EFFETS PE L INFLA.MDIATION AIGUË DU TESTICULE
Un épanchement de sérosité dans la tunique vaginale est un effet fréquent de l'inflammation du testicule ; mais cette espèce d'hydrocèle se résorbe ordinairement à mesure que les symptômes inflammatoires disparaissent.
Le second phénomène qui doit sa naissance à cette inflammation , c'est l'adhérence et l'épaississement de la tunique vaginale : lésion que l'on prend souvent pour une maladie du testicule lui-même.
Cette adhérence des tuniques est un résultat très-fréquent de l'inflammalion du testicule. En examinant des testicules qui paraissaient plus durs qu'à l'ordinaire , j'ai trouvé que les deux feuillets de la tunique vaginale étaient adhérens ensemble , tantôt partiellement , tantôt dans toute leur étendue ; ce qui fait que la mobilité du testicule , dans le scrotum , est diminuée, et qu'il élude moins facilement la compression et les violences extérieures.
Un troisième effet de l'inflauimation du testicule , c'est le gonflement de l'épididyme qui a lieu, tantôt à son extrémité inférieure, tantôt à son extrémité supérieure.
Quand ce gonflement occupe l'extrémité inférieure de l'organe , il a son siège dans le tissu cellulaire du canal déférent, dans le point où ce canal forme ses premières circonvolutions. Mais ce gonflement ne dépend pas toujours d'une exsudation lymphatique dans l'intérieur du conduit; ce que l'on doit apprendre au malade qui peut s'inquiéter de l'influence que cet état peut avoir sur les fonctions de la partie. Souvent cette induration est l'effet de la seule adhérence des tuniques.
Quand le gonflement a lieu dans la partie supérieure de l'épididyme {globus major], une matière plastique est épanchée dans le tissu cellulaire, entre les cônes vasculeux, près de leur terminaison dans l'épididyme; et quelquefois on trouve , en cet endroit, un sac contenant un liquide mucilagineux.
Cette portion de l'épididyme est plus fréquemment malade qu'aucune autre partie du testicule ou de l'épididyme. Mais les suites en sont moins graves que dans les autres points de ce dernier organe , parce que quelques-uns des vaisseaux efférens et des cônes vasculeux continuent à charrier la semence du testicule à l'épididyme.
Les cônes vasculeux, dans cet état pathologique, sont épaissis , indurés et d'une couleur brune-foncée. Sur six testicules de vieillards que je reçus en même temps pour mes dissections , quatre avaient subi cette altération anatomique. Je possède aussi une préparation où l'on voit une tumeur un peu plus grosse qu'un pois , entourée par un réseau extrêmement vasculaire, qui s'est développée parmi les tubes séminifères du testicule, à la suite de l'inflammation. Le testicule était plus gros qu'à l'ordinaire.
En général , j'ai remarqué que quand il y a des traces d'inflammation dans les tuniques du testicule, telles que des adhérences par exemple, le tissu propre du testicule lui-même est altéré ; les cloisons sont beaucoup plus apparentes qu'à l'ordinaire ; les conduits séminifères sont indubitablement diminués de ve-
432 INFLA-MMATION ATGUE DU TESTICULE,
lume, et plusieurs d'entr'eux sont transfor- après l'accident, il fut pris de douleurs (]^-
mes en Téritables cordons. chirantes dans un testicule, qui, dans l'espace
L'alrophie du testicule est encore un effet de d'une semaine, se tuméfia au point d'atteindre
son inflaininalion. Ce résultat s'observe plus un volume considérable. Alors l'inflammation
fréquemment à l'époque de la puberté qu'à et le gonflement commencèrent à coder; mais
tout autre âge. la diminution de l'organe ne s'arrêta pas à
Dans certains cas, la maladie reconnaît son volume naturel; l'absorption persista jtispour cause déterminante un coup porté sur qu'à la disparition complète de la glande. Le la partie , soit dans l'exercice de certains jeux , cordon spermatique était beaucoup plus petit soit lorsque, dans l'équitation, le testicule est du côté malade que de l'autre; le canal déféporté brusquement contre le pommeau de la rent pouvait être reconnu, mais il était beauselle, coup plus grêle qu'à l'état normal; on perce-
Quelquefois l'inflammation du testicule sur- vait une petile portion de l'épididyme ; mais le
vient spontanément ou sans cause apparente, testicule n'était pas plus gros qu'un pois gon-
et d'autres fois, quoique rarement, elle est fié par l'humidité; il avait conservé de la sen-
l'effet de la gonoiThée. sibilité , mais à un bien moindre degré que du
Le testicule enflammé se tuméfie au point côté sain. La constitution de ce malade était
d'acquérir plusieurs fois son volume naturel , scrofuleuse, car il avait des engorgemens in-
puis , à mesure que l'inflammation s'éteint , il dolcns des glandes du cou. Ses facultés viriles,
diminue de grosseur par suite de la résorp- d'après son assertion, n'avaient point été dimi-
tion des matières qui l'engorgeaient. Mais cette nuées par l'atrophie de son testicule,
absorption ne s'arrête pas toujours au moment Observation 378%— Un homme, dont le tes-
où la glande a repris son volume primitif; elle ticule était atrophié au point de n'offrir plus
persiste jusqu'à ce que la totalité du tissu qu'un petit corps dur , m'a assuré qu'il y res-
glanduleux ait été absorbée, laissant la tuni- sentait constamment de la douleur, toutes les
que vaginale adhérente à la lunique albuginée, qui ne renferme plus que les cloisons. Toute la substance qui reste n'excède pas en volume l'extrémité du doigt . et constitue un corps très-dur et très-résistant.
11 existe dans la collection de l'hôpital Saint- Thomas un ieslicule atrophié que l'on a
fois qu'il souffrait d'un rhume ou de toute autre indisposition.
Comme ces effets de l'inflammation du testicule déterminent une diminulion de ses facultés , ou même une destruction complète de ses fonctions, on ne saurait trop se tenir en garde contre le développement d'une pareille
tenté d'injecter avec le mercure; le métal n'a mala.lie; et lorsqu'elle existe, on doit faire
pu descendre dans le canal déférent que jus- tous ses ctTorts pour la faire cesser immcdia-
qu'au milieu de l'intervalle compris entre tement par tous les moyens possibles. Car des
l'anneau inguinal et le testicule. inflammations violentes, répétées et négligées,
entraîneront certainement une diminulion
Observation 377'.— M. S. , à l'âge de 19 ans, se considérable de la puissance virile , en dimi-
froissa les lesticules sur le pommeau de sa nuant le volume du testicule et sa capacité
selle. Le soir du même jour, onze heures pour la sécrétion.
TRAITEMEINT DE l'uNFLAMMATION AIGUË DU TESTICULE.
La suspension ou le soutien de la partie malade est le premier moyen conseillé par le chirurgien, et celui qui est inspiré le plus fortement au malade par ses propres sensations. Un suspensoire doit avoir quatre rubans de fil, deux en avant, deux eii arrière. Les deux antérieurs sont portés vers les lombes qu'ils croisent , et sont attachés au devant de l'abdomen ; tandis que les deux postérieurs doivent être ramenés en avant dos aines, de chaque côté, et fixés à ceux qui entourent l'abdomen. Par ce moyen, un soutien réel est fourni aux testicules. Mais si les rubans de derrière sont dirigés entre les cuisses, vers les lombes, comme on le fait ordinairement , les lesticules sont douloureusement tirés en arrière , plutôt que soutenus. Un mouchoir plié triangulaircment soutient le testicule d'une manière Irès-ofTicaci!; mais un ruban de fil doit être fixé au milieu de sa hase, et porté entre les cuisses en arrière, où deux des angles du mouchoir doivent être noués, tandis que le troisième angle est porté en avant ou en haut , an devant du scrotum.
Ce soutien prévient la suspension douloureuse des lesticules, exerce sur les veines une pression qui favorise le retour du sang, diminue la congestion de ces vaisseaux , et rend moins nécessaire une augmentation d'action des artères pour l'accomplissement de la circulation.
La lotion suivante doit être prescrite en même temps.
3r Solution de sous-acétate de plomb § vij.
Esprit de vin § i.
Par son évaporation elle produit du froid et diminue le volume dts vaisseaux dilatés ; par ses qualités astringentes , elle détermine la contraction du scrotum et contribue ainsi directement, aussi bien que sympathiquement, à la réduction de l'inflammation.
Le vinaigre etl'acétate d'ammoniaque, quoique d'une application utile, quand ou les fait évaporer, sont désagréables aux malades , à cause de leur odeur ,etne remplissent pas l'indication mieux que la lotion ci-dessus mentionnée.
INFLA.MMAT101H A.lf.
L'hydro-chlorate d'ammoniaque, dans la proportion d'un drachme, pour une pinte d'eau , est d'une application excellente ; son dvaporation produit du froid ; le léger stimulus qu'elle détermine ^ appelle le sang du testicule vers le scrotum. Il n'a d'ailleurs aucune odeur désagréable, circonstance qui doit élre prise en considération pour la pratique particuliùre.
Le proto-chlorure de mercure , avec l'extrait de coloquinte, doivent être administrés le soir; et, dans la matinée , on donnera une potion avec la teinture de séné et le sulfate de magnésie.
Sous l'influence de ces divers moyens de traitement, le malade verra dans peu de jours s'évanouir les symptômes inflammatoires les plus aigus.
Mais si, malgré ces soins, l'inflammation persiste , il faut appliquer des sangsues. Des considérations particulières peuvent porter le malade à rejeter ce moyen; alors on élude facilement la diflioulté en scarifiant les veines du scrotum. Le malade étant immobile devant le chirui'gien , celui-ci pique trois ou quatre veines avec la pointe d'une laocette, introduite transversalement dans ces vaisseaux, qui saignent abondamment. Lors même que la lancette n'atteindrait pas les veines, le scrotum fournira du sang, si l'ouverture est sufiisamment large, et surtout si les bourses sont placées dans de l'eau chaude. Aussitôt qu'il a coulé trois ou quatre onces de sang , on fait coucher le inalade dans son lit, sur le dos, et l'hémorrhagie s'arrête presqn'immédiatement. Parce procédé le malade perdra plus de sang que plusieurs sangsues n'en tireraient, et ses draps ni son linge ne l'exposeront à aucune observation désagréable.
Dans certains cas, l'inflammation persiste malgré le traitement que je viens d'indiquer; il faut alors recourir à d'autres moyens thérapeutiques.
On doit insister sur le décubitus dorsal, dont les effets sont presqu'immédiatement favorables; le mécanisme de l'amélioration qu'il détermine, est facile à comprendre. Il produit un dégorgement sanguin abondant pour le testicule. Quiconque a ouvert les veii.es du scrotum, quand le malade est debout et a vu avec quelle promptitude le sang s'arrête quand il se couche sur le dos, comprendra parfaitement l'effet de la gravitation sur l'accumulation du sang dans les vaisseaux du testicule.
Mais ce n'est pas seulement la congestion veineuse qui est diminuée, par suite du décubitus dorsal. L'action des artères, qui n'a plus à s'exercer sur une colonne de sang aussi considérable , perd aussi de son énergie.
Le décubitus dorsal ne dispense -pas de soutenir le testicule avec un mouchoir. On doit l'élever, le soutenir contre l'abdomen, et veiller attentivement à ce qu'il ne retombe pas entre les cuisses, ce qui annuUerait tout l'effet salutaire de la position.
UE on TESTicnî,«. 4,33
Les fomenlations et les cataphismcs peuvent élre considérés conime les meilleures applications loijiques. C((s moyens font promptement cesser la grande distension des vaisseaux; le relâchement qu'ils produisent n'enti'aîne aucun inconvénient, et d'un autre côté, la transpiration qu'ils entretiennent, favorise le dégorgement des vaisseaux en déterminant l'issue de la portion la plus aqueuse du sang. Les vaisseaux absorbans, stimulés par la chaleur des fomentations , enlèvent avec plus d'activité les produits qui se sont épanchés sous l'influence de l'inflammation.
Il faut que les cataplasmes soient minces, autrement les malades ne manqueraient pas de se plaindre de leur poids. Quant à leur composition , elle importe peu. C'est par leur chaleur et par leur humidité qu'ils agissent. La mie de pain et l'eau, la farine de graine de lia et l'eau, la farine d'avoine et l'eau, rempliront également l'objet que l'on se propose.
Si l'inflammation persiste, on doit recourir de nouveau à la saignée locale. Mais j'ai vu plusieurs cas où il devenait absolument nécessaire d'ouvrir largement la veine du bras , et même de répéter la phlébotomie, pour triompher de la disposition inflammatoire. Dans cette période de la maladie, les émétiques sont très-utiles, et le tartre stibié à dose vomitive favorise puissamment la résolution de l'inflammation.
Mais il est bon d'observer que , chez quelques personnes, l'usage de la saignée générale, même lorsque l'on insiste sur ce moyen , n'estpas suivi derésultats favorables. La meilleure pratique , quand le pouls est tendu , le sujet irritable et la douleur vive, consiste à administrer le proto-chlorure de mercure avec la poudre d'ipécacuanha composée. Ce mélange diminue l'irritabilité du système, rétablit les sécrétions cutanées, et triomphe souvent d'une inflammation irrilative, sur laquelle la saignée et les purgatifs cessent d'avoir une influence avantageuse.
Quand l'inflammation se termine par suppuration, les fomentations et les cataplasmes sont le meilleur mode de traitement. On peut encore recourir aux applications de sangsues , qui limitent l'étendue de la suppuration.
Mais aussitôt que la collection purulente est appréciable, il faut en procurer l'évacuation au moyen d'une ponction faite avec la lancette. Sans cette précaution, le tissu sécréteur du testicule est détruit, et l'abcès se fait jour par plusieurs ouvertures; car la tunique albuginée est longue à s'ulcéi'er. Aussi évite-t-on beaucoup de ravages dans l'organe et une grande perte de temps pourle malade, en ayant recour» à unepiômpte ouverture. Souvent l'abcès a son siège dans le tissu même du testicule : souvent il se forme dans l'épididyme; et, plus d'une fois je l'ai vu dans le cordon spermatique. L'ouverture qu'on pratique dans l'intention de l'évacuer doit être assez large pour fourziir une libre issue à la matière purulente, sinon la tuméfaction persistera.