LIVRE V, CHAPITHË VIII
cune distinction, quand ils se confondent avec le peuple , quand ils sont vêtus comme lui , quand ils lui font partager tous leurs plaisirs ^ il oublie sa foiblésse.
. Chaque gouvernement a sa nature et soil prin<«> cipe. Il ne faut donc pas que l'aristocratie prenne la nature et le principe de la monarchie; ce qui arriveroit si les nobles avoient quelques prérogatives personnelles et particulières distinctes de celles de leur corps ; les privilèges doiveiit être pour le sénat y et le simple respect pour les sénar teurs.
Il y a deux sources principales de désordres dans les états aristocratiques : l'inégalité extrême entre ceux qui gouvernent et ceux qui isont gouvernés, et la même inégalité entré les différents membres du corps qui gouverné. De ces deux inégaktés' résultent des haiUes et des jalousies . que les lois, doivent j^révenir du arrêter.
La première inégalité se trouve priiicipalemenl' lorsque les privilèges des principaux ne sont honb^ râbles que parce qu'ils sont t^onteux au peu|)lej Telle fut à Rome la loi qui défendoit aux patricien^ de s'unir par mariage aux plébéiens ' ; ce qui u'avoit . d'autre effet que de rendre d'un côté les patrî^ cîens plus superbes , et de l'autre plus odieux. Il
* Elle fat mise par les décem-virs dans- les deax dernières ta&Ies^ ITofez Denys dUalicamasse , lir. x.
1 1 6 x>x l'bsp&it oss lois.
£11x1 yt>it les ayantages qu'en tirèrent les tribuns
daiis leurs harangues.
Cette inégalité se trouyera encore si la condition des citoyens est différente par rapport aux subsides; ce qui arrive dé quatre manières : lorsque tes nobles se donnent le privilège de n'en pûiat payer; lorsqu'ils font des fraudes pour s'en exempter' ; lorsqu'ils les appellent à eux sous prétexte de rétributions ou d'appointements pour les emplois qu'ils exercent; enfin quand ils rendent le peuple tributaire, et se partagent les impôts qu'ils lèvent sur eux. Ce dernier cas est rare ; une aristocratie en cas pareil est le plus dur de tous les gouyemeinènts.
I^ndant que Rome inclina veis l'aristocratie , eHe évita très bien ces inconvénients. Les magistrats ne tiroient jamaisi d'appointements de leur magistrature. ^Les principaux de la république furent taxés comme les autres; ils le furent même phiSi et quelquefois ils le furent seuls. Enfin , bi^i\ loin de se partager les revenus de fêtât , tout ce qu^ils purent tirer du trésor public, tout ce que la fortune leur envoya de richesses, ils le distribuèrent au peuple pour se Êdre pardonner leurs honneurs*.
* Gomme dam quelques aristocraties de nos jours ; rien n'afîoiblit tant Vétat. n
* ^ojrez dans StrabOn, liy. xrr, comment les Rhodiens le condoi*. iirent à «et !é|ard.