TUMEUR GRANULEUSE
J'ai vu plusieurs fois enlever le testicule pour cette maladie, lorsqu'elle était encore mal connue. J'ai vu aussi des malades demander l'amputation , à cause du retour fréquent de la jpaladie, après que l'inflammation avait été guérie en apparence, mais incomplètement. 11 est d'ailleurs quelquefois réellement indispensable de recourir à l'opération , quand la santé générale du malade est altérée par suite de l'irritation et de la suppuration qui sont entretenues d'une manière continuelle, et même, sans la présence de ces accidens, lorsque la maladie entraîne des inconvéniens ti'op graves.
Lorsque le testicule a été enlevé dans la période qui précède la suppuration, il est , ainsi que l'épididyme, d'un blanc jaunâtre, et d'une dureté considérable.
Si l'on fait une section sur un testicule atteint d'engorgement chronique , et si on l'agite dans l'eau , on voit s'échapper un fluide blanc, jaunâtre, des tubes séminifères qui sont extrêmement dilatés, et qui ensuite paraissent vides. Cependant le volume du testicule reste le même, à cause de la fibrine jaune ou lymphe coagulable , dont le tissu cellulaire de cet organe est infiltré.
La membrane réticulaire est remplie par le même produit de sécrétion que la substance tubuleuse. On le trouve également dans l'épididyme , quelquefois même il distend les vésicules séminales et les vaisseaux déferons. Mais l'effusion , quel que soit son siège , peut être résorbée par l'emploi d'un traiiement ap. proprié, et alors le testicule reste capable
d'accomplir ses fonctions. Par conséquent, la maladie est susceptible d'une guérison complète.
Dans un second état pathologique, l'inflltration de lymphe plastique ou adhésive existe en même temps qu'un ou plusieurs abcès du testicule ou de l'épididyme. Sa présence peut aussi coïncider avec une ulcération plus ou moins étendue; de telle sorte qu'une portion considérable de l'organe est détruite et ne permet plus le retour complet des fonctions de celte partie. Plusieurs abcès se trouvent quelquefois dans le même testicule.
Troisièmement, il peut exister des trajets fistuleux , qui font communiquer avec l'air extérieur les cavités formées par la suppuration. La semence continuant à se sécréter, ces cavités et les tissus adjacens ne peuvent se cicatriser, tant que la surface sécrétante n'est pas guérie ou détruite.
Quatrièmement , dans les cas où il existe nue tumeur granuleuse , on observe que les granulations prennent leur origine dans la substance séminifère.EUes sont projetées àtravei's l'enveloppe ulcérée du testicule ou de l'épididyme , mais plus fréquemment à travers l'enveloppe du premier, c'est cette hernie des bourgeons charnus qui produit la tumeur qu'on observe si souvent à la suite de l'abcès chronique du testicule.
La connaissance de l'état anatomique du testicule aplanit singulièrement, pour le chirurgien , les diflicultés du traitement de cette maladie.
CAUSES DE l'inflammation CHRONIQUE DU TESTICULE.
Si l'on a égard aux causes de cette affection, on ne peut la considérer^omme une afl'ection purement locale, car, cliez les individus qui y sont sujets , elle paraît être sous l'influence d'une disposition constitutionnelle.
Elle existe souvent chez des sujets qui ont été scrofuleux pendant leur jeunesse. Elle se développe fréquemment dans des cas de constitution détérioréepar l'intempérance; elle est souvent causée par l'usage prolongé du mer cure. Elle survient dans les complexions chez lesquelles la puissance vitale est diminuée, et dans lesquelles nous trouvons si souvent la fonte putride du tissu cellulaire, sous la forme d'un anthrax chronique.
L'exposition fréquente à l'humidité, au
froid et à la fatigue , ainsi que l'entraînement immodéré des passions, disposent encore au développement de cette maladie.
Sa cause occasionnelle la plus fréquente est une maladie de l'urètre, soit qu'il y ait une simple irritation exerçant une influence sympathique, soit qu'il y ait une altération organique delà membrane muqueuse. Et plusieurs des causes que j'ai mentionnées , en parlant de l'inflammation aiguë des testicules, sont, dans différons cas, des phénomènes précurseurs de la maladie qui nous occupe actuellement. Mais c'est dans l'état même de la constitution du sujet , qu'il faut chercher les différences capitales dans la nature et dans la causalité de cette affection.
IJNFLAMMATION CHRONIQUE DU TKSTICULK.
TRAITEMENT DE l'iNFLAMMATION CHRONIQUE DU TESTICULE.
Il arrive trop souvent qu'on se forme une opinion fausse de celte maladie, et qu'on la considère comme une alfection cancéreuse exigeant l'amputation. Mais ce qui prouve qu'elle n'a rien de fâcheux dans ses conséquences, sauf toutefois l'altération de la partie malade, en elle-même , c'est que cette inflammation n'affecle jamais sérieusement les ganglions inguinaux ou lombaires, et qu'elle ne propage jamais la lésion du tissu au-delà du testicule lui-même.
A l'époque de la maladie où il se fait une infillratiou de lymphe plastique dans les tubes et même dans la substance du testicule et de l'epididyme, on obtiendra d'heureux résultats du traitement suivant, auquel on parvient facilement à soumettre le malade, malgré les répugnances qu'il pourrait manifester , quand ou lui a fait comprendre que son refus de subir ce traitement entraînerait la perte de l'organe.
Ce traitement consiste à conserver avec persévérance le décubitus dorsal pendant toute la durée d'un mois : le malade ne doit pas se contenter d'être couché , il faut que son corps soit assez horizontalement placé, pour empêcher du côté du testicule tout afflux de sang, causé par la pesanteur. Les malades sont disposés à croire qu'il leur suffit de s'asseoir, en plaçant les jambes horizontalement devant eux; mais cette position est au moins aussi défavorable que la station.
Il faut prescrire aussi , soir et matin , la préparation suivante.
Calomel G iij.
Opium G i.
Il est à désirer que le mercure affecte les gencives et que l'usage en soit prolongé pendant au moins un mois.
Tous les quatre jours , on administrera , le matin, la mixlui-e suivante :
Infusion de séné g i fi.
Teinture de séné g iv.
Sulfate de magnésie 5 fi.
Solution de tartre stibié 15 à 20 gouttes.
Telles sont les bases du traitement interne ou général. Quant au traitement local, il consiste dans des applications de sangsues sur le scrotum, deux fois par semaine; dans des fomentations répétées trois fois le jour , avec la préparation suivante :
Solution d'acétate d'ammoniaque 5 v.
Alkool § i.
eu avec partie égale d'une mixture camphrée et de vinaigre. En persévérant dans l'emploi de ces moyens thérapeutiques , il est rare que la maladie ne cède pas avant la période suppurative ; aussi ai-je l'habitude d'annoncer le résultat avec une entière confiance.
Quand la maladie est sympathique d'une affection de l'urètre|, il est nécessaire , avant de Jermettre au malade de renoncer au décubitus dorsal , d'avoir recours à l'usage des bou-
gies dans le cas où le rétrécissement est considérable ; mais si elle n'est accompagnée que d'une simple susceptibilité de l'urètre, ou même d'un léger rétrécissement, il vaut mieu:î s'en tenir au traitement précédemment indiqué, sans recourir à l'emploi des bougies. Ce traitement , en effet, par l'influence qu'il exerce sur toute l'économie , amène la guérison de l'urètre en même temps que celle du testicule, sans exposer aux altérations locales que déterminent souvent les bougies.
Voici des observations qui viennent à l'appui du mode de traitement que j'ai indiqué; j'aurais pu en citer un plus grand nombre.
Observation 379*. — Un individu était atteint d'hydrocèle et d'engorgement du testicule. Ayant consulté un chirurgien, celui-ci pratiqua la ponction , mais il atteignit le testicule , ce qui lui fit supposer qu'il s'était mépris sur la nature de la maladie, et qu'il était nécessaire de recourir à l'ablation du testicule. Un autre chirurgien prescrivit un traitement mercuriel, sous l'influence duquel l'engoi'gement disparut. Après cela , la sérosité fut évacuée au moyen d'une ponction faite à la tunique vaginale, dans un poinidifférentde celui surlequel on avait opéré d'abord, et ensuite l'hydrocèle fut guérie par injection.
Observation 380'. — Un officier occupant un grade élevé dans l'armée anglaise, fut atteint d'inflammation du testicule pendant son séjour en Espagne. En outre , sa santé générale s'altéra sous l'influence des fatigues, des vicissitudes atmosphériques et de l'iiTégularite' de sa manière de vivre.
Après des essais infructueux pour obtenir la guérison de sa maladie , qui fut jugée de nature cancéreuse, on fit l'ablation du testicule , opération qui fut suivie d'un rétablissement rapide. Au bout de quelque temps, l'autre testicule se tuméfia, et les symptômes étant semblables à ceux de la première affection, il conçut de vives alarmes , et se confia aux soins de M. Piose, qui désira avoir une consultation de sir Everard Home. Nous trouvâmes un testicule dur , tuméfié , néanmoins peu douloureux. Mais on reconnut encore que l'économie avait été profondément altérée p.ar le climat et les fatigues. On lui prescrivit le traitement que j'ai décrit précédemment, et M. Piose m'a appris qu'au bout de quelques semaines il était parfaitement guéri.
Comme les symptômes avaient été les mêmes tiue dans la première affection , on peut en conclure avec de grandes probabilités que l'autre testicule aurait pu également être conservé. J'ai vu en effet conserver, parce mode de traitement, un grand nombre de testicules qui avaient été condamnés k être extirpés- Mais une fois que la suppuration s'est établie , quelque peu abondante que soit la quan-