‹ Œuvres chirurgicales complètesChapitre 150 sur 214 · DIT · texte numérisé non relu

DIT

TESTICULE

Le testicule est souvent le siège d'une maladie de mauvais caractère que j'appelle fongoïde, mais qui a été décrite par divers auteurs sous les noms de cancer pulpeux, cancer médullaire , cancer mou et fongus hémalodc.

Le terme de fongus est très-applicable à cette maladie. En effet, quand le tissu malade s'ulcère, il se développe une végétation exubérante , fongueuse , qui est gorgée de sang et qui saigne abondamment par la plus légère déchirure et même souvent d'une manière spontanée.

On a donné à cette affection le nom de médullaire , à cause de sa ressemblance avec la matière cérébrale putréfiée; on l'a appelée pulpeuse à cause de la mollesse du tissu ainsi altéré ; enfin , la dénomination de cancer mou provient de ce que la maladie en question a quelque chose du caractère cancéreux, se propageant le long des vaisseaux absorbans et montrant comme lui une tendance à envahir d'autres tissus. Mais comme la multiplicité des dénominations n'est propre qu'à jeter de la confusion, et comme la simplicité estl'amede la chirurgie, je me bornerai à l'expression de maladie fongueuse oufongoïde.

Les symptômes de cette affection sont les suivans : ce qu'on observe d'abord, c'est la tuméfaction du corps du testicule , qui au début esttellement dur, que dans les premiers momens on pourraitlc croire squirrheux. L'engorgement s'étend assez rapidement à tout le corps du testicule, qui est complètement envahi dans l'espace de trois ou quatre mois. Il gagne alors l'épididyme d'une extrémité à l'autre.

Tant que la maladie est renfermée dans le testicule , la tumeur est globuleuse; mais lorsque l'épididyme y participe , elle devient pyriforme , et revêt assez la forme de l'hydrocèle pour être facilement confondue au premier aspect avec cette maladie.

Cette méprise est d'autant plus facile, qu'il existe souvent un léger épanchement de sérosité , circonstance qui a fait donner à la lésion qui nous occupe le nom d'hydro-sarcocéte.

En palpant l'organe malade avec soin , on sent, au travers de la couche liquide, la tumeur solide moins bombée sur les côtés qu'à la partie antérieure, caractère propre à la forme du testicule dans son état naturel.

La surface du testicule est souvent inégale, bosselée ; mais ce symptôme n'existe pas dans les premières périodes de la maladie.

Cette affection n'est point douloureuse au

début, mais bientôt elle s'accompagne de donleurs lancinantes qui se manifestent par intervalles dans le testicule, et s'étendent, par l'intermédiaire du cordon spermatiqne, jusque dans les régions inguinale et lombaire.

Après un toucher trop rude, la partie malade reste plus sensible et plus douloureuse. L'accroissement de volume de l'organe n'a rien de fixe ; quelquefois il se fait rapidement, et la tumeur acquiert un volume considérable; d'autres fois , huit ou dix mois s'écoulent avant que la tumeur devienne volumineuse.

Le développement de la maladie ne se fait pointnon plus sentir d'une manière uniforme: quelquefois la douleur est très-vive pendant deux ou trois jours, et pendant ce tttnps la tumeur fait de rapides progrès , puis reste ensuite slationnaire pendaut deux ou trois semaines.

Des causes peu intenses suffisent pour eu déterminer l'accroissement , car loisqu'elle est restée staLionnaire pendant quelque temps, un catarrhe y réveillera de la douleur, et un exercice plus fort qu'à l'ordinaire y rallumera un nouveau degré d'inflammation. Dans les commencemens, Je scrotum ne change point de couleur, le cordon spermatique ne paraît point tuméfié , mais les veines de ce dernier se distendent et produisent un léger varicocèle.

La santé générale paraît ne subir qu'un faible degré d'altération; mais si on l'examine avec soin, on trouvera que quelques-unes des sécrétions se font imparfaitement. L'appétit est diminué, il y a de la constipation , et les selles sont peu colorées par la bile.

En poussant l'examen plus loin , on trouvera qu'il a existé pendant quelque temps des contrariétés, des inquiétudes et des peines morales.

Tels sont les symptômes de la première période de la maladie.

Dans la seconde période, le scrotum se montre garni de veines variqueuses, et le testicule, au lieu d'être dur, cède à la pression de manière à faij-e supposer l'existence d'un liquide. La figure pyriforme de la tumeur porte en outre à soupçonner une hydrocèle, et cette méprise a lieu et se justifie en quelque sorte quand l'épanchement concomitant , qui est un effet de l'irritation, s'est accru.

A cette époque , le malade accuse des douleurs lancinantes qui traversent la partie par intervalles, de la sensibilité à la pression du testicule et une sensation pénible dans le dos.

MALADIE FONGOlDE DU TESTICULE.

Le cordon spermatique s'engorge près de l'an- de la paume de la main, et souvent il tombe

neau inguinal, et les veines deviennent plus distendues qu'à l'ordinaire.

Le visage du malade est pâle, mais au centre de la joue existe une petite rougeur fixe.

Quelquefois il y a de la constipation; d'autres fois, une diarrhée abondante est suivie d'un amendement momentané dans les symptômes.

L'appétit est diminué, le repos est fréquemment troublé par la douleur et l'irritation; le corps s'amaigrit.

Dans la troisième péiùode, le scrotum devient adhérent au testicule et cesse d'être mobile sur lui. Un ou plusieurs ganglions s'engorgent du côté malade , et lorsqu'un certain nombre de ganglions sont affectés de ce côté , l'aine du côté opposé participe à l'engorgement.

Au niveau de l'adhérence du scrotum, le testicule paraît noueux et inégal à sa surface. Des inégalités semblables existent dans d'autres parties du testicule.

Le cordon spermatique se tuméfie, se raccourcit, devient dur et variqueux: quelquefois il adhère au pubis , et le testicule , fortement retenu de ce côté , perd sa mobilité.

Non -seulement les veines du scrotum s'élar-

en une espèce de fonte extrêmement fétide. Il est douloureux par intervalles , mais non sensible au toucher.

Si l'on presse le testicule , on fait sortir du fongus une substance cérébriforme.

A la fin , le malade s'affaisse , épuisé par les hémorrhagies , l'écoulement de matière sanieuse , et l'irritation continuelle à laquelle il est en proie.

Mais l'ulcération n'a pas toujours Ireu; trèssouvent il s'accumule delà sérosité dans la tunique vaginale ; le cordon spei'matique devient considérablement tuméfié et tuberculeux; lorsqu'on suit son trajet, on arrive à une tumeur située dans l'abdomen de ce côté, précisément au-dessous du rein , et que l'on sent distinctement quand les cuisses sont fléchies et les muscles abdominaux relâchés.

La douleur est aiguë ; le malade est souvent tourmenté de coliques ; il éprouve des nausées, des vomissemens et de grandes douleurs dans l'abdomen peu de temps après ses repas; une diarrhée fatigante se déclare; il perd l'appétit; l'aspect de son visage fait soupçonner l'existence d'une affection de caractère maligtiant. En effet, il est pâle, ses yeux sont jaunes, 11 s'émacie considérablement ; ses cuisses et ses jambes se tuméfient, d'abord du côté malade.

gissent , mais une rougeur vive paraît dans un puis des deux côtés. Il éprouve des élancemens

point, où , en même temps, une fluctuation se douloureux ; l'abdomen est ballonné , le ho-

fait sentir d'une manière si distincte en appa- quet se manifeste, le pouls devient excessive-

rence, que le chirurgien y enfonce sa lancette, ment fréquent, la transpiration est abondante;

aïais il est fort étonné de voir qu'il ne sort que enfin il succombe à l'irritation générale,

du sang d'un tissu spongieux, et qu'il ne s'é- La durée d'une pareille lutte varie beaucoup

tait formé aucune collection aqueuse. suivant les individus. Si la maladie offre un ca-

Ouoique cette plaie se cicatrise, bientôt raclère ma/fg-nanf dès le début , le sujet meurt

après cependant il se forme une ulcération, du dans l'année ; mais elle est quelquefois d'abord

sein de laquelle naît un fongus qui saigne et simplement chronique, et la dégénérescence

fournit une sérosité sanieuse abondante, douée ne survient que plus tard. Dans ce cas, des

d'une odeur particulière nauséeuse. Ce fongus années peuvent s'écouler avant la mort du ma-

acquiert en deux ou trois semaines la largeur lade.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA MALADIE FONGOlDÉ DU TESTICULE.

J'ai dit qu'au début de l'affection la tumeur est excessivement dure. Quand on en fait la dissecti-on pendant la première période de la maladie, on ti'ouve dans la substance du testicule un point engorgé, mais c'est seulement dans un point que se trouve cet engorgement. Dans le cas d'un malade du docteur Blackraan, de Ramsbury , et dont on trouvera plus loin rhisloire,la maladie n'existait que depuis quatre mois . lorsque le testicule fut enlevé et disséqué. Je trouvai dans ce cas que l'excessive dureté de la partie engorgée n'était point due à la consistance de la substance infiltrée, mais à la dislensionexcessive de la tunique albuginée et à son défaut d'extensibilité qui l'empêche de céder à la pression intérieure. La substance infiltrée ('tait fibreuse, d'un blanc jaunâtre, tachée de sang, et contenant des vaisseaux. Après la macération , cette substance devint flasque et semblable à de la laine mélangée. Les tubes

séminifères avaient cessé d'être visibles en cet endroit du testicule ; mais dans les autres points ils avaient conservé leur intégrité. Si l'on dissèque un testicule dans la deuxième période de la maladie, on le trouve rempli d'une matièie fibrineuse semblable, molle et blanche, qui occupe le testicule et l'épididyme et qui cède à la pression. On y trouve, mêlée avec le produit de la maladie spécifique , une fibrine jaune, Ou, comme on dit, lymphe coagulée, qui est le produit ordinaire de l'inflammation. Quand on fait macérer le testicule dans cet état, la fibrine molle qui s'est déposée sous l'influence de la maladie est enlevée , laissant les cloisons tendineuses du testicule quila renfermaient former une espèce de charpente cellulaire dans laquelle elle avait été déposée et soutenue.

Dans la troisième et dernière période, quand le testicule a acquis uaaccroissement considé-

MALADIK FONGOlDE DU TESTICULE.

rable de volume , la tunique vaginale contient une grande quantité deliquide, la lunique albuginée cède en se distendant , et les effiîls de la maladie sepropagent à des parties étrangères au scrotum. C'est à celte circonstance que sont dues l'altération des ganglions de l'aine, et l'irrégularité, les nodosités de la surface du testicule.

L'intérieur du testicule renferme des poches séreuses, des caillots sanguins, une substance fibreuse molle et blanche, qui, par la pression, sortsous forme de substance crémeuse, teinte de sang, et qui a été comparée à la substance cérébrale ramollie.

Si le scrotum lui-même est ulcéré , un fongus de la môme substance que celle qui constitue le testicule malade se fait jour à travers l'ulcération, et semble tirer son origine de l'intérieur du testicule.

L'épididyme est tuméfié , et la tunique vaginale adhère au testicule dans les points où il ne s'est pas épanché de sérosité. Le cordon est excessivement dur, tuméfié, et offre des sinuosités qui sont dues à la déposition irrégulière desproduitsdela sécrétion morbide. Mais dans quelques cas, même des plus graves, le cordon disséqué avec soin ne paraît pas avoir subi d'altération. Dans l'abdomen existe un épanchement de sérosité. En arrière diï duodénum est située une tumeur volumineuse à laquelle cet intestin adhère par sa partie postérieure. iJërrière la tumeur se trouvent l'aorte et la veine cave. Le volume de la tumeur varie chez les divers sujets , depuis la grosseur du poing jusqu'à celle de la tête d'un enfant. Examinée à l'intérieur, elle contient une fibrine à demicôncrétée , à laquelle est mêlé un liquide d'ap- {iàrence crémeuse, légèrement teint de sang.

Chez quelques sujets , la tumeur de l'abdomén procède de la partie inférieure de la région lombaire , et remonte jusqu'au diaphragme, recouvrant toute la partie antérieure du rein. Quand on dissèque cette tumeur, on voit s'en échapper par différens points une grande q\lantité de matière épaisse et crémeuse.

L'aorte et la veine cave sont altérées dans leur texture. Des tubercules fongueux et une infiltration de même nature ont leur siège dans les tuniques de ces vaisseaux , et la même substance se rencontre dans l'intérieur de l'aorte.

Dans plusieurs de ces cas , les glandes mésentériques sont tuméfiées et présentent le genre d'altération que je viens de décrire.

Chez plusieurs sujets , l'épiyloon est épaissi et revenu sur lui-même; chez presque tous ; on rencontre des tubercules dans l'intérieur du foie.

Chez un enfant, qui avait succombé à cette maladie, le foie était farci de masses tuberculeuses. J'en ai communiqué au docteur Farre un dessin qui a été gravé dans son ouvrage sur le foie.

Dans la collection do l'hôpital Saint-Thomas se remarque une préparation du canal Ihoraciqueamenéà un état d'oblitération par suite de cette maladie. Dans le lieu de l'oblitcralion du canal existait un tubercule de la grosseur d'une noix. L'aspect des tissas dans cette maladie diffère de ce qu'on ob'erve dans l'inflammation ordinaire, en ce qu'elle donne lieu h la déposition d'une fibrine molle au lieu de la fibrine solide normale du sang.

Le produit morbide est organisé dans quelques-unes de ses parties , mais dans d'autres il est trop peu consistant pour soutenir le choc des vaisseaux sanguins ; au milieu de cette fibrine, le sang est à l'état de coagulation et d'extravasation.

Dans quelques points du testicule, on trouve une infiltration séreuse . on l'econnait aussi qu'il s'est formé des kystes , contenant dans leur intérieur de la matière fongoïde.

Lorsqu'après avoir pratiqué une injection dans les artères, on soumet à des coupes le produit morbide , on remarque que quelques portions sont colorées par les injections, que d'autres au contraire n'offrent aucune trace d'organisation.

Quand l'injection est poussée à travers les veines, on trouve celles-ci larges et variqueuses. En examinant avec soin la tumeur fongueuse à laquelle donne lieu cette maladie, on voit que quelques points de son tissu saignent au plus léger coataet , tant sont faibles les tuniques de ses vaisseaux, qui se déchirent avec la plus grande facilité ; d'autres points , privés de toute organisation, restent dans un état de déliquescence.

C'est une erreur de supposer que les artères environnantes sont considérablement dilatées; en effet, quand on dissèque les parties voisines, onreconnaît que ces vaisseaux sont bien , il est vrai, dans un état de dilatation, mais peu considérable. Tous ceux des vaisseaux qui se trouvent compris dans la maladie ont perdu leur contractilité, et leurs tuniques sont très-peu résistantes ; ils laissent beaucoup de sang sur le scalpel.

Pour observer ces altérations avec exactitude, on doit soumettre les parties à des injections et à la macération; alors la fibrine épaisse et molle se détache, et les vaisseaux deviendront visibles, ainsi que le tissu qui supportait la fibrine et les vaisseaux.

Cette maladie est constitutionnelle ou locale^ Elle dépend quelquefois d'une organisation naturellement faible, et par conséquent douée d'unetendance originelle aux altérations pathologiques. Je l'ai observée dans l'enfance , chez des sujets qui avaient tous les caractères

de la constitution scrophuleuse; et même, dans quelques cas où elle existait chez des adultes , le sujet présentait des traces non équivoques de cette constitution. Elle se développe aussi chez des individus primitivement doués d'une bonne constitution,mais chez lesquels 1 a consti-

MALADIE FONGOlDE DU TESTICULE.

tiition s'est détériorée sous l'inflaence des des altérations semblables à la première se ma-

éiuotions morales , de l'intempérance, des tra- nifester hors de la limite du système absor-

vaux excessifs du corps et de l'esprit , ou bien bant ; c'est alors que la maladie attaque di-

par suite de la négligence qu'ils ont apportée verses parties du corps ; car la constitution

dans l'usage des choses de la vie. Il existe un restant la même produira , sous l'empire de

état légèrement fébrile; la langue est blanche, toute irritation accidentelle, mais continuée,

rayée de jaune au milieu ; l'appétit se perd ; la une action locale semblable à la première,

digestion se fait mal, probablement à cause de Ce qui prouve que la maladie est constitu-

la sécrétion imparfaite du suc gastrique; il y a tionnelle, c'est qu'elle a une tendance h se

de la constioation par suite du défaut d'aiîlion développer dans diverses parties du corps; et

des intestins dont la sécrétion est altérée ; la ce qui démontre aussi que dans certains cas

bile est résor])ée , au lieu d'être versée dans le elle est purement locale, c'est que la plaie qui

canal alimeiitaiie, et les yeux prennent une résulte de l'extirpation de la partie affectée se

teinte ictérique; le pouls est fréquent; les joues cicatrise souvent de la manière la plus favo-

sont colorées, tandis que tout le reste de la rable. Cependantla maladie récidive, soit dans

peau est pâle ; le système nerveux devient irri- le cordon spermatique, soit dans quelque autre

table , »'t le malade cesse de jouir d'un som- partie du corps, ce qui est une preuve que 1»

meil réparateui'. maladie locale n'était point une simple inflam-

Dans cet état de la constitution, une légère mation. Il y a plus ; quand la récidive a lieu,

contusion, une entorse, une cause quelconque elle ne survient qu'après la cessation de l'in-

d'irritatlon, déterminent une action morbide flammation.

locale, qui donne lieu à une sécrétion anor- L'état du sang favorisé aussi la pro^uctîoni

maie particulière. de la maladie; car, chez quelques sujets au

Quand la maladie locale a existé pendant moins il arrive quelquefois que le sang tiré

quelque temps, les absorbans prennent part à du bras, ou de la tumeur fongueuse se coagule

l'irritation et propagent la maladie à leurs très-faiblement, par suite de rabsence<de fi-

gangllons respectifs ; c'est alors que d'autres brine saine, et que le sérum est abondant, et

tissus s'altèrent à leur tour, et que l'on voit d'une couleur jaune-foncé.

Il est souvent difficile de distinguer la maladie fongoïde du testicule dcl'hydrocèle. Dans le cas où le liquide de l'hydrocôlc est opaque , la tunique vaginale est très-épaissie ; mais , dans un très-grand nombre de cas, l'hydrocèle est transparente, et il suffit de repousser par expression le liquide dans la partie antérieure de la tunique vaginale, et de tendre le scrotum fortement, pour reconnaître la présence de ce liquide, soit à l'aide de rayons solaires qui traversent la partie, soit à l'aide d'une bougie allumée dans une chambre que l'on rend obscure. D'ailleurs, cette maladie, dans sa seconde et dans sa troisième période, donne plutôt la sensation de quelque chose qui cède à la pression, que celle d'une véritable fluctuation.

Néanmoins, la distinction peut offrir quelques difficultés, et tout praticien de bonne foi avouera qu'il lui est arrivé de se tromper, et de croire qu'il y avait un épanchement séreux, Ih où la masse entière était solide. Pott, Hunter,

Cline, et plusieurs autres , sont tombés dans des erreurs de ce genre, et je suis prêt à confesser que cela m'est arrivé plus d'une fois.

Mais je pense que, dans tous les cas douteux, on doit faire un<3 petite incision au scrotum, et ensuite pratiquer à la tunique vaginale uneponction qui dissipera toute incertitude, et que cette explorationdoit toujours précéder la castration»

Le fongus du testicule ne peut être distingué de la tumeur hydatique que par la douleui' qu'il produit par intervalle, par la pâleur du malade, et par l'altération de la santé générale qui reste intacte dans le cas de tumeur hydatique ; mais ici le diagnostic est moins important, car chacune de ces maladies exige l'amputation de l'organe malade.

La grande dureté du fongus dans la première période de la maladie , et sa mollesse ou sa fluctuation obscure dans la seconde période, empêchent de le confondre avec l'engorgement chronique du testicule.

TRAITEMENT DE LA MALADIE FOISGOlDE DU TESTICULE.

Quand cette maladie est une fois développée, ancun traitement interne ou local, dans l'état actuel de la science, ne peut en amener laguérison. En améliorant la santé générale , on peut retarder le moment fatal; dos moyens dirigés contre les symptômes locaux peuvent en diminuer la violence et ralentir les progrès de lu maladie; mais c'.>st tout ce qu'on peut faire.

Ainsi, au lieu d'avoir recours à des médicamens qui ont toujours échoué, les médecins devraient se livrer i\ l'expérimentation des nombreux agens que nous devon"s depuis peu à

la chimie et à la botanique, ou qui ont été simplifiés par suite des progrès de la première de ces sciences, et que l'on peut toujours se procurer abondamment.

Les pilules de calomel composées, la décoction composée de salsepareille et les sangsues, ont été conseillés successivement, sans offrir d'autre avantage qu'une faible amélioration dans la santé générale et quelque diminution dans l'intensité des symptômes.

Quelque soit le médicament qui triomphera jamais de cette maladie, il faut qu'il ait une propriété spécirique. Les agens thérapeutiques

qui n'ont pour effet que de ralentir la marche des symptômes et d'ajouter un peu d'énergie aux forces , ne sont que des auxiliaires bien impuissans contre une pareille affection.

On doit donc abandonner, comme inutiles, tous les moyens thérapeutiques qui ont été essayés jusqu'à présent, eh qui n'ont eu aucun succès, etse mettre à la recherche d'un nouvel agent, parmi ceux qui ont été récemment découverts Qu introduits dans des combinaisons nouvelles.

Mais, quoique nous ne possédions aucun spécifique contre celte maladie, il est de notre devoir d'administrer des médicamens qui puissent modifier la constitution, et la mettre dans une condition telle qu'on n'ait point à craindre la réapparition de la maladie, soit dans les parties voisines, soit dans des parties éloignées, et cela, soit avant, soit immédiatement après l'opération pratiquée, dans l'espoir d'emporter toute la maladie.

Pour- atteindre ce but, on doit prescrire tous les soirs le caLomel et l'opium, et, deux fois par ]oar, l'infusion de gentiane, composée avec la soude et la rhubarbe, ou l'infusion de Columbo, aulieu. de l'infusion tie gentiane composée avec les mêmes médicamens.

Quaut au traitement local, les lotions évaporantes et les applications réitérées de sangsues sont les meilleurs moyens d'obtenir un soulagement temporaire.

Mais aussitôt qu'il est certain que la maladie est de nature fongueuse, on ne doit point perdre de temps en essais thérapeutiques , si ce n'est pour modifier avantageusement la constitution. Il vaut beaucoup mieux se hâter de pratiquer l'opération ; et c'est après avoir enlevé le siège de la maladie, qu'on fera prendre, pendant plusieurs semaines, les médicamens qui doivent agir sur l'ensemble de l'économie.

Parmi toutes les opérations chirurgicales, il y eu a à peine une qui offre aussi peu de chances de succès que celle de la castration, dans cette maladie. Il n'y a a*icun espoir de sauver la vie du malade, si l'opération n'est pas faite aussitôt que la nature du mal est reconnue. Comme moyen de s'éclairer, je pense qu'on doit-essayei largement le traitement que j'ai recommandé contre l'inflammation chronique simple. On prescrira le calomel et l'opium pendant un mois ou six semaines, de manière à ce que les glandes salivaires soient affectées à un haut degré. Ou prescrira des lotions évaporantes et des sangsues , et l'on fera observer scrupuleusement le décubitus dorsal.

Si la maladie ne cède pas à ce traitement , soutenu pendant six semaines, aucun autre, que je sache , ne sera plus avantageux. Aussi doit-on opérer dès que le malade est guéri de la salivation. Cette dernière précaution est fondée sur ce que le développement d'un érysipèle est à craindre, si l'on opère immédiatement après que le malade a fait usage du mercure.

Mais si l'on a attendu que le testicule ait at-

teint un volume con.sidérable , si le cordon spcrmatiquc est malade, ne fût-ce qu'au voisinage de l'anneau, si l'appétit est perdu', s'il y a des vomissemens , de temps en temps des douleurs dans l'abdomen, de la sensibilité à la pression , tantôt de la diarrhée -, tantôt de la constipation, alors, quoiqu'on ne puisse sentir aucune tumeur, cependant la maladie se renouvellera dans quelque autre partie du corps, après l'opération.

Une des causes de l'inutilité de cette opération, c'est le retard qu'on y apporte, soit par suite de l'aversion que l'on a naturellement contre toute opération, soit par suite du désir qu'on a de conserver la partie malade. On renouvelle les essais avec les moyens tant généraux que locaux, jusqu'à ce qu'on ait laissé s'écouler la période pendant laquelle l'opération aurait pu réussir.

Je suis d'avis que l'opération ne doit jamais être faite plus de trois mois après le commencement de la maladie, si le traitement indiqué ci- dessus a été convenablement dirigé. Dans les observations du docteur Blackman , qui sont rapportées ci-après, l'opération pratiquée quatre mois après qu'on eut reconnu la maladie, et avant que tout le testicule fût affecté, n'eut aucun succès.

Quand cette affection attaque d'autres tissus que celui du testicule, elle montre la même disposition à se reproduire. Une demoiselle G. fut traitée par M. Saunders, pour une affection fongueuse de l'œil. Aussitôt que ce chirurgien eut reconnu la nature de la maladie, il fit l'extirpation de l'œil. Cependant, quelques semaines après, la malade vint me consulter; je trouvai un petit fungus, qui s'était développé entre les paupières, et j'en fis l'extraction. Cette demoiselle fut ensuite affectée de tubercules en différentes parties du corps, et succomba. ^ Dans des maladies qui semblaient être de cette nature, mais à l'égard desquelles il est permis de conserver quelques doutes, j'ai obtenu d'heureux (.ffets de la médicationsuivante. Elle consiste dans l'administration du deuto-chlorure de mercure, à doses assez fortes pour affecter légèrement les glandes salivaires. Ce médicament sera continué un long espace de temps, et sera combiné avec la teinture de quinquina et de rhubarbe, ou avec la décoction composée de salsepareille.

Lorsque dans la maladie qui nous occupe on en vient à pratiquer l'ablation du testicule, il ne faut jamais s'en rapporter seulement à l'extirpation de la partie affectée ; on doit faire tous ses efforts pour détruire la disposition de l'économie qui a produit l'altération locale, et qui la produira tôt ou tard, si elle n'est complètement modifiée.

Observation [il3'. — Le 7 décembre 1807, je pratiquai à M. A. l'ablation du testicule droit, qui était atteint d'une affection fongoïde. Le 8 il avait une légère fièvre d'irritation, et uue grande faiblesse ; et je lui prescrivis la solution

d'acétate d'ammoniaque. Dans les quinze jours presque cicatrisée. Je prescrivis un purgatif, qui suivirent, l'état du malade fut satisfaisant; et une dose d'opium.

mais à cette époque, il se forma un abcès sur Le 3 avril, il éprouvait de' fréquentes lypole traiet du cordon spermatique et une végc- thymies, avait des vomissemens, était abattu ; tation fongueuse à l'extrémité du cordon di- le pouls était extrêmement fréquent (à 130). M visé à l'endroit cil avaient été placées les liga- malade ressentait dans l'abdomen une doU'

tures.

leur constante, semblable à la cardialgie ; il

Des fomentations et des cataplasmes furent n'avait d'appétence pour aucun aliment.

prescrits, et, au bout d'un mois, la cicatrisation était très-avancée; cependant la plaie n'était pas encore complètement guérie.

Le 11 janvier 1808, la plaie était cicatrisée, mais le malade était extrêmement amaigri , et je lui conseillai d'aller à la campagne.

Le 1" février, je le revis ; il n'était resté que onze jours à la campagne. Il me raconta que, s'étant pesé avant son départ, il avait trouvé à son retour une augmentation de treize livres dans son poids ; et, à la vérité , il s'était opéré chez lui, sous ce rapport, un changement considérable ; car il était arrivé auparavant à un degré d'amaigrissement extrême. Il accusait quelques douleurs dans l'abdomen.

Le 10 février, il me consulta pour une tumeur du scrotum : en exerçant une compression sur cette partie , j'en fis sortir une substance cérébriforme, de consistance pulpeuse, d'un rouge brunâtre. L'issue de cette matière fut suivie d'un affaissement de la tumeur.

Je prescrivis une lotion avec trois grains de sulfate de cuivre pour quatre onces d'eau de

T^OSCSm

La douleur de l'abdomen persista , mais la santé parut s'améliorer.

Le 21, une tumeur fongueuse se forma de nouveau au scrotum et entre les bords de la plaie ; elle s'accrut rapidement. La plaie présentait l'aspect d'un ulcère à bords renversés et à surface fongueuse; elle était entourée d'un cercle dur. L'épigastre était douloureux, et le visage aussi altéré qu'avant l'opération.

Le 1" mars, il s'était développé dans la plaie du scrotum, vis-à-vis de l'extrémité du cordon, un nouveau fongus qui s'était élevé dans l'espace deliuit jours, avait acquis le volume d'une

bille de marbre ou d'une petite noix.

J'en fis l'ablation le 1" mars, non sans quelques difTicultés , à cause des adhérences qui l'unissaient à la tunique vaginale de l'autre testicule, du côté duquel il y avait, en outre, une hernie.

Le 5, la douleur de l'estomac était très-vive après les repas.

Le G, celle douleur se renouvelait après l'ingestion de toule espèce de nourriluCc, même après le thé ; et aussi bien après l'inlroduction des liquides qu'après celle fies allmens solides. On sentait une tiimcnr dans le côlé droit de l'abdomen , un peu aU-dessus de l'onibilic.

16 mars. Le malade a éprouvé dans la journée d'hier de vives douleurs épigaslri(iues, et des -vomissemens. Ayant oublié de prendre une potion opiacre, qui lui avait élépn-scrile pour l(!S0ir,le malade n'avait pu reposer pendant la nuit, ce qu'il atlribuait à un exercice peu modéré quUl avait pri» la veillé, ^a pUiie était

Le 10, il fut transporté à Islinglon. Ce déplacement fut suivi d'une syncope : le malade était pâle; le pouls fréquent; un sentiment d'ardeur existait à la région de l'estomac. Quelques alimens furent ingérés en petite quantité, mais le malade ne put reposer.

Dans les jours qui suivii'ent, il y eut des vomissemens deux ou trois fois par jour, et le malade ne put goûter aucun sommeil.

Le 22, il m'envoya chercher; un gonflement était survenu à la jambe et à la cuisse, du côté de l'opéi'ation.

Le 2 mai, le gonflement énorme de la jambe et de la cuisse, auquel le pied participait aussi, contrastait avec l'amaigrissement général ; les vomissemens étaient fréquens, et le malade était tourmenté par un hoquet devenu toutefois moins violent qu'il ne l'avait été auparavant.

Le 20, le malade s'éteignait graduellement. Une semaine avant sa mort, il avait été pris d'une diarrhée, accompagnée d'émission involontaire des matières fécales ; mais il fut bientôt délivré de ce symptôme par la poudre d'ipécacuanha composée. Le hoquet continua, mais moins fatigant. Le vomissement reparut chaque jour;, et quelquefois à plusieurs reprises dans les vingt-quatre heures La douleur abdominale revenait fréquemment, et l'on pouvait reconnaître une tumeur dans la l'égion rénale. Un instant avant de mourir , le malade éprouva un bien-être marqué ; et môme au moment où ses extrémités étaient déjà froides, il assura qu'il se sentait la force de descendre l'escalier. Toutes ses souffrances avaient disparu; il jouissait pleinement de ses facultés.

Sous l'influence prolongée des altérations organiques, l'émaciation était devenue considérable. La mort survint par suite del'aecroissemeutimmodéi'é de l'action du cœur, Il avait eu, dans les derniers temps , des frissons fféquens, suivis de chaleur.

La jambe gauche avait commencé l\ s'enfler peu de temps avant la mort.

Autopsie. — Le cordon spermatique ne parut pas altéré.

On trouva en arrière du duodénum une tumeur à laquelle cet iiilestin adhérait, et â la parlic postéi'icure de laquelle la veine cave et l'aorte étaient unies.

La tumeur de la région lombaire avait Jevo- , lume de la tète d'un enfant.

Elle contenait, dans uncporlion de son étendue, une substance fibrcuséblauche, dans une aulre portion se trouvait une substance ressemblant à de la substance céréi)rale arrivée à divers degiés de putréfaction. En près-

sant les parties Jés plus consistantes, on en exprimait un liquide semblable à de la crCmo colorée de saug.

La plupart des ganglions mésentériques étaient engorgés.

Le canal thoracique était dans l'état sain.

L'aorte et la veine cave étaient profondément altérées ; chacun de ces vaisseaux était tuberculeux ; l'aorte était oblitérée par une masse de matière fongueuse.

Observation 414% communiquée par le docteur BLackmaîi, de Ramsbury. — M. ***, de Ramsbury , âgé de 46 ans, éprouvait, depuis trois ou quatre mois environ, tme sensation douloureuse dans le testicule droit, quand on en touchait la partie supérieure. A cette époque, la partie douloureuse commençait à devenir volumineuse; elle était pesante et extrêmement d^re,

Le malade ne ressentait aucune douleur dans l'aine, et n'éprouvait dans le testicule qu'une sensation de pesanteur, à moins toutefois que le testicule ne fût comprimé. Cependant, depuis quelques jours , il ressentait un peu de douleur dans l'anneau inguinal.

Le testicule avait atteint trois fois son volume naturel; sa dureté était excessive, et comparable à celle du marbre.

L'appétit était bon; le malade était pâle, avec une rougeur fixe occupant le milieu de la joue.

Le volume de la tumeur augmentait sous l'influence de l'exercice, qui était accompagné aussi de quelque douleur dans le testicule.

Je conseillai immédiatement l'opération, et la pratiquai à la manière ordinaire, le lendemain de son arrivée à Londres, le 21 décembre. La plaie se cicatrisa complètement, et il partit dans un état en apparence tout-à-fait satis. faisant, le 13 janvier.

Le lendemain de l'opéi'ation, j'examinai le testicule, et je trouvai le corps de cet organe et celui de l'épididyme dans un état pulpeux, infiltrés dans la plus grande partie de leur étendue, par une fibrine molle, d'un blanc jaunâtre, mais colorée par du sang dans quelques points. , ,. ;

La dureté du testicule provenait de la distension excessive de la tunique albuginée ; son organisation était très-altérée. Je poussai du merciire dans le canal déférent ; il se propagea jusqu'à l'origiue de l'épididjf me, c'est-à-dire, à la terminaison du canal déférent, mais il ne put pénétrer au-delà.

Le docteur Blackman m'a appris que quelques mois après son retour, dans son pays, M. *** fut pris des symptômes suivans : vomissemens , gonflemens des cuisses et des jambes , violentes douleurs dans l'abdomen , hoquet, pâlenr de la face, tumeur abdominale, avec douleur excessive dans l'abdomen à la pression.

Observation 415'. — James Watson , âgé de ÔO ans, fut admis à l'hôpital de Guy, pour un f^igus {lu testicule gauche , que l'on jugea à

MALADIE FONGOÏDK DU TTlSTICULK. 407

propos d'enlever. La plaie se cicatrisa trèsbien, et le malade sortit le mois suivant.

Environ dix mois après sa sortie de l'hôpital, i fut pris de vives douleurs lancinantes, qui avaient leur point de départ au b^|veau de la section du cordon, et s'étendaient de là dans l'aine et autour des reins. La douleur se faisait quelquefois sentir dans l'aine du côté droit, dans les reins, et au-dessus du pubis. Elle n'était point constante , mais elle ge manifestait seulement une fois dans l'espace de huit ou dix jours. Lorsqu'elle était très-violente, le malade tombait en défaillance mais ne vomissait point.ll fut admis une seconde fois à l'hôpital de Guy. Le bout inférieur du cordon spei'matique divisé était uu peu tuméfié, trè^dur et très-douloureux à la pression. La peau du scrotum n'était pas adhérente.

La tumeur de l'aine s'accrut graduellement, et au bout de deux mois des douleurs se manifestèrent dans l'abdomen. A la pression, on sentait une tumeur volumineuse vers la partie inférieure et au côté gauche de l'S iliaque du colon , et dans la région lombaire. On sentait aussi, de ce côté , une autre tumeur d'un volume considérable, qui se prolongeait vers le diaphragme. Ces deux tumeurs étaient toutes les deux douloureuses, surtout à la pression; elles continuèrent à se développer. Lé malade s'émacia, perdit l'appétit, et, deux semaines avant sa mort, il fut pris d'une diarrhée continue et abondante, dont aucun médicament ne put triompher.

Il mourut épuisé par une fièvre d'irritation continue.

Autopsie. — Le scrotum, du côté gauclie, étant ouvert, on trouva, à l'extrémité divisée du cordon spermqtique, une tumeur molle, blanche, pulpeuse, de la grosseur d'une noix.

Le cordon était tuméfié dans son trajet ascendant vers l'abdomen, et, dans l'endroit où il pénètre dans cette cavité, une masse considérable de matière, semblable à celle de la tumeur précédente, adhérait solidement au péritoine qui tapisse la partie inférieure de Vahdomen.

Lorsque les muscles abdominaux furent enlevés, on aperçut une énorme tumeur qui s'étendait depuis le rebord du bassin presque jusqu'au diaplu'agme, et qui remplissait à peu près toute la cavité abdominale de ce côté. Lesgrps intestins et le colon étaient situés au-devant d'elle; elle enveloppait complètement l'aorte et la veine-cave; le rein gauche était tellement compris dans la masse fongoïde, que ses fonctions, suivant toute probabilité, avaient dû être suspendues.

En enlevant la tumeur, on l'eniama par hasard, et on la déchira en deux ou trois endroits. Ces déchirures laissèrent sortir une espèce de pus mal élaboré, comme cailleboLté,,dela consistance d'une crème très-épaisse, d'une couleur blanc-pâle, tacheté de sang.

Un très-grand nombre de glaïutes mésentériques étaient engorgées.

Le foie contenait dans [su substance deux petits tubercules blancs ; les auti'es organes de la cavité étaient sains. La maladie n'avait exercé aucune influence sur les viscères de la poitrine. Le canal thoracique était sain ; mais unpetitganglion uni à ce canal semblait avoir commencé à subir la même altération.

Observation 416°. Copie d'une lettre de M. Lunn, de Rotterdam. — Le 26 mars 1805, un ou- ■çrier, âgé de Ù8 ans, de complexion scorbutique , mais jouissant, du reste, d'une santé passablement bonne, réclama mes soins pour une maladie du testicule droit. Je le trouvai dans son lit, le scrotum soutenu par un coussin, accusant une vive douleur dans les reins, et, de temps à autre, dans le testicule luimême.

Au premier aspect, je crus que c'était un cas d'hydrocèle de la tunique vaginale. La tumeur en avait la forme ; le scrotum était sain, assez distendu, et présentait à sa surface un léseau vasculaire délié ; la fluctuation était manifeste ; en un mot, les symptômes de l'hydrocèle se trouvaient tous réunis, à la transparence près.

Je pensai que l'absence de ce signe Import ant pouvait êti'e raisonnablement attribuée à quelque violence extérieure, qui, pendant des travaux pénibles, aurait causé la rupture d'un ou plusieurs petits vaisseaux sanguins, et aurait rendu la tumeur opaque, par suite de l'extravasation du sang. Telle était ma conviction relativement à la présence d'une grande quantité de liquide dans la tunique vaginale, que je me crus autorisé à pratiquer une ponction avec une lancette. Celte ponction donna issue à six onces de sérosité incolore. Je pus alors reconnaître la véi'itàble nature de la maladie.

Le testicule était tuméfié; il cédait à la pression, et adhérait à la peau, qui, du reste, ne paraissait point irritée. Une pression modérée ne causait aucune douleur ; le cordon spermatique était un peu tuméfié par suite d'un développement variqueux des veines, mais non induré. Le conduit déférent était parfaitement sain ; le testicule avait quatre pouces de long, et six ou sept pouces de circonférence. D'après cette exploration, j'annonçai au malade qu'il ne pouvait attendre de guérison radicale que de l'exlirpation de la tumeur.

L'évacuation do la sérosité, et l'usage d'un suspensoir, produisirent tant de soulagement, que le malade fut capable, au bout d'un jour ou deux, de reprendre ses travaux.

Dans son désir d'éviter l'opération, il me pria d'essayer préalablement quelque autre moyen. La cigué, le mercure et les sangsues furent employés pendant un mois, au bout duquel je fus obligé d'évacuer de nouveau la sérosité qui s'était accumulée.

Le 27 avril, l'état était le même qu'à l'époque de ma première visite, avec une augmentation de la douleur dans le dos et dans le corps du testicule. Je relirai du scrotum près d'uue

pinte de liquide. Le volume et la sensibilité du testicule avaient augmenté : sa surface était devenue plus inégale; le cordon spermatique n'avait subi aucun changement. Je fis sentir alors avec force au malade combien il était indispensable qu'il consentît à se laisser opérer.

Le 30 avril, je fis l'opération à la manière ordinaire. Je fis une incision longitudinale > étendue depuis un peu au-dessus de l'anneau inguinal, presque jusqu'à la partie inférieure du scrotum ; je passai une ligature sur le cordon, que je divisai; je liai chaque vaisseau sanguin séparément ; je réunis ensuite les bords de la plaie, et je les recouvris avec une compresse enduite de cérat.

Les ligatures tombèrent en temps convenable ; et , au bout de dix - huil jours , le sujet était parfaitement bien, il resta tout-àfait exempt de douleur et de toute apparence de maladie, jusqu'au 9 août 1810, époque à laquelle je fus de nouveau mandé près de lui.

Il éprouvait dans le dos une violente douleur , de la même nature que celle dont il s'était plaint avant l'opération ; mais une purgation énergique, déterminée par la scammonée et le calomel, la firent disparaître complètement.

Le 7 septembre, il eut une rechute. On eut l'ecours au même purgatif, dont l'emploi fut encore suivi de soulagement pour quelques semaines^; mais les symptômes, devenus opiniâtres, prirent un accroissement graduel ; le malade éprouva une grande faiblesse et un grand engourdissement dans la jambe droite; tout le membre de ce côté devint œdémateux : une douleur lancinante se fit sentir dans la cicatrice, qui, jusqu'au jour de la mort, ne parut jamais particulièrement ail'eclée.

En peu de semaines la jambe gauche se gonfla et devint tiès-douloureuse. .Le tissu cellulaire des fesses, du ventre, de la poitrine, du pénis et du scrotum, se remplit d'une quantité considérable de liquide , qui, à raison de la pression qu'il exerçait, était très-pénible pour le malade.

La constipation était presque absolue , et les matières ne pouvaient être évacuées qu'à l'aide des purgatifs.

Pour combattre ces symptômes redoutables, on mit à contribution une longue série de médicamens , savoir : les lotions saturnines et le cérat; quand les membres étaient douloureux, les frictions; la ciguë, l'arsenic, la digitale, le calomel, l'opium, les vésicaloires , le quinquina, le fer, les diurétiques, l'éther , etc. Mais il y avait de trop bonnes raisons pour que tous ces moyens restassent sans efficacité. Le malade mourut émacié , au milieu de souffrances extrêmes, le 22 février 1811, après avoir survécu à l'opération un an et dix mois.

Autopsie cadavérique. — Quoique je n'aie pu examiner qu'en partie les viscères abdominaux , cependant j'ai pu me convaincre de l'impossibilitû d'obtenir quelque amélioration

par un traitement quelconque. L'autopsie fut faite en présence d'un médecin et d'un chirurgien très-distingué; le premier avait vu le sujet avec moi pendant la maladie.

Aumomentoùl'onfit une incision cruciale aux parois de l'abdomen, qui étaient épaissies, il i-ortit plusieurs pintes de sérosité brunâtre. L'épiploon était revenu sur lui-même, dur et noueux; il ne recouvrait plus les intestins au-dessous de Tombilic, et offrait une épaisseur d'un demi-pouce à un pouce ; il avait quelque chose de l'aspect racorni du cancer de la mamelle.

Les intestins grêles, sauf quelques taches livides et inflammatoires, étaient sains ; mais les gros intestins étaient dans un état bien différent; leurs tuniques étaient toutes épaissies , présentaient des taches semblables à celles de l'intestin grêle, et l'on pouvait reconnaître aux adhérences qu'ils avaient contractées entre eux et avec les parties voisines, que ces organes devaient avoir été le siège d'une vive inflammation à une époque quelconque.

Le cœcum adhérait aux ganglions iliaques du côté droit, qui étaient engorgés : il se trouvait comme enseveli au milieu d'eux. Ceux du côté gauche étaient également engorgés, et à l'état de suppuration.

Le colon, au moment de sa courbure, cessait d'être distinct et formait avec les ganglions lombaires une masse commune s'étendant jusque dans le bassin, et formant un cordon delà grosseur et de la longueur de l'avant-bras. L'ouverture de cette masse laissa échapper une quantité considérable de pus épais et de matière caillebottée.

On reconnaissait à peine le rectum aumilieu de cette masse désorganisée.

Tous les ganglions de l'intérieur du bassin participaient plus ou moins à cette horrible maladie. Les ganglions mésentériques offraient tous les degrés de la dégénérescence , et on en trouvait de toute grosseur. A travers les incisions nécessaires pour la dissection, la matière s'écoulait de tous côtés, de telle sorte que le bassin se remplissait à chaque instant.

Quelques ganglions offraient à la section un aspect de fromage mou.

La veine cave était vide, et paraissait saine. Le foie et l'esto mac ne participaient que trèspeu à ces altérations.

La vésicule du fiel était «aine, mais trèsdistenduepar la bile; les ganglions lombaires étaient prodigieusement tuméfiés , et contenaient environ une pinte de pus et de matière caillebottée.

J'observai que la matière contenue dans tous les ganglions était d'une blancheur remarquable.

Dans celte autopsie, comme dans presque toutes celles qui se font ici, je fus obligé de négliger l'examen de plusieurs parties. On trouve quelque chose de pénible dans la pensée de l'ouverture du corps d'une personne qui a été chère , et on regarde cette opération comme

dépourvue d'utilité. Ce n'est qu'à force de persévérance qu'on parvient à obtenir la permission d'examiner une altération pathologique, quelque intéressante qu'elle soit, et je le dis avec regret, dans bien des cas importans, tous les efforts des médecins échouent complètement. Mais dans celui que je viens de rapporter, quoique je n'aie pas eu la facilité de me livrer à un examen minutieux, cependant ce que j'ai vu a sufTipour me convaincre qu'il eût été également impossible et de guérir le malade, et de prévenir la maladie. Je pense qu'il n'est pas douteux que le testicule n'ait été le siège primitif de l'affection ; et que probablement, s'il eût été enlevé un an plus tôt , tandis que l'affection était encore locale , la guérison complète aurait pu être obtenue; mais peut - être les ganglions contenus dans l'intérieur du bassin étaient-ils dès-lors légèrement affectés ; dfi reste en supposant qu'on eût enlevé le testicule, il n'est pas probable que la vie de cet homme se fût de beaucoup prolongée.

Dans la dissection , je ne rencontrai aucun vestige du cordon spermalique du côté droit.

Observation Ml'. — M.. • Agé de 32 ans , d'une santé robuste, avait toujours été sujet à la constipation, mais bien portant d'ailleurs : dans le mois de juin 1818, ayant fait sur une voiture un trajet dans lequel ses testicules heurtèrent fréquemment contre le siège, il vit survenir, sous l'influence de cette cause , une inflammation avec gonflement de ces organes; l'un d'eux se réduisit promptement. Legauche conserva un volume plus considérable que celui qu'il présente dans l'état naturel , mais resta sans douleur; le malade fit usage d'un suspensoir, et voyagea dans le nord de l'Angleterre , et en d'autres endroits sans qu'il survînt aucun accident.

En décembre 1810,'il reçut sur letesticule engorgé un coup violent qui, suivant lui, futsuivi d'une inflammation intestinale et d'une recrudescence de l'inflammation avec augmentation de volume dans le testicule : des applications de sangsues et la saignée furent pratiquées ; la tumeur résistant à ces moyens , on appliqua sur le scrotum un vésicatoire qui dissipa l'inflammation : mais le testicule resta engorgé. On pro«f>rivit alors des pilules merctirielles, à la dose de dix ss^oins, deux fois par jour , et la décoction de salsepareille kj...^^^^^ . mais pendant ce traitement, sa santé générale commença à s'altérer profondément, sans au. cun amendement de l'affection locale. La santé ne se rétablissant pas, et letesticule étant devenu tellement irritable, qu'il était pris d'inflammation au plus léger écart de régime , le malade se ré'solut à subir l'opération de la castration, que je lui pratiquai le 20 juillet 1819.

Le jour de l'opération , voici quel était l'état des choses : le testicule était ti'ès-pesant ; il n'était pas sensible à la pression; il n'était le siège d'aucune douleur fixe ; mais depuis trois mois existait une douleur lancinante dans l'aine du côté gauche. Le scrotum s'enflammait

facilcmeut, était chaud, et éprouvait ud soulagement extrêmement prononcé;, par l'appli- , cation de l'eau froide. Les veines du scrotum étaient dilatées. La cicatrisation marcha rapidement, et en trois semaines elle fut complète.

Au mois d'août, le malad« éprouva dans l'aine une violente douleur, qu'il comparait è uue crampe , et qui le forçait ;\ se courber en double. Il vomissait, avait des sueurs froides et

des syncopes, et n'éprouvait de soulagemef.t que sous l'influence d'une forte dose d'opium. Je lui conseillai le séjour de la campagne, et au bout de quelques semaines son état s'améliora; mais, au bout de ce temps, il perdit l'appétit, tomba dans le marasme, se plaignit de douleurs dans l'abdomen, et mourut dans l'espace de cinq ou six mois. Je n'ai pas eu la possibilité d'examiner le cadavre.

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