DES EFFETS DE L INFLAMMATION DANS LE SEIN
La tumeur n'occupe qu'une partie de la mamelle, elle se propage d^ mamelon vers la circonférence, et donne une sensation très-distincte de fluctuation. Les veines superficielles sont très-dilatdes, mais, à cela près, la peau ne présente aucune altération sous le rapport de la couleur. Une ouverture pratiquée avec la lancette donne issue ù plusieurs onces de lait qui, étant laissé au repos pendant quelques heures, se recouvred'une couche de graisse. Si après s'être borné à pratiquer une simple ponction, et à donner issue au lait , on laisse l'ouverture se fermer, la collection laiteuse se renouvelle, et en peu de lemps on voit se reproduire et les soulfrances et l'aspect que présentait auparavant la partie.
Quand la distension du sein est excessive, il s'établit, dans certains cas , une perforation spontanée à travers laquelle le lait s'écoule au dehors. Cette ouverture, dont le diamètre est très-petit, siège habituellement à peu de distance du mamelon. Souvent il arrive que cet orifice reste béant pendant tout le temps de l'allaitement , et le lait qui s'écoule à travers l'ouverture accidentelle reste perdu pour la nutrition de l'enfant.
Il est très-diflicile de cicatriser cette ouverture fistuleuse ; le meilleur moyen à employer dans ce but consiste à sevrer l'enfant et à user largement des purgatifs. Sous l'influence de ces moyens , la sécrétion du lait se tarit complètement.
Le traitement de l'engorgement laiteux consiste dans l'emploi du moyen suivant.
Si l'on peut obtenir de la malade qu'elle sevré son enfant, comme la sécrétion du lait ne tardera pas à s'arrêter, aussi bien dans le sein malade que dans celui du côté opposé, il suffira d'une simple ponction pour dégorger le conduit galactophore obstrué.
Mais si l'allaitement naturel est continué, il devient nécessaire de pratiquer une ouverture plus étendue, afin de permettre un libre écoulement du lait à travers l'ouverture artificielle, toutes les fois que l'enfant exerce la succion. On imite ainsi ce qui a lieu dans les cas où, la maladie étant abandonnée à elle-même, Iclait se fraye naturellement une route
au-dehors jusqu'à l'époque où la sécrétions'arrête par suite du sevrage et de l'administration des purgatifs.
Dans la plupart des cas, ic chirurgien est consulté pour cette affection, quelques semaines après que l'accouchement a eu lieu; mais, dans le cas suivant, je n'ai été appelé qu'une année après l'accouchemenl.
Observationk^V. — MistrissReddle eut à l'âge de 38 ans au sein droit une tumeur qui parut un mois après la naissance de son dernier enfant. A l'époque à laquelle je vis cette tumeur, elle existait déjà depuis une année; j'y pratiquai une ouverture avec la lancette, et il en sortit six onces d'un coagulam bUnchâlre, nageant dans une petite quantité de sérosité citrine. La peau n'offrait aucune altération de couleur; la santé générale était bonne. La malade avaiteu déjà, dans une première grossesee, un abcès du sein , ce qui ne mit point obstacle à la sécrétion du lait, dans cet organe, après l'accouchement qui suivit. C'est à la suite du dernier accouchement de cette dame que se forma la tumeur laiteuse, qui. atteignit peu à peu le volume d'une orange, ne causant que par intervalles des douleurs peu intenses. Ayant reconnu dans la tumeur l'existence d'une fluctuation obscure , j'y pratiquai une ouverture qui donna issue à une quantité considérable de lait à demi coagulé. L'écoulement du liquide persi&ta pendant trois jours, au bout desquels il cessa complètement.
La malade attribuait la formation de cette tumeur à un coup qu'elle prétendait avoir reçu dans le sein.
Cette affection a la plus grande analogie avec la grenouillelte , à cela près de la différence de nature du liquide renfermé dans la tumeur. L'une de ces deux maladies consiste dans l'obstruction du canal de Warthon , et dans l'accumulation de la salive. L'autre résulte de l'oblitération d'un conduit galactophore, oblitération par suite de laquelle il se fait une accumulation considérable de lait, dont les issues sont obstruées du côté du mamelon.
DE
LA MAMELLE
Le mot hydalide peut s'appliquer à tonte tumeur renfennaiit de la sérosité: aussi peut il être employé ici sans inconvénient; mais nous verrons plus loin qu'il existe pour la mamelle quatre espèces de tumeurs hydaliques, dont trois sont dépourvues de tout caractère cancéreux , tandis que la quatrième possède ces caractères. Je vais d'abord donner la description des trois premières espèces de ce genre d'afTections.
La première espèce iVhydatide du sein se présente sous la forme d'une vésicule renfermant un liquide séreux: je la désigne sous le ïiom à.'hydatcde celiideuse. Elle donne lieu aux symptômes suivans :
Le sein se tumélie peu îi rci^ ; dans le début de la maladie , ii ne fait éprouver aucune douleur, même à la pression. Il devient de plus en plus dur, mais il ne fournit encore aucun signe de fluctuation. Son accroissenienl de volume se fait avec lenteur pendant des mois, et même pendant des années. Il acquiert dans certains cas un volume énorme. Le sein le plus volumineux que j'aie vu affecté d'hydatide celluleuse pesait neuf livres; mais dans les autres cas que j'ai eu l'occasion d'observei', bien que la mamelle fût farcie de ces sortes de kystes, cependant le vomme ne dépassait jamais le double de celui de la mamelle du côté
sain.
Dans les commencemans de la maladie, la tumeur est entièrement solide , ce qui lui donne une très-grande ressemblance avec l'engorgement chronique simple de la mamelle. Mais après un très long espace de temps , on peut reconnaître de la fluctuation dans un des points de la iumcur , et , à partir de cette énoque, l'accroissement de volume du sein se fait avec beaucoup plus de i-apidilé ; alors on ne tarde pas à découvrir de nouveaux points de lluctuatiou en divers endroits de la tumeur. Les veines supernciclles deviennent variqueuses. Mais, malgré son augmenlaliou considérable de volume , la mamelle ne fait ressentir presqu'aucune douleur. Cette règle n'est point sans exception. Quelques femmes en effet ressentent dans le sein une chaleur inaccoutumée. Quelques unes même, à mesure que le sein se tuméfie, éprouvent des douleurs dans l'organe malade et dans l'épaule correspondante,
La tumeur est extrûmement mobile sur le muscle grand pectoral ; elle est pendante.
Tantôt la totalité de la glande est envahie; tantôt une portion seulement de la glande est le siège de la maladie.
A la fin, un des points dans lesquels la'flucluation est le plus évidente s'enflamme, s'ulcèie, et laisse écouler une quantité considérable de sérosité ou d'un liquide qui en a les principaux caractères. Il faut toutefois remarquer que la consistance de ce produit le rapproche davantage du mucus.
Une fois que le kyste est vidé et que l'ouverture s'est cicatrisi'e , si le liquide qu'il renfermait s'est écoulé totalement , un long espace de temps se passe avant que celui-ci ne se reproduise. Dans quelques cas, les parois du sac deviennent adhérentes , et la sécrétion anormale cesse d'une manière définitive.
D'autres fois, j'ai vu la tumeur s'ouvrir spontanément, et donner issue à un liquide comme mucilagineux , mêlé à de la sérosité. Alors , plusieurs des kystes peuvent s'ouvrir successivement, à des intervalles éloignés, par voie d'ulcération ,et donner lieu à des trajets fistuleux dont la guérison est très-difiicile.
Jusqu'au moment où le travail d'ulcération commence, la santé générale reste parfaite, et les symptômes, soit locaux , soit généraux, qu'éprouve la malade, sont si peu apparens , que personne ne peut soupçonner l'existence de l'affection dont elle est atteinte. Aussi n'estelle amenée à consentir à une opération que par suite de l'anxiété morale et des terreurs que fait naître dans son esprit la pensée qu'elle est atteinte d'un cancer. La gène et la fatigue qui résultent du poids d'une tumeur volumineuse lui font encore désirer de recourir à l'opération.
Alors même que la maladie a envahi toute la mamelle, que la tumeur s'est ulcérée, qu'un écoulement abondant se fait par la plaie , que l'aspect de la partie est alarmant, et qu'enfin le volume de l'organe, ainsi altéré, est devenu énorme, on voit néanmoins les ganglions de l'aisselle demeurer exempts de toute altération; ou bien, si l'un d'eux est légèrement engoi'gé , cet engorgement n'est que l'effet d'une simple irritation qui se dissipe après l'opération.
Si Ton soumet à une dissection attentive la tumeur et le sein où elle siège , on reconnaît que les interstices du tissu propre de la glande elles tissus celluleux et fibreux qui servent de moyens d'union à ses diverses parties sont remplis d'une quantité considérable de matière fibriueuse qui y a été sécrétée sous l'influence d'une inflammation chronique de nature spécifique.
Dans quelques-uns des interstices du tissu glaudulaire , il s'est tormé des poches au scia
desquelles a été sécrété un liquide séreux, ou hit toute la mamelle; cependant je l'ai vue
glaireux, ou même quelquefois muquoux, sui- plusieurs fois bornée à une partie seulement
vantle degré d'inflammation qui a existé coin- de cet organe. Il sulTit alors d'exciser une por-
cidemmentà la formation du liquide. Cepro- tion du sein, ce qui n'expose h aucune réci-
duit ne peut s'infiltrer dans les tissus environ- divc. Ou en verra un exemple dans le cas de
nans, tant à cause de sa viscosité el, de l'épan- mistriss Hrwlel, détaillé ci-après,
chement de lymphe plastique qui détermine La maladie Iiydatique du sein présente, dans
l'induration des parties ambiantes , que parce sa première période, des points de ressem-
qu'il est renfermé dans un sac sans ouverture, blance avec l'inflammation chronique simple.
Mais comme sa quantité augmente conti- Mais elle s'en distingue par l'absence de dou-
nuellement, et que les parois du kyste cèdent leur à la pression. D'ailleurs, l'état satisfaisant
peu à peu à la pression qu'il exerce sur elles de la santé générale indique que l'affection est
de dedans en Qchors , il finit par donner lieu entièrement locale.
à une tumeur extrêmement volumineuse. d^us la seconde période, lorsque la fluctua- On trouve dans tous les points delà mamelle tion existe, on la reconnaît encore à l'indoxm nombre considérable de ces kystes, qui y jence de la tumeur, et, deplus.àl'eNÏstence de produisent d'abord, puis y entretiennent, une plnsieurs points do fluctuation distincis les irritation permanente, mais marchant avec mis des autres. Mais ie meilleur moyen d'arbeaucoup détenteur, et ayant pour effet direct rivera un diagnostic précis consiste à faire la sécrétion d'une matière fibrineuse, dont la une ponction dans le kyste. Le chirurgien est présence concourt à transformer la mamelle éclairé immédiatement sur la véritable naen une vaste tumeur, en partie solide et en ture delà tumeur par les caractères du liquide partie liquide. qui s'écoule et qui , au lieu d'être purulent,
Dans l'intérieur de ces kystes, on trouve des consiste dans une sérosité limpide, hydatides suspendues par de petits filamens ; On distinguera la maladie hydatique du sein mais on y trouve aussi quelques globules ar- .<i^une tumeur squirrheuse h l'absence des dourondis.Avant d'avoir ouvert ces globules, d'à- leurs aiguës, lancinantes, intermittentes aui près leur aspect extérieur, j'avais pensé qu'ils accompagnent le squirrhe. On distinguera enne constituaient que desimpies cellules; mais core les deux affections à l'absence d'altéraau lieu d'être entièrement creux , ces globu- tiens générales de la santé, dans le cas d'hydales renferment du tissu cellulaire. Le tissu tides, et à la différence de dureté qui est beaucellulaire renfermé dans ces corps est infiltré coup plus considérable, dans les cas de squirde sérosité, de telle sorte qu'à l'extérieur les ^-j^g^
globules réveillent l'idée d'un kyste ou d'une je dois dire ici que j'ai observé un cas de
hydatide, à cause du liquide qu'ils coutien- véritable squirrhe du sein, qui était compliqué
tient, tandis qu'intérieurement ils présentent de la présence d'hydatides. L'extirpation de la
un aspect analogue à celui des engorgemens tumeur, faite avec tout le soin possible, n'em-
œdémateux. pécha point la maladie de l'écidiver; mais,
Tant que le sein n'a pas acquis un dévelop- dans ce cas, la douleur particulière au squir-
pement très-considérable , il est presque en- rhe avait existé.
tièrement rempli par des hydatides celluleuses. Dans le traitement de la maladie hydatique Quelques-unes seforment en grappe; mais elles du sein, aucun topique n'est suivi d'effets sont pour la plupart complètement distinctes avantageux appréciables, et il est complèteles unes des autres ; et dans ces cas où l'aug- ment inutile de s'occuper de la santé génémentation de \olume de la mamelle est peu raie, parce qu'elle reste lout-à-fail intacte, considérable, les symptômes d'irritation gêné- Lorsqu'il n'existe qu'un seul kyste, et qu'il raie sont légers, et l'affection locale n'est ac- est très volumineux, il arrive quelquefois compagnée que d'une inflammation adhésive qu'apx-ès une ponction il ne se remplit point très-peu intense (1). de nouveau. On verra ci-après plusieurs exem- Le volume des vésicules varie depuis celui pies de cette guérison radicale par la simple d'une tète d'épingle jusqu'à celui d'une balle ponction.
de fusil. Mais lorsque la tumeur est considérable,
Le kyste , dans lequel le liquide est renfer- qu'il y a un grand nombre de kystes , que le
mé , a des parois très-vasculaires. Il s'y fait poids du sein malade s'élève à plusieurs 11-
une circulation sanguine tellement riche que vies , que ce sein est pendant , qu'il exerce
les veines y acquièrent une dilatation consi- des tiraillemens sur les parties environnantes
déi'able, et que souvent il s'écoule beaucoup et cause des secousses douloureuses dans tous
de sang pendant ([u'on pratique l'ablatioa du les mouvemens, que la ma ade est profon-
sein. Les vaisseaux on' môme après l'extirpa- dément frappée de la crainte qu'il ne se fortion de la tumerr une tendance inai-quée à me une maladie cancéreuse, alors le chi-
laisser écouler du sang, rurgien agira sagement en pratiquant l'ampu-
Dans la majorité des cas, la maladie enva- tation de la mamelle.
(i) Les périodes du travail inflammatoire c[ui précèdent le travail de la suppuration sont fre'cjuemment désignées par les médecins anglais sous le nom i'infiammalwn adhésive , de période adhésive,
{Note des trad.)
L'opération consiste dans un simple travail de dissection, pendant lequel il est prudent de lier chacun des vaisseaux qu'on divise, à mesure qu'ils soûl ouverts; au moyen de cette précaution, on évite une perte de sang trop considérable.
Toutefois, je dois dire que la précaution dont je viens de parler n'est pas absolument indispensable, car l'opération n'exige pas beaucoup de temps, et les vaisseaux peuvent être comprimés par un aide, taudis que le chirurgien enlève la tumeur. A cet égard, l'opérateur agira d'après ce qu'il jugera être le plus convenable.
Lorsque l'opération a été jugée nécessaire, on doit emporter, sans exception, tous les noyaux d'induration et d'engorgement que présente le sein, car ils sont le siège d'un kysle ou d'un globule; et si un seul kyste est laissé dans les tissus, ce kysle, continuant à se développer, déterminera, dans la portion restante de la mamelle, une tumeur hydati-
que.
Un puissant motif de consolation pour les femmes qui soutaileinles de la maladie hydatique de la mamelle, c'est que celle affection ne détermine point l'altération des autres tissus ou organes, qu'elle ne se propage point par voie d'absorption, qu'elle n'a aucune tendance à envahir les parties qui avoisinent le sein, et qu'elle ne s'accompagne d'aucune maladie analogue dans d'autres régions du corps. Je dois ajouter que je n'ai jamais vu les deux mamelles aûectées en même temps.
Observation Û52% — MM. Saumarez et Dixon, chirurgiens à Newington, envoyèrent, il y a quelques années, à l'hôpital de Guy, une jeune femme, qui portait au sein une tumeur dure, de deux pouces it demi de diamètre. La santé géuéiale était parfaitement bonne. Je prescrivis un emplâtre fondant et rien de plus. La tumeur n'éprouvant que peu de changement, la malade quitta l'hôpital.
Plusieurs mois après cette époque, la malade revint à l'hôpital ; la tumeur avait fait des progrès considérables, et je me décidai à en faire l'extirpation. Toutefois, au moment d'opérer, ayant, par une exploration attentive, reconnu de la fluctuation, je fis, avec une lancette, une ponction exploratrice, qui ne donna issue qu'à de la sérosité. En conséquence, je me bornai k introduire un peu de charpie dans l'ouverture pratiquée à la tumeur; une inflammation adhésive se développa; les parois du kyste adhérèrent, et la malade guérit très-bien et sans récidive ultérieure.
Observation l\5i'. — Miss T., jeune irlandaise, vint me consulter pour une tumeur qu'elle portait à la mamelle droite. Au centre de la tumeur, on percevait une fluctuation distincte, circonscrite de tous côtés par des tissus en état d'induration. Je pratiquai tout (l'abord dan» cette tumeur uno poucticu k
l'aide de la lancette. L'OUTerture donna issue à une sérosité parfaitement limpide, et même moins colorée que ne l'est habituellement la sérosité. Après-l^issue de ce liquide, je plaçai un emplâtre agglutinatîf sur la plaie qui se cicatrisa sans l'emploi d'aucun autre moyen. Depuis lors, j'ai eu fréquemment des nouvelles de cette dame. La tumeur solide delà mamelle a persisté pendant un temps assez long; puis l'autre sein est devenu le siège d'un gonflement accompagné de douleur. Cependant l'emploi des médicamens altérans, des bains de mer et des topiques adoucissans [soothing plaisters] fut suivi de la disparition de la tumeur et du malaise qu'elle déterminait. Depuis lors, cette jeune personne est parfaitement guérie, sans avoir eu besoin de se soumettre à aucune opération.
Observation 454% — Mistriss Styles , âgée de 28 ans, portait depuis trois ans , au sein gauche, une tumeur qui parfois devenait douloureuse, tantôt dans les changemens de température , tantôt à l'approche des époques menstruelles. Jamais la douleur n'avait offert d'intensité.
La maladie avait débuté par une tumeur qui avait le volume d'une noisette, à l'époque où elle attira l'atlenlion pour la première fois , et qui était dure et mobile. Cette tumeur prit peu à peu de l'accroissement,^et atteignit enfin un diamètre d'environ deux pouces.
Les fonctions intestinales s'exécutaient normalement , à cela près d'un peu de tendance à la constipation ; les menstrues étaient régulières ; la santé générale était bonne. Mon neveu, M. Eransby Cooper, enleva la tumeur en ma présence. Au momeut où il incisa la tumeur , un kyste plein de sérosité fut ouvert. Les paiois de ce kyste parurent très-vasculaires. On en lit l'excision, aussi bien que de la tumeur solide coexistante, et la plaie parut s'être cicatrisée au bout de quinze jours, mais il se forma un abcès qui suppura pendant six semaines , et unit par se fermer complètement.
La tumeur n'était autre chose qu'un simple kyste formé dans le tissu-cellulaire delà mamelle, renfermant une grande quantité de sérosité, et qui s'était entouré d'un tissu devenu solide et induré par suite d'une effusion fibrineuse.
Observation Û55'. — Mistriss Adams me consulta , ainsi que le docteur Blegborough , pour une tumeur indolente et fluctuante du sein, qui existait depuis trois mois. La tumeur n'était le siège d'aucune douleur; elle était mue librement avec la mamelle; la peau n'offrait aucune coloration anormale. Une ponction pratiquée avec la lancette donna issue à deux onces de sérosité limpide, et fit reconnaître que la tumeur n'avait nullement le caractère cancéreux.
OliicrvatiQnhWt-^'VLiiXxm B., âgée â« $9 iiDii,
1VIA.L\DIR HYDATIOtl
cliente de M. Kainc tic Haiiipsleacl, s'apoirul dans le printemps de 1822 qu'elle portait au sein une tumeur du volume d'une noisette. Elle éprouvait dans le sein malade une sensation de froid cl un peu de malaise. De temps en temps, un fourmillement se faisait sentir lelong du bras et jusque dans les doigts du côté correspondant. Au premier aspect, la tumeur semblait entièrement solide au toucher.
La malade s'aperçut pour la première fois de la présence de cette tumeur après s'être exposée à un courant d'air provenant d'une fenêtre ouverte. La tumeur continua ù se développer pendant un an et demi. On employa, sans aucun résultat avantageux, les sangsues et les topiques mercuriels et savonneux.
En juillet 1823, ayant reconnu de la fluctuation au centre de la tumeur , j'y pratiquai une ouverture qui donna issue à un liquide limpide. Peu de temps après le liquide se reproduisit.En conséquence on plaça un séton, et au bout de quelque temps le kyste s'élimina en presque totalité.
Depuis cette époque la maladie n'a point récidivé; mais lorsque l'atmosphère est humide, le sein est encore le siège d'un peu de malaise.
Observation 1^51'. — Mistriss Hicks, âgée de Û5 ans , portait au sein une tumeur qui s'était développée après l'accouctiement. M. Blegborough l'ayant ouverte pour y introduire un séton, il s'en écoula un liquide mucilagineux. La malade me consulta en 1800 ; à cette époque, l'affection avait envahi toute la mamelle; on y reconnaissait la présence de plusieurs tumeurs, dont les unes paraissaient avoir le volume d'un pois et les autres celui d'une bille demaibre; quelques-unes s'étaient ulcérées et s'étaient cicatrisées après avoir donné issue â un liquide mucilagineux.
Quelquefois la tumeur devenait légèrement douloureuse , mais elle n'était jamais le siège de cette douleur brûlante , vive, lancinante, qui accompagne le squirrhe.
Le 5 mai de l'année 1800 je fis l'amputation de la mamelle, et j'y reconnus à la dissection une multitude de petites poches renfermant un liquide séroso-glaireux ; un des kystes était plus volumineux que les autres, ses parois présentaient un systèmevasculaire très-développé.
Je revis la malade en ISf^. Il n'y avait point eu de récidive. La santé était parfaite. A l'époque où l'opération avait été faite, il existait dans chaque aisselle un ganglion engorgé. Ce double engorgement s'était complètement dissipé.
Observation Zi58* — L'épouse du docteur W .. 5 âgée deû5 ans, avait fait, 26 ans auparavant, une chute en montant en voiture , et s'était heurté violemment le sein qui devint immédiatement noir et douloureux. Elle fit presque aussitôt après une application de sangsues; mais il resta un peu de tuméfaction. Il y a trois ans la tumeur commença à se développer, et devint
3^ DK LV M\MKLrK. 51.3
obloiiguc de ronde qu'elle? était. Elle était Irèsmobilc, nullement douloureuse', et son développement s'cllectuait d'une manière si graduelle, qu'elle n'avait subi au bout d'une année que très-peu de cliangcment. A cette époque, les veines commencèrent à se dilater et la peau prit une coloiation anormale; cependant il y avait toujours absence de douleurs. Deux années plus tard la malade me consulta. Je prescrivis des sangsues dont l'appli. cation fiit suivie d'une diminution dans le calibre des veines, mais non dans le volume de la tumeur qui continua à se développer et qui se recouvrit de plusieurs taches bleuâtres ; sa surface resta cependant uniforme et polie; elle conserva aussi sa forme globuleuse. Oti essaya , mais en vain , d'en arrêter les progrès par l'usage des lotions évaporantes.
Deux mois avant l'opération la tumeur augmenta subitement de volume et acquit un poids qui fut évalué à cinq livres; elle avait été indolente pendant toute la dui-ée de son développement. Les dispositions morales de la malade étaient favorables ; elle n'avait rien perdu de son activivé, et sa santé générale s'était conservée intacte jusque dans les derniers temps, époque â laquelle, d'après ses propres expressions, elle était devenue nerveuse et avait été tourmentée des céphalalgies auxquelles elle était sujette depuis long-temps, et qui devigrent plus violentes à mesure que la maladie faisait des progrès.
Le noyau primitif était resté distinct du reste de la tumeur pendant un certain temps : mais à la longue il s'était confondu dans la masse commune.
Dans le mois de juin 1818 je fis en présence de M. Cline l'ablation de cette tumeur en faisant deux lambeaux. Je pratiquai la ligature des artères à mesure qu'elles étaient divisées. Cette opération fut suivie d'une réaction générale peu intense. Au bout de six semaines la malade était complètement rétablie , et. depuis ce moment elle s'est toujours bien portée.
Observation Zi59'. — En juin 1818 je fus consulté par lady Hewitt, âgée de 60 ans, de taille élevée et d'une forte constitution. Elle attribuait l'origine delà tumeur qu'elle portai au sein à un coup qu'elle avait reçu en nO" vembre 1815. Elle s'était donné ce coup dau„ l'aisselle en tombant contre une chaise. Toutefois, quelque temps avant l'apparition de la tumeur, elle avait ressenti quelques douleurs dans le sein droit. JVeuf semaines après le coup reçu dans l'aisselle, elle éprouva dans le même sein un malaise qui se propageait jusque dans l'aisselle.
Au commencement de 1816; la malade s'aperçut qu'elle avait au sein droit une tumeur ayant à peuprès le volume d'une noix muscade et qui était située au-dessous du mamelon.
Dans le mois de mai de la même année la malade consulta le docteur Sharp de Thrapstone, qui prescrivit le traitement qui lui sembla le plus convenable dans l'é-
514 MALADIF. HVDATIOI
tat de la malade, et l'envoya aux eaux d'Hui- }-owgate.
Pendant deux mois elle fit chaciue jour une application de sangsues, et ensuite elle renouvela cette application tous les d€ux jours seulement, jusqu'au mois de septembre.
Elle se détermina alors à essayer l'emploi de la compression, qui fut continué pendant plusieurs mois , d'abord au ipoyen d.es emplâtres agglutinatifs , puis avec le secours d'un instrument construit dans ce but et qu'elle porta pendant quatre mois.
Mai;s ces divers moyens n'amenèrent aucun résultat avantageux et la tumeur continua à s'accroître. En conséquence la malade se détermina à abandonner son mal à lui-môme. Elle resta dans cet état jusqu'en novembre 1817, époque à laquelle la tumeur commença à éprouver des changemens; elle s'accrut avec rapidité;, se ramollit à sa partie supérieure et parut sur le point de passer à la suppuration.
On employa des fomentations et des cataplasmes; on administra le calomel et i'opium, mais il ne se forma point de pus. Le même traitement fut continué jusqu'au mois de mal de l'année suivante , époque à laquelle la malade renoui;a de nouveau à toute espèce de traitement.
Elle vint alors me proposer de lui faire l'opération, que j'exécutai le 10 juin 1818 en présence de MM. Cline , Lowdell, et de mon neveu Brantby Cooper.
La tumeur présentait un volume considérable et pesait 9 livres ; elle était en partie solide; dans quelques points elle renfermait évidemment un liquide; à la surface de la pai-tie correspondante au kysteapparaissaitune légère teinte bleuâtre. Du reste , la tumeur était mobile; elle était pendante sur la partie supérieure de l'abdomen.
La santé générale était bonne.
Le premier temps de l'opération consista dans une ponction que je fis à la tumeur, sur la partie la plus saillante et qui donna issue à une grande quantité de sérosité. Cette circonstance démontrait que la tumeur était de nature hyda tique. Après la ponction elle diminua de volume.
Je fis alors sur la tumeur une incision qui passait un peu au-dessus de sa partie moyenne; puis, ayant soulevé le lambeau formé par les tégumens, je détachai du muscle pectoral la partie supérieure de la tumeur ; avec le manche du bistouri j'achevai de l'isoler complètement. Ensuite ayant laissé à la partie inférieure un lambeau de peau pour réunir avec le lambeau supérieur, je terminai cette opération qui fut supportée avec beaucoup de courage. On fut obligé de lier deux artères d'un volume considérable. Les tégumens furent maintenus, rapprochés par un seul point de suture et des agglutinatifs. Le premier appareil fut levé le 16 juin; et le 30 du même mois la dy Hewitt était parfaitement guérie.
'E DR LA. M.tlMELLE.
Observation /i60% — Mistriss Hewled , âgée de ■"^1 ans, portait au sein gauche une tumeur pour laquelle M. Gallaway me pria de la voir. C'était en avril 1822. 11 y avait quatre jours seulement que la malade avait découvert celte tumeur, et voici à quelle occasion.
Ayant entendu parler d'une femme qui avait une tumeur du sein, elle fut portée à s'examiner elle-même sous ce rapport, et elle trouva à la partie supérieure de sa mamelle gauche une tumeur qui avait à peu près la grosseur d'une noisette et qui était extrêmement dui-e. Elle réclama aussitôt les conseils de M. Scott, de Bromby , qui prescrivit l'application d'un emplâtre fondant et quelques pilules.
Dix moi.S- après elle consulta le docteur Elliotson qui lui prescrivit des sangsues et un purgatif.
Après un long espace de temps la tumeur s'étant accrue, la malade vint me trouver. Mais après avoir essayé pendant cinq mois un grand nombre de moyens thérapeutiques que je ne puis me rappeler , elle consulta M. Callaway et M. Bromby Cooper qui lui conseilla de recourir à l'opération.
Depuis le jour où la malade s'était apei-çue de l'existence de cette tumeur jusqu'au moment de l'opération, latumeur s'était graduellement accrue. Mais dans le principe elle ne causait aucune douleur , tandis qu'à mesure qu'elle augmentait de volume la malade y Bessentit parfois des élancemens.
Jamais la tumeur n'avait été douloureuse au loucher; elle était très-dure; mais juscfû'à l'époque de l'opération la santé générale n'avait jamais subi d'altération; la malade n'avait pas été exempte des inquiétudes que lui causaient la crainte d'un cancer ni des insomnies qui en avaient été parfois la conséquence.
Cette femme n'avait jamais eu de grossesse.
L'opération fut pratiquée en avril 1822 , en préscKce de M. Callaway, et en dix jours la malade était parfaitement rétablie.
Jamais depuis cette époque il n'est survenu de nouvelle tumeur du sein, et aujourd'hui, 18 novembre 1828, la santé de cette dame con tinue à être très-bonne.
A l'inspection de la tumeur, on trouva un grand nombre de petits sacs entourés de matière fibreuse.
Dans ce cas il n'y eut qu'une partie de la mamelle enlevée.
Observation liQl'. — Sarah Harris , âgée dé trente ans, découvrit tout-à-fait par hasard, il y a trois mois , qu'elle portait au sein droit xme petite tumeur du volume d'une grosse bille de marbre, placée immédiatement audessous du mamelon, située profondément, mais parfaitement mobile. Ce n'est pas la douleur qui porta la malade à reconnaître l'exitence de cette tumeur, car elle n'en ressentait aucune dans la partie, alors même qu'on exerçait une pression considérable. La couleur normale de la peau n'était pas altérée ; la
Inineur ne s'accompagnait d'aucune {rèni;. (>,pendant comme elle continuait h s'accioîlio, on conseilla à cette femme de la faire enlever; et dans cette intention elle entra à l'iiôpital de Guy.
Durant les quinze jours de scn sùjour à l'hôpilal avant l'opération, la tumeur s'accrut rapidement, acquit le volume d'un œuf, mais conserva une parfaite mobilité et une absence complète de douleur.
Une incision ayant été faite auxtégumens, j'implantai dans la tumeur un tenaculum double et je l'attirai hors de sa cavité. Dans celte partie de l'opération, il s'écoula environ une once d'un liquide de couleur claire.
Après que l'ablation de la tumeur eut été faite, les parties furent rapprochées au moyen de bandelettes agglutinatives.
La tumeur se composait de plusieurs petits kystes remplis d'un liquide semblable à celui qui s'était écoulé pendant l'opération. Tous ces kystes étaient réunis par un tissu cellulaire épaissi et condensé.
L'opération ne fut suivie d'aucun symptôme général, et la plaie se cicatrisa en grande partie par première intention.
Observation /i62°. — Ann. Harwell , âgée de quarante-neuf ans, fut l'eçue à l'hôpital de Guy le 11 décembre 1810, ayant au sein gauche une maladie hydatique qui avait débuté dix ans aupar-avant.
Cette femme était mariée-, elle avait eu sept en fans et trois fausses couches.
Après qu'elle eut cessé l'allaitement de son dernier enfant, elle s'aperçut par hasard de l'existence d'une tumeur du volume d'une aveline, placée immédiatement au-dessous de l'aréole, à la partie externe du mamelon. Cette tumeur était sensible au toucher, mobile et non adhérente à la peau.
Comme elle faisait relief au-dessous du mamelon, elle avait empêché l'enfant de téter de ce côté. Les six enfans que cette femme avait eus auparavant tétèrent également l'un et l'autre sein. Mais dans le dernier allaitement, presque aussitôt que l'enfant prenait le sein gauche, du pus mêlé de sang s'échappait par le mamelon. Ce même écoulement de sang et de pus continuait encore deux mois avant son entrée à l'hôpital.
Depuis le commencement de la maladie toute la mamelle était douloureuse; à cette douleur succéda une démangeaison et une chaleur générale du sein. 11 lui semblait éprouver la sensation de quelque chose qui serait vivant et rampant dans sa mamelle ; cette sensation ne se reproduisait que de temps en temps.
Au mois de mai 1831, elle découvrit dans sa mamelle un grand nombre de tumeurs placées immédiatement au-dessous des tégumens, nullement douloureuses , très-mobiles et de volume variable. Ces tumeurs, pas plus que la tumeur primitive n'avaient , d'après le récit d.e la mala(Je, jamais présenté de mollesse ni
de nnclnation, mais avaient toujours au contra ire été résistantes et fermes comme si elles eussent été solides.
Après l'ablation de la mamelle, on trouva dans" son intérieur de nombreux kystes remplis d'un liquide séreux. Le volume de ces kystes était extrêmement variable; plusieurs se trouvaient réunis en grappes ; le plus grand nombre étaient isolés.
La maladie était chez cette femme accompagnée de plus de douleurs qu'il n'en existe ordinairement dans les tumeurs hydatiques. J'attribue ces douleurs aux changemeos que durent amener dans la mamelle déjà malade la gestation et l'allaitement ; on se rappelle en efl'ct que d'après son récit il paraît que du pus était sorti à travers le mamelon.
Dans le cas suivant, des hydatides celluleuses existaient en même temps qu'un noyau squirrheux, et la malade succomba à cette dernière affection.
Observation û63'. — Miss S... , de Canterbury, âgée de vingt-neuf ans, femme maigre et délicate, bien qu'ayant toutes les apparences extérieures d'une bonne santé et n'éprouvant intérieurement aucune sensation maladive, observa , pour la première fois il y a un an, une petite tumeur située au sein gauche, ayant à peu près le volume d'une aveline. Son attention fut appelée sur cette tumeur par une sensation de douleur et de pression dans ce point.
Toutes les fois qu'elle éprouvait un léger refroidissement, elle ressentait une douleur térébrante , accompagnée d'élancemens , et d'une excessive sensibilité du mamelon.
Dans l'été dernier la tumeur s'accrut, s'accompagna d'une grande sensibilité à la pression et d'une douleur térébrante. Cette douleur devenait plus vive chaque fois que la période menstruelle s'approchait. Depuis un mois la malade avait observé que la tumeur était aplatie à sa surface , qu'elle était dure et que la peau ne pouvait se mouvoir facilement sur elle.
Le 28 novembre 1822 elle vint à Londres pour subir l'opération.
La tumeur était extrêmement dure et me donna l'idée d'un noyau cancéreux. Cependant l'âge de la malade, sa santé et le développement normal de ses seins me donnèrent l'espoir que la maladie ne serait pas d'une nature aussi fâcheuse.
Il me parut toutefois qu'une tumeur aussi volumineuse ne pouvait céder à l'action des médicamens; en conséquence , j'en fis l'ablation.
L'opération fut faite le samedi 23 novembre. La tumeur était profondément située dans le sein. "
Le jeudi suivant il survint un frisson auquel succéda un érysipèle dont la malade ne se l'établit que difficilement.
A la dissection de cette tumeur, on reconnut que sa partie supérieure avait l'aspect d'un aoyau cancéreux, tandis qu'il existait, à sa