NÉVRALGIE DE LA MAMELLE
La mamelle peut devenir irritable sans la formation d'aucune tumeur appréciable ; mais il s'y forme aussi quelquefois une tumeur irritable, offrant une structure différente de celle de la mamelle , par conséquent de nature spécifique.
Ces deux formes delà maladie se présentent, dans la plupart des cas, chez de jeunes femmes de 16 à 30 ans. Je ne les ai jamais observées avant le début de l'âge de la puberté; mais je les ai rencontrées quelquefois à un âge plus avancé que celui que je viens d'indiquer.
Lorsque la maladie affecte le tissu glandulaire de la mamelle, celle-ci augmente à peine do volume ; mais un ou plusieurs des lobes de la glande deviennent excessivement douloureux au toucher. Lorsque la mamelle a été palpée , la douleur pei'siste quelquefois pendant plusieurs heures. La sensation pénible n'est pas limitée à la mamelle seule; elle se pi opage à l'épaule , dans l'aisselle , à la partie interne du coude, et jusque dans les doigts. Elle affecte même le côté correspondant du corps jusqu'à la hanche. Les malades ne peuvent dormir sur ce côté, et la douleur est quelgiiefois tellement violenle, qu'elles ne peuvent même pas rester couchées sur ce côté du corps. Dans quelques cas, le poids de la mamelle dans le lit suffit pour causer des douleurs intolérables.
La mamelle est le siège d'une sensation de chaud et d'une sensation de froid, qui se succèdent alternativement.
La maladie paraît être de même nature que le tic douloureux, car elle est caractérisée par d'.'S élancemens, comme électriques, dans la partie malade , et suivant le trajet des nerfs eiivironnans.
Quand la douleur estirès-intense, l'estomac entre en sympathie, et il survient des vomisscmens.
Les souffrances acquièrent un accroissement d'intensité aux approche? de la menstruation; quelquefois elles éprouver. t un amendement pendant l'écoulement des règles , et elles restent moins intenses après cet écoulemeut.
La mamelle n'offre aucun signe d'inflammation, car la peau n'est point altérée dans sa couleur.
Dans quelques cas , il n'y a qu'une petite portion de la mamelle qui spit atteinte; d'au-
tres fois, la totalité de la glande est envahie, et il n'est pas rare de voir les deux seins malades.
Cet état de souffrance persiste pendant des mois, et même pendant des années, presque sans rémission. Mais la maladie n'a aucune tendance à une dégénération de mauvaise nature , et la pensée d'une opération r^e peut venir à l'esprit d'un chirurgien appelé à traiter une affection qui ne s'accompagne du développement d'aucune tumeur distincte.
Outre cet état douloureux et irritable de la totalité ou d'une partie de la mamelle, on observe quelquefois une tumeur évidemment circonscrite, excessivement sensible au toucher, étant, par intervalle, le siège d'une douleur aiguë, principalement aux approches de la menstruation; très-mobile , souvent ne présentant pas plus de volume qu'un pois, surpassant rarement le volume d'une bille de marbre , ordinairement unique , mais quelquefois multiple.
Bien que ces tumeurs persistent pendant des années, lt;ur volume ce varie que très-peu. Je ne lésai jamais vues atteintes de suppuration ; quelquefois elles cessent spontanément d'être douloureuses; quelquefois elles disparaissent sans cause apparente.
A la dissection , on les trouve composées par une matière solide, demi-transparente, entremêlées de fibres sans aucune distribution régulière. Je n'ai jamais pu constater , dans leur intérieur, aucun filament nerveux de quelque volume. Elles paraissent être un produit du tissu cellulaire qui entoure la glande, plutôt que du tissu glandulaire lui-même. Aussi en rencontre-t-on de semblables dans le tissu cellulaire des autres parlies du corps, qui font éprouver les mêmes douleurs. J'en rapporterai plus loin un exemple.
Le diagnostic de cette maladie ne présente aucune difficulté. En effet, la douleur qui la caractérise , la sensibilité de la partie au plus léger attouchement et à toute compression, les souffrances qu'y laisse l'exploration , la distinguent de la maladie enkystée, de la tumeur mammaire chronique, du squirrhe et de la maladie fongoïde.
Si , dans ces affections , il y en avait une avec laquelle on fiit exposé à la confondre, c'est la tumeur mammaire chronique, qui parfois de-