LIVRE I, CHAPITRE I. 3l
Les êtres particuliers intelligents peuvent avoir des lois qu'ils ont Élites : mais ils en ont aussi qu'ils n'ont pas faites. Avant qu'il y eût des êtres intelligents, ils étoient possibles; ils avoient donc des rapports possibles 9 et par conséquent des lois possibles. Avant qu'il y eut des lois faites , il y avoit des rapports de justice possibles. Dire qu'il n'y a rien de juste ni d'injuste que ce tju'ordonnent ou défendent les lois positives , c'est dire qu'avant qu'on eût tracé de cercle tous les rayons n'étoient pas égaux.
U faut donc avouer des rapports d'équité anté-C rieurs à la loi positive qui les établit : comme , par exemple ) que, supposé qu'il y eût des sociétés d'hommes, il seroit juste de se conformer à leurs lois ; que , s'il y avoit des êtres intelligents qui eussent reçu quelque bienfait d'un autre être, Os devroient en avoir de la reconnoissance ; que, si un être intelligent avoit créé un être intelligent , le cY*éé devroit rester dans la dépendance qu'il a eue dès son origine ; qu'un être intelligent qui a fait du mal à un être intelligent mérite de recevoir le même mal , et ainsi du reste.
Mais il s'en faut bien que le monde intelligent soit aussi bien gouverné que le monde physique; car, quoique celui-là ait aussi des lois qui par leur nature sont invariables, il ne les suit pas constamment comme le monde physique suit les siennes.
3a DE l'esprit des lois.
La raison en est que les êtres particuliers intelligents sont bornés par leur nature , et par conséquent sujets à l'erreur; et d'un autre côté il est de leur nature qu'ils agissent par eux-mêmes. Ils ne suivent donc pas ^constamment leurs lois primif> tives ; et celles même qu'ils se donnent/ ils ne les suivent pas toujours.
On ne sait si les bêtes sont gouvernées par les lois générales du mouvement , ou par une motion particulière. Quoi qu'il en' soit, elles n^ont point avec Dieu de rapport plus intime que le reste du ynonde matériel; et le sentiment ne leur sert que dans le rapport qu'elles ont entre elles , ou avec d'autres êtres particuliers , ou avec elles-mêmes.
jPar l'attrait du plaisir elles conservent leur être particulier^ et par le même attrait elles conservent leur espèce. Elles ont des lois naturelles , parce qu'elles sont unies par le sentiment; elles n'ont point de lois positives y parce qu'elles ne sont point unies par la connoissance. Elles ne suivent pour-, tant pas invariablement leurs lois naturelles ; les plantes , en qui nous ne remarquons ni connoissance ni sentiment, les suivent mieux.
Les bêtes n'ont point les suprêmes avantages que nous avons; elles en ont que nous n'avons pas. Elles n'ont point nos espérances , mais eUes n'ont pas nos craintes ; elles subissent comme nous la mort, mais c'est sans la connoître : la plupart