‹ ŒuvresChapitre 59 sur 336 · LIYRB V, CHAPITRE TUI. II · texte numérisé non relu

LIYRB V, CHAPITRE TUI. II

C'est une maxime fondamentale^ qu'autant que les distributions faites au peuple ont de pernicieux effets dans la démocratie, autant en ont-elles de bons dans le gouvernement aristocratique : les premiers font perdre l'esprit de citoyen, les autres 7 ramènent.

Si Ton ne distribue point les revepus au peuple , il faut lui £sdre voir qu'ils sont bien administrés: les lui montrer, c'est en quelque manière l'en faire jouir. Cette chaîne d'or que l'on tendoit à Venise, les richesses que Ion portoit à Rome dans les triomphes, les trésors que l'on gardoit dans le temple de Saturne^ étaient véritablemtfbt les richesses du peuple.

Il est surtout essentiel dans l'aristocratie que les nobles ne lèvent pas les tributs. Le premier ordre de l'état ne s'en mêloit point à Rome; on en chargea le second ; et cela même eut dans la ^uite de grands inconvénients. Dans une aristocratie où les nobles lèveroient les tributs, tous les particuliers seroîent à la discrétion des gens d'affaires ; il n'y auroit point de tribunal supérieur qui les corrigeât. Ceux d'entre eux préposés pour ôter les abus aimeroient mieux jouir des abus. Les Qobles seroient comme les princes des états despotiques, qui confisquent les biens de qui il leur plaît.

Bientôt les profits qu'on y feroit seroient regardés comme un patrimoine que l'avarice éten-

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droit à sa fantaisie. On feroit tomber les fermes^ on réduiroit; à rien les revenus publics. C'est par là que quelques états , sans avoir reçu d'échec qu'on puisse remarquer y tombent dans une foiblesse dont les voisins sont surpris , et qui étonne les citoyens mêmes.

Il faut que les lois leur défendent aussi lé commerce : des marchands si accrédités feroient toute sorte de monopôles. Le commerce est la profession des gens égaux; et parmi les états despotiques , les plus misérables sont ceux où le prince est marchand.

Les lois de Venise" défendent aux nobles le commerce, qui pourroit leur donner, même innocemment, des richesses exorbitantes.

Les lois doivent employer les moyens les plus efficaces pour que les nobles rendent justice au peuple. Si elles n'ont point établi un tribun , il faut qu'elles soient un tribun elles-mêmes.

Toute sorte d'asile contre l'exécution des lois perd l'aristocratie; et la tyrannie en est tout près.

Elles doivent moi*tifier dans tous les temps ï'orguéil de la domination. Il faut qu'il y ait, pour uti temps ou pour toujours, un magistrat qui hsse trembler les nobles, comme les éphores à

I Amelot de la Houssaye, du Gouvernement de Denise , uSa^in. La loi Claudia défendoit aux sénateurs d'avoir en mer aucun yaisfeau qui tiotplus de quarante muid». Tite-Live, liv. xxi«

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Lacédémone, et les inquisiteurs d'état à Ye^i^e; magistratures qui ne sont soumises à aucunes formalités. Ce gouvernement a besoin de ressorts bien yiolents : une bouche de pierre \ s'ouvre à tout délateur à Venise; vous diriez que c'est celle de la tyrannie.

Ces magistratures tyranniques dans l'aristocratie ont du rapport à la censure de Ja démocratie, qui par sa nature n'est pas moins indépendante. En effet, les censeurs ne doiventpoint être recherchés sur les choses qu'ils ont faites pendant leur censure; il ùSxt leur donner de la confiance, jamais du découragement. Les Romains étoient a4inirables; on pouvoit faire rendre à tous le$ magistrats^ raison de leur conduite, excepté aux censeurs^.

Deux choses sont pernicieuses dans l'aristocratie : la pauvreté extrême des nobles, et leurs richesses exorbitantes. Pour prévenir leur pauvreté , .il £suit surtout les obliger de bonne heure à payer leurs dettes. Pour modérer leurs richesses , il faut des dispositions sages et insensibles; non pas des confiscations, des lois agraires, des abolitions de dettes, qui font des maux 9ifini$^

* Les délateurs y jettent leurs billets. • * Fojrez Tite-Live, liy. xux. Un censeur ne pouToit pas même être troublé par un censeur : chacun faisoit sa note sans prendre Tayis de son collègue; et quand on fit autrepient, la censure fut pour ainsi dire renversée.

3 A Athènes 9 les logistes, qui faisoient rendre compte à tous les magistrats y ne rendoient point compte eux*mémes.

I20 DE l'esprit DES LOIS.

Les lois doivent 6ter le droit d'aînesse entre les nobles % afin que, par le partage continuel àe& successions y les fortunes se remettent toujours dans réalité.

n ne &ut point de substitutions , de retraits lignagers , de majorats, d'adoptions. Tous les moyens inventés pour perpétuer la grandeur des familles dans les états monarchiques ne sauroient ^tre d'usage dans l'aristocratie*.

Quand les lois ont égalisé les Êimilles, il leur reste à maintenir l'union entre elles. Les différents des nobles doivent être promptement décidés; sans cela les contestations entre les personnes deviennent des contestations entre les familles. Des arbitres peuvent terminer les procès , ou les empêcher de naître. i

Enfin il ne faut point que lés lois favorisent les distinctions que la vanité met entre les familles , sous prétexte qu'elles sont plus nobles ou plus anciennes ; cela doit être mis au rang des petitesses des particuliers.

On n'a qu'à jeter les yeux sur Lacédémone ; on verra comment les éphores surent mortifier les foiblesses des rois , celles des grands et celles du peuple.

s Gela est ainsi établi iVenise. Amelot àe la Hoûssaye ^ p. 3o et 3x. * Il senible que l'objet de quelc[uef aristocraties soit moins de maintenir l'état, que ce qu'elles appellent leur noblesse.

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