LIVRE V, CHAPITRA XIX. ll
l'on craint un état {MirtîcuUer de gens cfe guerre, et comment le guerrier reMe toujours citoyen, ou même magistrat^ afin qple ce$r qualités toieiiit un gage pour la patrie, ^ que Ton ne Foublie jamais.
• Cette division de magistratures en civiles et mi*» litaires, taiXa {>ar les Eomains après la perte de la république, ne fut pas une (^ose arbiti^re^ elle fîit une suite du cbangemept de )a'<^mstitutian de Rome; elle était de la nature du gouverne» ment monarchique, et ce qui ne fut que commencé sous Auguste < les empereurs suivants * furent obligés de l'achever pour tempérer )e goi3b^ vemement militaire.
Ainsi Procope, concurrent de Valette à l'em^ pire, n'y entendoit rien, lorsque donnant à Horr misdas, prince du sang royal de Perse, bi dignité de proconsul \ il rendit à cette magistrature le commandement des armées, qu'elle avoit aiUrefois, à moins qu'il n?eût des raisons particulières. Un homme qui aspire à la souveraineté .cherche moins ce qui est utile à l'état q^e ce qui l'est k af cause.
Quatrième question* Convient-il que les charges )
' Auguste 6ta aux s^Mteon; proconsuls , et gouTemecurs , le droit de porter les armes. Dion , liv. xxxiii.
' Constantin. Foyez Zozime » liy . ii.
^ Ammian. lifarceUin, lib. xxyi, More veterum^ et ciptiUt, et beUa reeturo,
lO.
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soient vénales? Elles ne doivent pas Tétre dans les états despotiques 9 où' il faut que les sujets soient placés ou déplacés tkbs un instant par le prince.
Cette vénalité est bonne dans les états monarchiques, parce qu'elle fait faire comme un métier de Êtmilte ce qu'on ne voudrpit pas entreprendre pour la vertu ; qu'elle destine chacun à son devoir, et relid les ordres de Fétat plus permanents. Suidas ' dit très bien qu'Anastase avoit fait de l'empire une espèce d'aristocratie en vendant toutes les magistratures. .
Platon* ne peut sou£ïrii; dette vénalité. « Cest, a dit-il, comme si dans un navire on faisoit quela qu'un pilote ou matelot pour son argent. Seroit- . «c il possible que la règle fut mauvaise dans quel- «c que autre emploi que ce fut de la vie , et bonne « seulement pour conduire une république ?» Mais Platon parle d'une république fondée sur la vertu, et nous parlons d'une monarchie. Or, dans une monarchie où, quand les charges ne se vendroient pas par un règlement public, l'indigence et l'avidité des courtisans les vendroient tout de même , le hasard donnera de meilleurs sujets que le choix du prince^ Eiifin , la manière de s'avancer par les richesses inspire et entretient l'industrie ^, chose
' Fragments tirés des ambassade» de Constantin. PorpbyrQgénète.
* RépubUque, \\y, viil.
^ Paresse de TËspagne; on y. donne tous les emplois.
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. dont cette espèce de gouvememeiit a. grand be« soin.
Cinquième question. Dans quel gouvernement &ut-il des censeurs? 11 en faut dans une république où le principe du gouvernement est la vertu. Ce né sont pas seuleiûent les crimes qiii détruisent la vertu^ mais: encore lés négligences/ les fautes, une certaine tiédeur daiis l'amour de la patrie , des exemples dangereux y des semences de corruption; ce qpi ne choque point les lois^ mais les élude; ce qui ne les détruit pas^ mais les affoiblit. Tout cela doit être corrigé par les censeurs.
On est étonné de la punition de cet aréopagite qui avoit tué un moineau qui, poursuivi par un épervier, s'étoit réfugié dans son sein. On est surpris que l'aréopage ait fait mourir un enfant qui avoit crevé les yeux à ^n oiseau^ Qu'on fasse attention qu'il ne s'agit point là d'une condamnation pour crime, mais d'un jugement de mœurs dan& «ne république fondée sur les mœurs.
Dans les monarchies il ne faut point de censeurs; elles sont fondées sur l'honneur, et la nature de l'honneur est d'avoir pour censeur tout Funivers. Tout homme qui y manque est soumis aux reproches de ceux même qui n'en ont point.
Là les censeurs seroient gâtés par ceux même qu'ils devroient corriger. Us ne seroient pas bons contre la corruption d'une monarchie, mais la
iSq I» l'esprit des lois.
oorruptioii d'une menarchie seroit tMp forte
contre eux.
On sent bien <{u'ii' ne Êiut point de censeurs dans les gouvernements despotiques. L'exemple de la Chine semble déroger à cette règle , mais nous verrons dans la suite de cet ouvrage les' raiions singulières de cet établissement.
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