoup plus tard dans les hommes : aussi l'usage contraire a-t-il eu lieu chez certains peuples que la lumière du christianisme .n'a point éclairés. Comme la nature porte d'elle-même au mariage, c'est un mauvais gouvernement que celui où on aura besoin d'y encourager. La liberté, la sûreté, la modération des impots, la proscription du luxe, sont les vrais principes et les vrais soutiens de la population : ce-

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pendant on peut avec succès faire des lois pour encourager les mariages , quand, malgré la corruption, il reste encore des ressorts dans le peuple qui l'attachent à sa patrie. Rien n'est plus beau que les lois d'Auguste pour favoriser la propagation de l'espèce. Par malheur il fit ces lois dans la décadence ou plutôt dans la chute de la république; et les citoyens découragés dévoient prévoir qu'ilsne mettroient plus au monde que des esclaves : aussi l'exécution de ces loi.^ fut- elle bien foible durant tout le temps des empereurs païens. Constantin enfin les abolit en se faisant chrétien: comme si le christianisme avoit pour but dé dépeur pler la société^, en conseillant à un petit nombre la perfection du célibat!

L'établissement des hôpitaux, seloA l'esprit dans lequel il eçt fait, peut nuire à la population, ou la favoriser. Il peut et il doit même y avoir des hôpitaux dans un état dont' la plupart des citoyens n'ont que leur industrie pour ressource, parce que cette industrie peut quelquefois être malheureuse; mais les secours queceshôpitauxdonnentne doivent être quepassagers, pour ne point encourager la mendicité et la fainéantise. Il &ut commencer par rendre le peuple riche , et bâtir ensuite des hôpitaux pour les besoins imprévus et [Mressants. Malbenreux les pays où la mfultitude des hôpitaux et des monastères, qui ne sont que des hôpitaux perpétuels j fait que tout le monde est à son aise, exc^é ceux qui travaillent !

M. de Montesquieu n'a encore parlé que des lois humaines. Il passe maintenant à celles de la religion.

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qui y dans presse tous les états j font un objet si essentiel du gouTemement. Partout il fait Fëloge du christianisme; il en montre les avantages et la grandeur; il cherche à le faire aimer; il soutient quHl n^ést pas impossible y comme Bayle Ta prétendu, (}u'une société de parfaits chrétiens forme un état subsistant et durable : mais il s'est cru permis aussi d'e^amiùér ce que les différentes religions (humainement parlant) peuvent avoir de conformé ÔU de contraire au génie et à la situation des peuples qiii les {»*ofesseht. C'est dans ce point de viie qu'il faut lire tout cequ'ilaécrit sur cette matière, et qui a été l'objet de tant de déclamations injustes. Il est surprenant surtout que, dans un siècle qui en appelle tant d'autres barbares, on lui ait fait un crime de ce qu'il dit de la tolérance; comme si c'étoit approuver une religion que de la tolérer ; comme si enfin l'Évangile métné ne proâcrivoit pas tout autre moyen de la répandre que la doucéui^ et la persuasion. Ceux en qui la superstition n'a pas éteint tout sentiment dé compassiotk et ide justice ne pôùrrcmtlire sans être attendris la remontrance aux inquisitwrs, ce tribunal odieux qui outrage la religion en paroissant la venger.

Enfin ^après avoir traité en particulier des différentes e^èces de lois que les hommes peuvent avoir, il ne reste plus qu'à les comparer touteà ensemble, et à les examiner dans leur rapport avec les choses sur lesquelles elles statuent. Les hommes sont gouvernés par différentes espèces de lois^ par le droit naturel, commun à chaque individu; par lé droit divin, qui

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est celui de la religion; parle droit ecclésiastique, qui est celui de la police de la religion; par le droit civil, qui est celui des membres d'une même société; parle droit politique, qui est celui du gouvernement de cette société; par le droit des gens, qui est celui des sociétés les unes par rapport aux autres. Ces droits ont chacun leurs objets distingués, qu'il faut bien se garder de confondre. On ne doit jamais régler par l'un ce qui appartient à l'autre, pour ne point mettre de désordre ni d'injustice dans les principes qui gouvernent les hommes. Il faut enfin que les principes qui prescrivent le genre des lois, et qui en circonscrivent l'objet, régnent aussi dans la manière de les composer. L'es-* prit de modération doit, autant qu'il est possible, en dilater toutes les dispositions. Des lois bien faites seront conformes à l'esprit du législateur, même en paroissant s'y opposer. Telle étoit la fameuse loi de Solon par Isfquelle tous ceux qui ne prenoient point de part dans les séditions. étoient. déclarés infâmes. Elle prévepoit les séditionis, ou les rendoit utiles, en forçant tous les membres de la répuUique à s'occuper de ses yrais intérêts. L'ostracisme même ^toit une très bonne loi; car, d'un côté, elle étoit honorable au citoyen qui en étoit l'objet, etprévenoit, d# l'autre, les effets de l'ambitioii : il rfalloit d'ailleurs un très gi^and nombre de suffrages, et on ne pou voit .bannir que tous les cinq .ans. Souvent les lois qui paroissent les mêmes n'ont ni le même motif , ni le même effet, ni la même équité ; la formé du gouvernement, les conjonctures, et le génie du peuple, changent tout. Enfin

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le^lyle des lois doit être simple et grave. Elles peuvent se dispenser de motiver, parce que le motif est supposé exister dans l'esprit du législateur; mais, quand elles motivent, ce doit être sur des principes évidents. Elles , ne doivent pas ressembler à cette loi qui , défendant aux aveugles de plaider, apporte pour raison qu'ils ne peuvent pas voir les ornements de la magistrature.

M. de Montesquieu , pour montrer par des exemples l'application de ses principes, a choisi deux différents peuples, les plus célèbres de la terre, et ceux dont l'histoire nous intéresse le plus , les Romains et les François. Il ne s'attache qu'à une partie de la jurisprudence du premier, celle qui regarde les successions. A l'égard des François , il entre dans le plus grand détail sur l'origine et les révolutions de leurs 1(hs civiles, et sur les différents usages, abolis ou subsistants, qui en ont été la suite. Il s'étend principalement sur les lois féodales, cette espèce de gouvernement inconnu à toute l'antiquité, qui le sera peut-être pour toujours aux siècles futurs, et qui a fait tant de biens et tant de maux* U discute surtout ces lois dans le rapport qu'elles ont avec l'établissement et les révolutions de la monarchie françoise. Il prouve, contre M. l'abbé du Bos, que les Francs sont réellement entrés en conquérants dans les Gaules, et qu'il n'est pas vrai, comme cet auteur I^e prétend, qu'ils aient été appelés par les peuples pour succéder aux droits des empereurs romains qui les opprimoient. Détail profond, exact et curieux, mais dans lequel il nous est impossible de le suivre.

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