‹ ŒuvresChapitre 65 sur 336 · LIVRE V, CHAPITRE XIV. ï3î · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XIV. ï3î

on a diminué les peines des crimes, on à établi des tribunaux, oh à commencé à coimoitre les lois, on a instruit les peuples; mais il y a des causes particulières qui le ramèneront peut*étre au malheur qu'il voudroit fuir.

Dans ces états la religion a plus d'influence que dans aucun autre; elle est une crainte ajoutée à la crainte. Dans les empires màhométans c'est de la k-eligion que lés peuples tirent eh. partie le re^ect étonnant qu'ijs ont pour leur prince.

C'est la religion qui corrige un peu la constitution turque. Les sujets qui ne àônt pas attachés à la gloire et à la grandeur de l'état par honneur, le sont par la force et par le principe de la religion.

Dq tous les gouvernements despotiques il n'y en a point qui s'accablç plus lui-même qiîe celui où *Ie prince se^ déclare propriétaire de tous les foijids de terres et l'héritier de tous ses sujets : il en résulte toujours l'abandon de la culture des terres; et, si d'ailleurs le prince ^st marchand, toute espèce d'industrie estruinée. ^

Dans ces états on nç répare^ on n'améliore rien »; on ne bâtit de maisons que pour la vie ; on ne fait point de iSossés, on ne plante point d'arbres; on tire tout de la terre, on ne lui rend rien; tout est en friche, tout est désert

Pensesi-vous que les lois qui ôtent la-prppriété

VoftiL Rlcaat, état de fen^ire ottoman ^ p. 196.

i3a i>s l'esprit D£s lois.

des fonds de terre et la succession des biens diminueront Fayarice et la cupidité des grands ? Noï) ; elles irriteront cette cupidité et cette avarice» On sera porté à (aire mille vexations, parce qu'on ne croira avoir en propre que l'or ou Taisent quel'on pourra voler ou cacher.

Pour que tout ne soit pas perdu, il est boB qiie Favidité du prince soit modérée par quelque coutusie. AsQsi, en Turquie, le prince se contente ordinairement de prendre trois pour cent sur les suçcéssipnâ ' des gens du peuple $ mais, comme le grand-seigneur donne la plupart des terres à sa milice, et en dispose à sa fantaisie; comme il se saisit de toutes les successions des officiers de Fempire; comme, lorsqu'un homme meurt sans enfants mâles, le grand-seigneur a la propriété, et que les fines n'ont que l'usufruit; il arrive que la plupart des biens de Fétat sont possédés d'une manière précaire*

Par la loi de Bantam '* le roi prend toute la succession, même la femme, les enfants et la maison. On est obligé, pour éluder la plus cruelle disposition^ de cette loi, de marier les enfants à huit, neuf ou dix ans, et quelquefois plu^ jeunes, afin qu'ils

< Voyt»\ sur les saceesnons des Turcs, L^Lcédémoiic ancienne et moderne. V9j9z anssi Riéaut » de V Empire ottoman.

* MecusUdes Fojëgesqvi oni tewn à i'ÉtmUistfiment de la Compagne des Indes, tom. i. La loi da Pégu est moins cruelle : si on a des enfants, le rot- ne succède qu'aux deux tiers. iBid,, tom. ni, pag. i.

Page 1