PREFACE DES TRADUCTEURS
Les œuvres chirurgicales de Sir A. Cooper comprennent d'une part des traités;généraux , d'une autre part des mémoires originaux sur divers points de chirurgie. L'ensemble de ces œuvres constitue une collection très -étendue et dont l'importance est facile à apprécier, si l'on a égard au nombre considérable d'observations originales qui s'y trouvent renfermées.
Des conditions extrêmement favorables , et dans lesquelles peut-être nul autre chirurgien ne s'est jamais trouvé , ont mis Sir A. Cooper à même d'enrichir ses travaux d'une multitude de faits pratiques d'un haut intérêt. Puisant pendant un grand nombre d'années à la clinique de deux vastes hôpitaux (l'hôpital de Guy et l'hôpital St-Thomas), faisant concourir au but de ses recherches les occasions multipliées que lui offrait une immense clientelle , augmentée encore par une consultation gratuite , à laquelle se présentent un grand nombre d'indigens de Londres ^ il pouvait , mieux que personne , recueillir , dans un temps donné , une masse considérable d'observations. Ajoutons à cela une circonstance qui n'est point indifférente 3 c'est que Londres étant à la fois un port de mer et une cité où les procédés de l'industrie se réunissent sous les formes les plus variées, il s'y présente , toutes choses égales d'ailleurs , un plus grand nombre et une plus grande variété de lésions traumatiques.
Sir A. Cooper a pu en outre ajouter aux résultats de sa propre expérience , une foule de communications inédites et curieuses que lui ont adressées un grand nombre de chirurgiens anglais placés dans les hôpitaux , ou professeurs dans les universités , et parmi lesquels nous citerons MM. Forster, Bennett , Mayo , Key, Tyrrel , Lynn , Clarke , Chandler, G. "Cooper. Cline , Johnson , Dalryraple , Thompson , Farr , Johns , Yelloly, Turner . Burns , Wardrop , Stanley , Bromfîeld , Sims , Jones , Travers , Davies , Marshall-Hall , Haighton, etc. , etc. Ce concours précieux de tant d'hommes recoramandables , en offrant une haute garantie de l'exactitude et de l'authenticité des observations , a été aussi une source de richesses nouvelles. Par là , les œuvres de Sir A. Cooper sont . en quelque sorte , un monument de l'art chirurgical en Angleterre.
ij PREFACE.
C'eut été une chose regrettable, que dans de pareilles ciixonstances . un chirurgien d'un esprit aussi sage et aussi judicieux n'eut point livré à ses contemporains et aux temps à venir les fruits de sa longue expérience. Et . pour citer un exemple rapproché de nous, qui n'a été saisi d'un regret douloureux , en pensant que Dupuytren , cet homme d'une expérience si vaste et d'un esprit si éminent , a été enlev.é à la science au moment où il aurait pu doter la chirurgie d'un ouvrage qui eût renfermé les résultats de sa longue et judicieuse pratique.
Certains caractères font juger, mieux que de longs détails, de l'esprit dans lequel un ouvrage a été conçu 3 à cet égard, nous ferons remarquer que les œuvres de Sir A. Cooper se distinguent par l'absence de toute hypothèse , de toute théorie qui ne serait pas la rigoureuse expression des faits. Partout ceux-ci sont présentés avec simplicité et sans aucun dessein de les faire servir au triomphe d'un système , d'une opinion préconçue. Ce n'est pas à dire pour cela que l'auteur se soit interdit constamment de généraliser les résultats de ses observations 3 mais on lui doit cette justice qu'il l'a toujours fait avec une extrême réserve.
Une qualité qui imprime encore un cachet particulier aux œuvres de Sir A. Cooper, c'est qu'à l'exemple de la plupart des hommes qui ont rendu les services les plus réels à la chirurgie , il a sans cesse rattaché les notions chirurgicales aux notions anatomiques , ainsi que l'atteste la composition du Traité des luxations et des fractures , du Traite des hernies , de celui des maladies du testicule , de celui des niaiaddes du sein , etc.
Ce sei'ait se faire une fausse idée des œuvres chirurgicales de Sir A, Cooper, que de les considérer comme la réunion de quelques mémoires. En effet, si l'on a égard au nombre et \x l'intérêt des questions qui y sont traitées , on verra que l'auteur a embrassé dans ses recherches une partie considérable de la chirurgie , qu'il a donné ainsi à ses travaux une utilité très-générale et des applications étendues, et que, sous ce rapport, la collection de ses œuvres, loin d'être renfermée dans la sphère étroite d'une monographie , constitue plutôt une longue série de monographies sur une foule de questions chirurgicales importantes.
Ce qui sera vivement apprécié par ceux qui consulteront les œuvres de Sir A. Cooper, c'est qu'on n'y retrouve point comme dans tant de productions , du reste très-estimables , des observations déjà publiées. Presque toutes celles qui ont servi à l'auteur étaient encore inédites, et, bien qu'originales, elles y sont réunies en nombre tellement considérable , que nous ne croyons pas nous tromper en affirmant qu'il n'existe dans la science aucun ouvrage qui . pour un volume donné . présente une aussi grande masse d'observations. Ajoutons d'ailleurs qu'indépendamment des observations que nous avons numérotées avec soin pour en faciliter la recherche . on trouve dans le cours du texte une foule d'observations citées d'une manière concise et qui augmentent encore la richesse pratique de cette collection.
Mais sans nous arrêter au nombre des observations , faisons remarquer que des cas extrêmement rares sont réunis dans les œuvres de Sir A. Cooper , en quantité suffisante pour permettre d'en tracer l'histoire générale. Nous nous bornerons à citer : les luxations du radius . dont on trouve à peine quelques exemples dans les écrivains français; les luxations du fémur dans l'èchrnicnire sciatique . dont Boyer n'avait jamais vu d'exemple et sur lesquelles, malgré son espril jiuUcieux . il a émis des propositions erronées
iMtl^;K\CK. iij
parce qu'elles n'ont point pour base l'observation ^ une luxation du fémur réduite au bout de cinq ans; des exemples de déplacement des cartilages semi-lunaires du genou; trente-sept cas de luxation du pied , avec plaie de l'articulation ^ un cas de luxation de la clavicule en arrière dans lequel on pratiqua avec succès la résection de la tête de l'os , etc. , etc.
Des travaux immensément riches de faits , ayant pour base fondamentale l'observation clinique, entièrement dépouillés de digressions étrangères, et qui enfin s'appuient sur l'anatomie, sont également faits pour le praticien qui cherche des termes de comparaison avec ce que lui offre sa propre observation , pour l'élève qui ne peut se former à une meilleure école qu'à celle des faits , enfin pour ceux qui , cherchant à résoudre des questions encore litigieuses dans la science, ne peuvent donner à leurs théories de base solide qu'en les ramenant sans cesse à l'observation.
Comment donc se fait-il que , réunissant de si heureuses conditions , les œuvres de Sir A. Cooper ne soient pas plus répandues en France.
Cela tient à plusieurs causes : le prix très-élevé des principaux traités, l'impossibilité pour beaucoup de personnes de les lire dans la langue où ils sont écrits , les imperfections nombreuses des traductions partielles qui en avaient été faites et dans lesquelles les opinions de Sir A. Cooper se trouvent parfois tout-à-fait travesties , la dissémination des mémoires dans plusieurs collections peu répandues , toutes ces circonstances opposaient de grands obstacles à ce que ces ouvrages fussent facilement consultés. On ne doit donc pas s'étonner qu'un grand nombre d'idées et d'observations appartenant à Sir A. Cooper n'aient pas pénétré plus avant dans la chirurgie française. Du reste nous pourrions citer des productions non moins remarquables et qui ne sont encore qu'imparfaitement connues en France , par exemple , les œuvres de John Hunter.
Pour nous , profondément pénétrés de l'importance des œuvres chirurgicales de Sir A. Cooper , nous en avons entrepris la traduction complète , et. si nous nous étonnons d'une chose, c'est d'avoir été les premiers à exécuter ce travail.
Nous nous sommes imposé pour première condition , et nous avons eu constamment en vue de reproduire avec une fidélité parfaite toutes les idées de l'auteur. Mais nous n'avons pas pensé qu'il fallût porter cette fidélité jusqu'à nous interdire dans plusieurs parties , un ordre plus convenable pour le rapprochement et la succession régulière des chapitres. Nous avons cru , pour les mêmes raisons , devoir incorporer dans le texte un certain nombre de faits qui se trouvaient pour ainsi dire perdus dans la préface du Traité des luxations et des fractures. Sir A. Cooper, homme de pratique plus que de cabinet , n'a pas mis dans la composition de toutes ses œuvres , ces soins de détails qui facilitent tant l'intelligence d'un ouvrage et les recherches scientifiques. Aussi , pour mettre le lecteur à même de consulter au besoin et de retrouver avec facilité les diverses observations , nous les avons indiquées par des numéros qui se succèdent depuis le commencement jusqu'à la fin du volume. Indépendamment des faits qui lui sont propres. Sir A. Cooper, comme nous l'avons déjà dit , en a reçu beaucoup d'autres de diverses mains; il a inséré ceux-ci avec tous les détails que les auteurs avaient ci'u devoir y ajouter. Il en résulte que certaines observations sont rédigées avec une longueur telle , que la lecture en devenait extrêmement fatigante et beaucoup moins instructive. Il a donc fallu faire disparaître quelques-unes de
iv PRÉFACE.
ces longueurs el condenser des détails présentés d'une manière diffuse. Mais nous avons dû nous imposer eii matière de suppressions , une extrême réserve . et nous n'y avons recouru que dans les cas où il ne pouvait y avoir aucun doute , pour qui que ce fût, sur la convenance de ces suppressions. C'est en nous guidant d'après les mêmes principes que, dans les descriptions anatomiques dont la plupart des traités sont accompagnés , nous avons fait disparaître ce qui est répandu dans les ouvrages élémentaires d'anatomie.
D'autres conditions nous étaient imposées. En adoptant pour l'impression un caractère plus gros que celui auquel nous nous sommes arrêtés , l'ouvrage aurait acquis des dimensions au-dessous desquelles nous désirions rester pour plusieurs motifs , qu'il est facile d'apprécier.
Enfin , en réunissant aux faits déjà si nombreux que renferment les œuvres de Sir A. Cooper, un grand nombre de faits puisés pour la plupart dans des collections étrangères, nous avons cru ajouter à l'une des qualités que nous apprécions le plus dans les œuvres de Sir A. Cooper, c'est-à-dire , la richesse des observations.
G. RicHELOT. E. Chassaîgnac.
Il est peu d'accidens qui réclament de plus prompfs secours que les luxations, et qui soient de nature ù compromettre plus direétemeut la réputation d'un praticien quand ils ne sont pas reconnus immédiatement, car, après un certain laps de temps, la réduction devient de plus en plus difficile et même tout-à-fait impraticable; et, si la luxation, méconnue, reste non réduile, le malade devient un témoignage vivant de l'ignorance ou de l'inattention du chirurgien.
De grandes connaissances anatomiques sont Indispensables pour reconnaître la nature de ces lésions, aussi bien que pour se diriger dans le choix des meilleurs moyens de réduction. Les élèves ne se livrent pas assez à l'étude des articulations. Ceux de nos chirurgiens d'hôpitaux, qui ont négligé l'anatomie, commettent eux-mômes des méprises sur ce sujet. J'ai vu prendre , dans un hôpital , une fracture du col du fémur pour une luxation, et soumettre le malade à des tractions violeutes. Il est donc important de bien connaître la forme des extrémités osseuses, leur mode d'ai'ticulation , les ligamens qui les unissent, et la direction suivant laquelle agissent leurs muscles les plus puissans. Il faut avouer cependant, quel'extravasation sanguine etlatuméfactionproduite par l'inflammation consécutive, peuvent, dans les premiers jours de l'accident, rendre le diagnostic difficile, même pour le chirurgien le plus exercé..
Effets primitifs des luxations. — L'effet immédiat delaluxation est d'altérer là forme de l'articulation, de produire souvent un changement dans la longueur du membre, d'occasionner la presque impossibilité des mouvemens de la partie lorsque la rigidité musculaire est survenue, et de dévier l'axe du membre. Ce dernier effet a été attribué par quelques chirurgiens à l'influence des portions de ligamens qui restent intactes; mais la direction vicieuse de l'os se reproduit d'une manière trop uniforme pour qu'on puisse hésiter à regar-
der l'action musculaire comme la principale cause de ce phénomène. D'ailleurs, les ligamens sont ordinairement déchirés dans une très-grande étendue. La forme de l'osa aussi quelque influence sur sa position ultérieure ; ainsi, dans la fracture du col du fémur, le ge« nou est tourné en dehors, tandis que dans la luxation en haut ou dans la fosse iliaque, legenou est tourné en dedans, l'os roulant avec plus de facilité sur son axe quand le col est fracturé.
Dans les premiers momens delà luxation, on peut encore imprimer des mouvemens assez faciles au membre; mais cette mobilité n'existe plus au bout d'un certain temps. J'ai vu, à l'hôpital de Guy, un homme qui avait, depuis quelques minutes seulement, une luxation du fémur sur le trou ovale. Dans ce cas, qui du reste était très-bien caractérisé , l'os était trèsmobile à l'endroit de la luxation; mais en moins de trois heures, il devint solidement fixd dans sa situation nouvelle par la contraction tonique ou rigidité des muscles.
Dans quelques luxations, le membre devient plus court, et les muscles se trouvent ainsi dans l'état de relâchement. Mais , si le membre est alongé , la tension des principaux muscles qui entourent l'articulation peut aller jusqu'à déterminer leur déchirure.
Souvent il se fait autour de l'articulation un épanchement de sang assez considérable pour masquer entièrement les extrémités des os.
Quand la tête de l'os comprime les muscles, la douleur est forte, mais obtuse ; elle est plus aiguë, quand la tête appuie sur un gros cordon nerveux. Dans ce dernier cas , la paralysie peut même avoir lieu, ainsi qu'on le voit dans les luxations de l'épaule. La pression de l'os peut aussi s'exercer sur des organes importans à la vie. Le docteur Davie , de Bungay, m'a communiqué un cas de luxation de la clavicule , dans lequel cet os comprimait l'œsophage au point de faire craindre pour la vie du malade.
Dans un grand nombre de luxations, on peut
facilement sentir la tête de l'os dans sa uou- biceps,' qui peut être considéré comme liga»
velle place , et reconnaître la nature de la ma- ment de l'articulation scapulo-humérale , reste
ladie à l'aide des mouvemens de rotation im- intact dans les luxations de l'iiumérus, autant
primés au membre. Quelquefois les saillies que j'ai pu m'en assurer par la dissection,
naturelles disparaissent ou deviennent moins Les tendons qui recouvrent les ligamens sont
apparentes, comme on le voit pour le grand aussi déchirés, ainsi qu'on le voit pour le ten-
trochanter; quelquefois le contraire a lieu, don du sous-scapulaire lors de la luxation de
comme dans les luxations du coude, oùl'olé- l'humérus dans l'aisselle; et la facilité avec
crâne, plus saillant que dans l'état normal, laquelle l'accident se renouvelle après la ré-
devient le principal guide dans le diagnostic.
EFFETS CONSÉCUTIFS.— (7r<;p«faf<o?i —Souvent on trouve, comme effet plus éloigné de la luxation , une sorte de crépitation qui est produite par une lymphe plastique épanchée dans l'articulation; circonstance dont tout praticien doit être prévenu, pour ne pas soupçonner mal à propos l'existence d'une fracture.
Inflammation.— En général, l'inflammation consécutive est légère ; elle peut cependant produire une tuméfaction considérable. Quelquefois même la réduction est suivie de suppuration qui, jointe à la fièvre, entraîne par son excès la mort du malade. Le docteur Howder a rapporté le fait suivant.
Observation 1". — Un homme eut le fémur luxé en haut et en arrière sur l'os iliaque ; la réduction fut opérée peu de temps après. Le lendemain, on remarqua une tuméfaction considérable qui continua à faire des progrès et s'accompagna de fris.'ons. Le malade mourut au bout de quatre joUiS. A l'autopsie, on trouva la capsule et le ligament rond entièrement déchirés, et une quantité considérable de pus épanché dans les parties environnantes. (Minutes oftliepliysical society, Guy's hospital, novem- 6erl2,1791.(
Observation 2'. — J'ai donné des soins à un capitaine de navire marchand , qui avait une luxation du fémur : la réduction fut faite avec toutes les apparences du succès ; mais en peu de jours, il se forma au haut de la cuisse un vaste abcès qui emporta le malade.
Altération des fonctions. — Quand, par l'ancienneté de la maladie ou par toute autre circonstance , la réduction est devenue impraticable , l'os se forme une nouvelle cavité articulaire , et le membre recouvre peu à peu une partie de ses mouvemens. Toutefois, dans les luxations négligées des membres inférieurs, la claudication est toujours inévitable, et, dans celles des membres thoraciques , la force et la mobilité du membre sont toujours diminuées.
AiKA.TOlMm PATHOtOGiQUE. — Luxations récentes. — A l'autopsie des sujets qui meurent après une luxation produite par violence extérieure, on trouve en général la télé de l'os complètement chassée de sa cavité. Le ligament capsulaire est déchiré dans une grande étendue; les ligamens paitlculiers , comme le ligament rond de l'articulation coxo-fémoralc, sont rompus; cependant le tendon du
duction , est proportionliée à l'étendue de cette dilacération, à laquelle il est souvent très-difficile d'apporter remède.
La luxation exerce aussi son influence sur les muscles , qui sont tendus et déchirés; par exemple, le pectinée et le court adducteur, dans la luxation de la cuisse en bas. Ces lésions s'accompagnent d'un épanchement sanguin considérable dans le tissu cellulaire.
Luxations anciennes. — Les changeroens que subit l'articulation dépendent non-seulement de l'ancienneté de la luxation, mais encore de la nature des parties sur lesquelles repose la tête de l'os.
Si elle s'est logée dans le tissu musculaire, son cartilage se conserve, et il se forme à l'en* tour une nouvelle capsule qui n'adhère pas à la surface cartilagineuse. Cette capsule, dans les luxations du fémur, renferme la tète de l'os etle lambeau correspondant du ligamentrond. Elle se forme aux dépens du tissu cellulaire environnant , qui , comprimé par la tôte de l'os , s'enflamme , s'épaissit et se condense. Ce nouveau tissu est un peu moins serré que la capsule primitive ; mais il est assez solide cependant pour supporter une traction considérable. Dans ce cas, les os eux-mêmes subissent peu de changemens.
Si la tète de l'os se porte sur une autre surface osseuse, ou sur un muscle mince qui recouvre cette surface et qui alors s'atrophie, la pression de la tête de l'os détermine la destruction par résorption du périoste et du cartilage d'encroûtement de la surface articulaire. Il se forme une cavité lisse ; la tête osseuse s'altère dans sa configuration, pour s'adapter à cette nouvelle surface ; une exsudation osseuse se dépose à l'entour, fournie par le périoste qui , en cet endroit, s'enflamme et ne se résorbe point. La cavité de nouvelle formation embrasse quelquefois si étroitement le col de l'os, que celui-ci ne peut en être retiré sans fracture; et, de sa surface intérieure, parfaitement lisse , il ne s'élève aucune inégalité qui puisse faire obstacle aux mouvemens de l'os dans sa nouvelle situation.
Les muscles diminuent de volume à cause de leur inaction, se raccourcissent en proportion du rapprochement de l'os vers leur point d'attache, et, si la luxation est restée long-temps non réduite, ils ont perdu leur souplesse, au point de se déchirer plutôt que de céder à l'extension.
C/VUSiiS. — Les luxations peuvent avoir lieu par le seul t'ait du relâchement des Jigamen».
Observation 3*. — J'ai vu une jeune fille qui \ait produire à volonté et réduire do môme,
pouvait soulever ses rotules de dessus la surface Le sujet est ùgé de 50 ans.
des condyies du fémur. Ses genoux étaient cou- L'observation suivante offre un exemple de
sidorabloment inclinés en dedans; quand le l'influence de la paralysie sur la luxation, muscle droit agissait sur la rotule, celle-ci
était ramenée en dehors sur la ligne de la Obseî'vation Q'. — On me priai de voir un eu-
tubérositc du tibia, et portaitpresque it plat sur faut qui avait du côté droit une de ces paraly-
le côté du condyle externe du fémur. Cette fille sies qui surviennent fréquemment pendant la
avait été élevée dès son bas ûge pour être dan- dentition : les muscles de l'épaule étaient atro-
seuse, et elle attribuait la faiblesse de ses genoux à des exercices continus et prématurés. Ce relâchement des ligamens peut être le résultat de l'accumulation de la synovie dans les articulations.
Observation li'.
Ann Parlsh fut admise à
phiés, et le petit malade avait la faculté de faire passer la tête de l'humérus sur le bord postérieur de la cavité glénoïde , dans laquelle on la faisait rentrer facilement.
Dans ces cas, et particulièrement danâ le dernier, aucune déchirure des ligamens n'avait pu avoir lieu. Tous font voir quelle est
l'hôpital de Guy , en 1810, pour une luxation la puissance des muscles pour résister aux
de la rotule gauche due au relâchement des causes extérieures des luxations , de mémo
ligamens. Elle avait depuis quatre ans un épan- qu'aux efforts qui ont pour but de les réduire,
chement synovial considérable dans le ge- Les luxations peuvent reconnaître pour cause
nou, accompagné de quelques douleurs, et l'ulcération qui détruit les insertions ligamen-
gênant beaucoup la progression. Des vésica- teuses et altère la forme des os. On en a des
toires et divers autres moyens avaient été em- exemples fréquens dans l'articulation coxo-
ployés. Après avoir acquis un volume énorme , fémorale. Les ligamens sont détruits par ulcé-
le gonflement disparut spontanément, et la ration; il en est de même du rebord de la
malade s'aperçut alors pour la première fois cavité cotyloîde; la tête du fémur, altérée
que la rotule se déplaçait lorsqu'elle étendait dans son volume et dans sa forme , s'en
le membre. Quand ce déplacement avait lieu , échappe , glisse sur l'os iliaque , et se forme en
ce qui arrivait toutes les fois qu'elle essayait de cet endroit une cavité nouvelle. On voit , dans
marcher sans bandage, elle éprouvait une lé- la collection anatomique de l'hôpital Saint-
gère douleur, et perdait l'usage de ce membre Thomas , une luxation du genou , suite de tu-
au point de tomber; la rotule se plaçait sur le meur blanche , dans laquelle le tibia luxé di-
condyle extei'ne du fémur, et ne reprenait sa rectement en avant est soudé avec le fé-
position normale que par une pression très- mur.
forte. Ou lui prescrivit l'usage d'une genouil- Un jeune garçon , à l'hôpital de Guy, avait 1ère lacée sur l'articulation. une luxation du genou de la môme espèce; Les luxations résultent quelquefois de la le tibia était porté en dedans du condyle experte de ressoitou de la paralysie des muscles, terne du fémur.
Dans ces cas, le déplacement a lieu avec la Une jeune malade du même hôpital présen-
plus grande facilité, et la réduction s'opère de tait aussi une luxation consécutive: la tête
même, soit que les muscles aient perdu leur du tibia se trouvait placée en arrière des con«
tonicité par suite d'une extension prolongée dyles-du fémur, soit qu'ils ne se contractent plus par suite de paralysie. Voici im exemple des effets de la première de ces deux causes.
Observation 5'
Luxations accompagnées de fractures.—
Les luxations sont quelquefois accompagnées de fracture. Celles du pied surviennent rareétant aspirant à ment sans fracture du péroné; et, dans la luxa-
bord d'un navire, avait subi la punition sui- tion du fémur, on trouve parfois des fractures
vante : Un de ses pieds fut fixé à une saillie qui de la cavité cotyloîde. existait sur le pont, son bras fut amarré avec
force à la vergue , et tenu ainsi étendu pendant Observation T, — Thomas Steers entra à l'hô-
Une heure. Lorsqu'il revint en Angleterre, il Pi^^l de Guy, le 28 octobre 1805, pour une luxa-
avait la faculté de faire sortir la tête de l'hu- tioii du fémur dans l'échancrure sciatique.
mérus de sa cavité articulaire par un simple La luxation fut réduite à l'aide d'une exten-
mouvemcnt d'élévation du bras ; mais une très- sion peu cousidérable, eu égard à celle qui est
légère extension suffisait aussi pour opérer la ordinairement nécessaire; ce qu'on attribua
réduction. Les muscles étaient atrophiés com- au relâchement musculaire produit par l'état
me dans la pax'alysie. de nausée du malade qui fut pris de vomisse-
J'ai vu aussi , dans une luxation du pouce, la mens au moment de son entrée. Mais bientôt
premièi'e phalange devenue assez mobile , à il se plaignit d'une vive douleur qui se propa-
cause de l'état de relâchement des ligamens , geait à l'abdomen , et il mourut le lendemain,
pour que ses rapports avec le premier os meta- A l'examen du cadavre , on trouva une déchi-
carpien fussent détruits par la simple action rure de l'intestin jéjunum, et une fractm-e
musculaire. du rebord de la cavité cotyloîde.
J'ai reçu du docteur Erindley l'histoire Les luxations de l'humérus sont aussi quel-
d'une luxatiou du fémur que le malade pou- quefois accompaçnées de fracture de îa tète de
cet os. Il en existe un exemple dans la collée- ration qu'à l'inflammation adhésive; mais le
tien de l'hôpital Saint - Thomas. même phénomène ne peut avoir lieu à l'extré-
Quelquefois l'apophyse coronoïde est brisée mité des os, parce qu'ils sont l'ecouverls d'un
dans les luxations du coude, et il en rc'sulte cartilage d'encroûtement. Celui-ci , avant que
tme variété de luxation qui n'est pas suscepti- la cavité ne soit remplie par les bourgeons
ble de réduction durable. charnus, est résorbé par un travail d'ulcéra-
Quand un os est à la fois fracturé et luxé, 11 tion éliminatoire , qui s'établit à l'extrémité
est urgent de tenter la réduction de la luxation de l'os, mais qui quelquefois procède delà
le plutôt possible, en ayant soin de maintenir surface synoviale. L'os s'enflamme, le cartilage
•olidement la fracture dans des attelles au s'ulcère , de nombreux abcès se forment dans
moyen d'un bandage, afin de prévenir toute les différens points de l'articulation, et enfin
lésion des muscles. Si, en effet, la réduction des boui-geons s'élèvent de l'extrémité des os
n'est pas opérée de suite, elle ne peut l'être dépouillés de leur cartilage et comblent la ca-
plus tard sans exposer au danger de reproduire vite. Ordinairement ces végétations s'ossifient
la fracture. et déterminent l'ankylose ; mais quelquefois
Si une fracture de la jambe et une luxation elles conservent leur texture molle, et une lé-
de l'épaule ont lieu en même temps chez le gère mobilité se rétablit graduellement dans
même sujet, on doit tenter la réduction de l'articulation. Ce travail, par lequel la cavité
l'humérus immédiatement après que le mem- articulaire est comblée , exige des efforts orga-
bre fracturé a été placé dans un appareil. niques puissans, tant généraux que locaux; une
vive iiTitation se manifeste ; et, si la constitu- Observation 8". — M. H., ayant fait une chute jj^^ gg^ f^jjjjg ^ l'amputation devient quelquede sa chaise de poste , eut une fracture com- j^jg nécessaire.
pliquée de la jambe et une luxation de l'épaule certaines articulations sont beaucoup plus en avant. D'abord on ne s'aperçut pas de la exposées aux luxations compliquées que d'auluxation, dont la réduction ne fut tentée qu'une ^^.^g^ L'articulation du fémur n'éprouve prèsquinzaine de jours après l'accident. Ces essais q^g jamais ce genre de luxation ; je n'eu confurent sans résultat, parce que, dans la crainte ^gig ^^g ^g^^ exemples pour celle de l'épaule ; de déterminer de la fièvre et de causer quelque ^ais le coude , le poignet , le coudepied et les désordre du côté de la jambe, on ne put exer- ^^jg^g g^ gQ^^. fréquemment le siège : j'en ai vu cer une extension assez forte. un cas pour l'articulation du genou.
Les lésions auxquelles on a donné le nom de luxations de l'épine , sont en général des frac- Luxations incomplètes. — Les luxations ne tures des vertèbres , suivies du déplacement de sont pas toujours complètes ; quelquefois les os ces os, mais sans séparation de la substance ne quittent qu'en partie la surface articulaire Intervertébrale. Il arrive même que les apophy- sur laquelle ils s'appuyaient. Cette espèce de ses articulaires sont brisées aussi bien que le luxation se présente quelquefois à l'articulacorps des vertèbres; de telle sorte qu'il n'y tion du pied. Le docteur Tyrrell a donné à la a point de vraies luxations durachis {l),excep- collection de l'hôpital Saint-Thomas une artité celles des vertèbres cervicales supérieures, culation du coudepied qui offre une luxation Les lésions de l'épine, qui pi'oduisent la para- incomplète. L'extrémité du tibia portait encore îysie des membres inférieurs, sont des fractures en partie sur l'astragale ; mais la plus grande du corps des vertèbres qui donnent lieu tantôt portion de sa surface était en rapport avec le à la compression, tantôt à la déchirure de la scaphoïde. A l'extrémité du tibia modifié par moelle épinière. *^^ changement déposition, s'étaient formées
deux nouvelles surfaces articulaires qui of- LCXITIONS COMPLIQUÉES— Dans les luxations fraient deux directions opposées , pour correscompliquées , la cavité de l'articulation est ou- pondre aux deux os du tarse. La luxation n'averte , par suite de la division des tégumens et vaitpas été réduite.
du ligament capsulaire (2). L'effet immédiat de L'articulation fémoro-tibiale est rarement ces luxations est une extravasation sanguine luxée latéralement d'une manière complète, à dans l'articulation et l'épanchement de la sy- cause de l'étendue de ses surfaces articulaires, novie au-dehors. Quandune articulation est ou- L'humérus appuie quelquefois sur le rebord de verte l'inflammation s'empare rapidement des la cavité glénolde , où il rentre facilement, ligamens déchirés et des surfaces synoviales. En L'articulation du coude se luxe incomplètepeu d'heures, la suppuration commence, et des ment, tantôt par déplacement du cubitus, bourgeons charnus s'élèvent de la surface sup- tantôt pardéplacement du radius. La mâchoire purantc. Celle-ci, étant de la nature des mu- inférieure se luxe aussi incomplètement, mais qucuses,estbeaucoup plus disposée à la suppu- d'une manière différente: l'une de ses arti-
(i\Ci;Ue assertion estcn cotili'adictiotl avec les fails. Knlie autres exemples <1e luxations survenues ailleurs qi;.; dans les vremièies ccivicnles , nous citerons le cas rapporté par M. Dupujiren , LibUothèque médicale, deuxuime année , T. 8 , p- gi , Obseivaiion Iroisiénin. {Note des trad.)
(i) Comme ou le voit, la Jénuminaliuri tle liixnLion compliquée, tlans les écrits de jir A. Coopef, 'ap^)lique cxclusivcincut aux luxations avec pbie de rarticulation. [Note des trad.)
culations est luxée Intacte.
tandis que l'autre reste