ET SUR LES EFFETS DE LA LIGATURE DE CE CONDUIT
Le canal thoraciqae étant à la fois, la voie Intermédiaire par laquelle la partie nutritive des substances alimentaires arrive dans le sang, et le conduit par la cavité duquel le plus grand nonàbre des vaisseaux absorbans se vident dans les veines, constitue dans l'économie, un vaisseau d'une telle importance , qu'on est rationnellement conduit à penser que son oblitération doit entraîner les conséquences les plu» fâcheuses.
On verra toutefois par les observations suivantes , qu'une lésion considérable peut exister dans le tronc principal du système lymphatique, sans qu'il existe pour cela une interruption permanente dans le cours de l'absorption.
Observation 561' — Dans le commencement de l'hiver de 1789, désirant injecter le canal thoracique chez un sujet qui était destiné aux dissections, j'introduisis le tube à mercure dans un lymphatique placé à la surface de la région lombaire. Ce vaisseau se remplit de mercure, et je vis l'injection pénétrer dans le réservoir dePecquet. Le mercure, au lieu de se propager le long du canal thoracique, cessa de couler; mais la hauteur de la colonne de mercure ayant été augmentée, la résistance que le métal éprouvait fut vaincue, et il avança environ d'un pouce; mais tout effort ultérieur pour le faire pénétrer plus loin, resta sans sucée».
Curieux de découvrir la cause de ce résultat, j'ouvris immédiatement le canal thoracique et )e trouvai l'état suivant s
Le premier obstacle avait été produit par deux valvules placées prés du réservoir de Pecquet. Ces deux valvules étaient plus épaisses que dans l'état normal , et se projetaient dans l'intérieur du canal, de telle manière, qu'elles adhéraient solidement l'une à l'autre par leur bord supérieur.
A un pouce de dislance de ces valvules, et à une plus grande hauteur dans le canal thoracique, se trouvaient deux autres valvules présentant, mais !x un plus haut degré, une altération analogue. Elles étaient tellement épaissies qu'elles comblaient le canal, et qu'elles formaient nue bariière au-delà de laquelle l'injection n'avait pu pénétrer.
En poursuivant l'examen des parties, je découvris une troisième altération de la môme nature qui semblait avoir £ou siège dan» les
valvules, bien que cette altération fût arrivée au point de détruire entièrement leur forme régulière et d'oblitérer complètement le canal.
Au-delà de ce dernier point qui correspondîiit au niveau de la courbure del^aorte,le canal paraissait dans un état normal et s'ouvrait à la manière ordinaire, dans la veine sous-clavièrc.
L'altéralion, observée dans ce cas, paraissait être dénature scrophuleuse. Les valvules étaient creuses et renfermaient entre leurs lames une substance qui avait cet aspect grumelé que l'on rencontre habituellement dans les abcès scrophuleux.
11 existait aussi, dans d'autres parties du corps, des altérations qui venaient confirmer cette supposition. Les ganglions absorbans du cou étaient engorgés et plusieurs d'entre eux étaient en partie détruits par la suppuration. Le sujet semblait avoir succombé à une phthisie pulmonaire, car les poumons étaient remplis de tubercules suppuré?.
Puisque en quelque lieu qu'on les observât, les absorbans étaient vides, les liquides qu'ils l'enferment , devaient avoir passé dans les veines, soit au moyen de branches collatérales pénétrant dans le canal au-dessus de l'obstacle, soit par d'autres communications que celles qui existent ordinairement. Mais la dissection du sujet était poussée trop loin pour permettre dans cet état, un examen assez minutieux, et je fus obligé de m'en remettre à une autre occasion, pour délei miner de quelle manière avaient été prévenues les conséquences fâcheuses d'une telle oblitération.
Observation 562*. — Dans les commencemens de 1790, M. Waldworth, maintenant chirurgien à l'île deWight, et qui, à cette époque, suivait la clinique de l'hôpital de Guy et de l'hôpital St-Thomas, me pria de l'aider à faire une préparation du canal thoracique et des gros vaisseaux qui l'accompagnent.
L'injection grossière habituelle ayant été poussée dans le canal au niveau des lombes, pénétra h environ un pouce et s'arrêta aussitôt. Le liquide ayantété alors poussé avec plus de force, pénétra dans un peloton de vaisseaux placé sous le pilier gauche du diaphragme, et en cet endroit, la cire s'épancha par la rupture d'un vaisseau absorbant.
Le mercnre» ayant été potissé dans ce vaisseau ouvert, pénétra dans un conduit lymphatique volumineux, qui montait au milieu de la poitrine, h gauche de l'aorte, croisait la colonne vertébrale derrière ce vaisseau, et se terminait alors au canal Ihoraciquc que le mercure avait rempli, h partir du point malade jusqu'il son ouverture dans la veine.
En poussant plus loin l'examen des parties , Je reconnus que l'injection à la cire avait été arrêtée dans le canal thoracique, par un petit fungus placé à environ un pouce et demi de l'extrémité inférieure du canal. A deux pouces au-dessus de ce premier fungus , s'en trouvait un autre plus volumineux , qui fermait complètement le canal.
Dans l'intervalle de ces deux obstacles, le vaisseau était perméable et exempt de toute altération: mais en quelque point que des vaisseaux absorbans s'ouvrissent dans ce canal, les valvules qui se trouvent à leur terminaison, étaient opaques et épaissies.
L'oblitération ne remontait pas au-delà du niveau de la cinquième vertèbre dorsale; de telle sorte que le canal pouvait encore subvenir à l'exercice de ses fonctions dans une moitié de son étendue.
L'aspect des altérations qui viennent d'être mentionnées, prouvait que, de même que dans le cas précédent, elles étaient de nature scrophuleuse; puisqu'un épaississemcnt consîdéi"able et un état d'ulcération coexistaient avec une inflammation peu intense. Les ganglions mésentériques étalentengorgés,etle péritoine était semé de petits tubercules, que j'ai retrouvés depuis chez des sujets éminemment scrophuleui.
Les conséquences fâcheuses de cette oblitération avaient été prévenues par l'existence des vaisseaux absorbans anaslomotiques, qui avaient suppléé au canal thoracique. Ces vaisseaux , qui étaient situés sur le côté gauche de la colonne vertébrale, pénétrant dans le canal thoracique au-dessusdu point malade, et ayant des communications avec les vaisseaux chylifèreset les autres lymphatiques de la région lombaire , conduisaient le chyle et la lymphe dans le sang. Les fluides étaient donc seulement versés dans des canaux différens , il n'existait point d'obstacle permanent à la circulation lymphatique, et l'oblitération n'entraînait aucune suite grave.
Observation 563* — John Haminelt , ouvrier, âgé de 22 ans, fut reçu à l'hôpital Saint-Thomas , en janvier 1795. Il raconta que. cinq mois auparavant, il avait éprouvé dans le testicule droit une douleur qui fut suivie presque aussitôt de gonflement. Ce gonflement avait continué à s'accroître jusqu'à l'époque de son entrée à l'hôpital. Il y avait sept semaines qu'il avait remarqué, dans l'abdomen , une tumeur située à la hauteur du nombril.
Le testicule était d'un volume considérable mais conservait sa forme naturelle ; il était aplati sur les côtés et arrondi à sa partie an-
térlctircî sa consistance était molle, mais pas assez cepend.'int pour donner lieu à une sensation de fluctuation; le cordon spermatique était un peu engorgé.
La tumeur dn l'abdomen, bien que peu volumineuse au premier aspect, avait au moins quatre pouces de ciiamèlie et causait de trèsvives douleurs, bien que dans le début elle eût été indolente.
La santé générale, toutefois, n'avait point éprouvé d'altération: cet homme semblait être propre à toute espèce de travail , et son faciès n'offrait aucun caractère maladif.
Le 27 janvier, le malade était à l'hôpital depuis une quinzaine de jours; il accusait dans l'abdomen une vive douleur, suivant le trajet d'une ligne étendue du testicule à la tumeur; il avait perdu la belle coloration et l'air de santé qu'il avait au moment de son entrée ,et il était devenu tout-à-coup d'une telle débilité, qu'il ne pouvait se lever de son lit qu'avec beaucoup de peine. Le pouls était rapide et faible; la soif était continuelle; beaucoup d'agitation; inappétence; constipation.
A ces symptômes, s'ajoutait une sensation pénible de distension à la partie supérieure de l'abdomen. Toutes les fois qu'il prenait une petite quantité d'alimens, cette sensation pénible se prolongeait pendant plusieurs heures.
Le 30 , la douleur du testicule ne lui laissait pas un instant de sommeil; et, depuis plusieurs jours, il n'avait de selles que par l'action des purgatifs.
Le Zi février, le malade avait des vomissemens fréqueiis; la tumeur et le testicule cessaient par instans de le faire souffrir; mais, dans d'autres momensilsétaicnt le siège d'une douleur aigué: la douleur se propageait de la tumeur au testicule, le long du cordon spermatique , et do là, au côté interne de la cuisse.
Le 18, la douleur, dans les parties malades, était extrêmement aiguë * mais elle devenait beaucoup moins intense quand le malade était dans le bain chaud, que quand il était exposé au froid.
Le 21, la douleur augmente ; vomissemens fréquens; constipation.
Le 22, retour de la diarrhée qui, coïncide avec la cessation des vomissemens et la diminution de la douleur; toutefois la peau est encore très-chaude et sans moiteur.
Le 28, le malade se trouve mieux; la tumeur reste stationnaire; mais les selles sont fréquentes , noires et d'un aspect non naturel.
Le 2 mars, aggravation de tous les symptômes défavorables : îa diarrhée continue; les vomissemens sont fréquens; le lait est le seul aliment qui puisse être gardé.
Le 12, point de sommeil; le malade n'a pris que très peu de nourriture; il est extrêmement émacié.
Le i!i : le malade est mort le matin.
Autopsie.— Une incision faite sur le testicule donna issue à une niasse pulpeuse, composée
d'un mélange de lymphe coagulable et de se- je pense qu'il était aussi , lui , atteint dé la
rosilé sanguinolente. même affection.
Les lymphatiques du cordon présentaient un Quoique l'oblittîratioa du conduit eût lieu
engorgement considérable; leurs tuniques dans une étendue plus considérable que dans
étaient épaissies ; et à des distances inégales , les cas précédens, puisque le conduit é;ait
cesvaisseaux offraient de petites tunie.rs dues oblitéré dans les deux tiers de sa longueur,
h un état d'altération et de gonflement de leurs cependant, ni les chylifères, ni aucun des ab-
valviiles. Ces vaisseaux étaient entièrement sorbans , n'étaieiit distendus par du liquide,
oblitérés, et renfermaient une matièresembla- et aucune particularité ne pouvait faire soup-
bJe à celle qui existait dans le testicule ; cette çonner que l'absorption ne se fût pas exercée,
substance adhérait solidement à leurs parois. Afin de reconnaître quel avait été le trajet
Les petits ganglions qui , à la région lombai- du chyle, j'introduisis un tube à mercure dans
re, reçoivent les lymphatiques du testicule et un vaisseau absorbant volumineux de la ré-
du cordon , formaient, par leur engorgement gion lombaire. Le mercure arrivé au réservoir
et leur fusion en ujie seule masse , une tumeur de Pecquet , s'arrêta ; mais quand on eut aug-
qui était située sur les vertèbres lombaires , et mente la hauteur de la colonne de mercure ,
qui pesait neuf livres et demie. le métal pénétra à travers plusieurs vaisseaux
Comme ces ganglions étaient immédiate- situés derrière l'aorte, dans un tronc volumi-
ment appliqués contre la colonne vertébrale, neux qui traversait toute la hauteur de la poi-
derrière le duodénum et le pancréas, ils trine, sur le coté gauche de la colonne verté-
avaient, par leur accroissement progressif de brale. L'injection arrivée à travers ce vaisseau,
volume, refoulé ces organes à la partie anté- jusqu'à la hauteur de la première vertèbre
rieure de l'abdomen, où ils se trouvaient com- dorsale, avait pénétré dans la portion du ca-
primés entre la tumeur , d'un côté , et les pa- nal thoracique située au-dessus du point où
rois abdominales de l'autre. ce vaisseau était malade , c'est-à-dire dans le
A l'ouverture de la tumeur , on retrouva la lieu à partir duquel il n'existait plus aucune
même altération que dans le testicule; il n'y interruption au passage du liquide dans la veine
avait aucun doute que les deux affections ne jugulaire,
fussent de même nature. Du pourtour de ce tronc, naissaient plu-
L'aspect du canal thoracique avait subi des sieurs vaisseaux qui, après avoir passé derrière
changemens considérables : ses tuniques l'aorte, se rendaient dans la partie saine du
étaient épaissies et opaques, et il était plus ar- canal thoracique, près de la tumeur,
rondi que dans l'état normal, ressemblant Dans ce cas, ainsi que dans le précédent,
plutôt à un nei f qu'au tronc principal du sys- les suites fâcheuses de l'oblitération avaient
tème absorbant. été prévenues par l'existence des vaisseaux
Le réservoir de Pecpiet renfermait une sub- anastomotiques situés sur le côté gauche de la
stance identique à celle qui était contenue colonne vertébrale, et qui faisaient offlce -de
dans la tumeur, dans les absorbans du cordon canal thoracique.
et dans le corps du testicule. Cette substance On trouve des voies collatérales semblables
adhérait étroitement à la tunique interne du chez des sujets qui n'ont aucune altération du
vaisseau , qui était épaissie , opaque et inégale canal thoracique. Si ou lie le canal à une petite
à sa surface. distance du réservoir de Pecquet, et si l'on
L'aspect particulier du canal thoracique te- pousse une injection mercurielle dans les abnait à l'accumulation, dans sa cavité, d'une sorbans de la région lombaire , souvent le lisubstance semblable à celle qui se trouvait quide pourra pénétrer dans les branches coldans les autres paities malades. Cette sub- latérales, à gauche, et dans le tronc formé stance rendait le canal thoracique imperméa- par ces vaisseaux et par ceux qui reviennent blc. Au niveau de la courbure de l'aorte, le des espaces intercostaux. Par celte voicl'incanal thoracique disparaissait dans une tu- jection mercurielle pourra pénétrer dans le meur du volume d'une noix moyenne, ne dif- canal au-dessus de la ligature, férant de la tumeur de l'abdomen que sous le C'est seulement dans le cas d'oblitération du rapport du volume. Au-dessus de celte tumeur, canal thoracique, que ces vaisseaux supplé- Iccanal était dans son état normal et se ter- mentaires acquièrent un volume considérable; minait, comme d'habitude, dans les veines. car les fonctions de ce conduit étant alors rem-
L'affection du testicule était, à mon avis, plies par ces vaisseaux, ceux-ci acquièrent alors
purement cancéreuse. La vive douleur dont une capacité assez considérable pour trans-
<.'I!e était accompagnée, et la propagation ra- mettre une quimtité de fluide égale à celle qui
pide de la maladie par l'absorption, sont, à mes traversait le canal dans l'état sam (1).
yeux, des preuves de cette assertion. Et, comme Ces vaisseaux collatéraux jouissent donc ici,
d'un autre côté, le canal thoracique présen- comme dans les artères et les veines, de la fa-
tait un aspect semblable à celui du testicule, culte de s'approprier à des conditions diverses.
(i) Je dois faire remarquer r|ue M. Cliue, en parlant dans ses leçons, d'un cas d'oblitération du «anal thoracique, décrit [>ar le docteur Gbeston, avait coutume de faire ressortir la possibilité que cet vaisseaux supple'assent au canal thoracique.
TCMECaS.
De même qn'one artère pent s'oblitérer, la circulation continuant par les branches collatérales, et que plusieurs veines ppiivont Cire d(;truites, le sang continuant son cours vers le cœur, de même des vaisseaux lymphatiques peuvent être oblitérés dans une étendue considérable, sans que l'absorption soit interrompue.
Les vaisseaux absorbans sont aussi susceptibles de dilatation et de contraction, suivant la quantité de liquide qu'ils doivent charier. Ce fait est suffisamment démontré par l'état de dilatation queprésentaientles vaisseaux absorbans au côté gauche de la colonne vertébrale, dans les cas qu'on vient de lire.
Le canal thoracique ayant peu de capacité, si on le compare au calibre des branches nombreuses qui versent leur contenu dans sa cavité , en prenant ces branches d'une manière collective, il en résulte que le liquide qu'il renferme, doit nécessairement s'écouler d'une manière continue, et que toute interruption sérieuse dans l'accomplissement de sa fonction doit promptement faire cesser la vie. C'est sans doute à cause de cette circonstance qu'existent dans la poitrine ces branches collatérales qui ont empêché la mort dans les cas précédents.
A la partie inférieure du cou , le canal thoracique est en outre ordinairement divisé, à peu de distance de sa terminaison, en deux ou trois troncs qui se réunissent plus loin en un seul. On a généralement supposé que cette disposition avait pour objet de faciliter l'insertion des branches qui viennent du cou et des membres supérieurs ; maison peut y voir avec vraisemblance une prévision pour les cas de maladie, si l'on en juge d'après ce que j'ai observé chez un chien dont j'avais lié le canal thoracique. Comme je n'avais compris dans la ligature qu'une seule de ces divisions, les deux antres portèrent le chyle dans le système vasculaire sanguin , et l'animal guérit.
Ces branches supplémentaires sont nécessaires au cou où les glandes sont souvent en gorgées, et où le canal thoracique est exposé à d(î fréquentes compressions.
Bien qu'il résultât des considérations précédentes, que le canal thoracique peut, selon toute apparence, être oblitéré, en grande partie, sans qu'il se manifeste des symptômes alarmans, je désirais encore savoir si l'oblitération de ce canal ne serait point suivie de la luort, dans le cas où l'obstacle siégerait près de l'endroit où le canal vient se décharger dans le système veineux.
Pour me fixer sur ce point, et pour étudier les autres effets qui pourraient résulter de l'expérience, je pris la résolution d'essayer de lier, sur un chien, le canal thoracique tout près de son point de jonction avec la veine. Connaissant toutes les difflcultés d'une telle expérience, et sachant qu'elle avait été tentée sans succès par d'autres physiologistes, je commençai par étudier avec soin le trajet de ce canal chez le même animal privé de la vie.
Chez le chien, le canal thoracique pénèlre dans la partie postérieure de la veine jugulaire gauche, au niveau de l'union de cette veine, avec la sous-clavière du même côté. Immédiatement avant sa terminaison, il se divise en tiois troncs , qui se réunissent en un seul au contact de la veine.
L'expérience fut faite de la manière suivante: Une incision de la peau mit à nu la veine jugulaire, qui fut suivie jusqu'auprès de la première côte où elle se réunit avec la veine sous-clavière. Le canal thoracique fut ouvert par une incision pratiquée au-dessous de la veine jugulaire, et laissa écouler une certaine quantité de chyle. Une aiguille armée d'une ligature fut passée au-dessous de cet orifice, et le canal fut lié. Il est indispensable de comprendre dansla ligature quelquesunes des parties environnantes avec le bout du vaisseau, car, sans cette précaution, on ne saisirait pas les trois divisions du canal. Les diflicullés de l'expérience proviennent de la profondeur à laquelle le vaisseau est situé, de la présence, dans son voisinage, d'artères et de nerfs volumineux du cou, et de ses rapports intimes avec la plèvre, dont la lésion, si elle n'étaitguériepar première intention, détermineraitune inflammation générale de ce côté de la cavité thoracique.
J'ai fait aussi l'expérience en plaçant deux ligatures sur la veine jugulaire , et en divisant la veine entre elles deux La portion inférieure delà veine divisée, ayant été attirée sur la première côte, le canal fut découvert et compris dans une ligature sans beaucoup de difficultés.
Première expérience. — Le 29 juin 1795, je liai l'extrémité du canal thoraci([ue. Ayant i-emarqué qu'il était distendu par le chyle avant que la ligature fût passée, j'y fis une incison avec la lancette, et il en tomba à peu près vingt gouttes de chyle. Quand le canal eut été lié au-dessous de cette ouverture, il se gonfla beaucoup, à cause de l'interruption que les fluides absorbés rencontraient dans leur cours.
Le 30, le chien paraissait animé, et il prit du lait avec avidité : mais peu de temps après l'avoir pris, il devint morne, et peu disposé k changer de place.
Le 1"' juillet , à neuf heures du matin , l'animal ne pouvait se remuer, refusait toute nourriture et paraissait mourant. Il mourut à onze heures , quarante-huit heures après la ligature du canal.
Dissection. — A l'ouverture de l'abdomen, on remarqua les altérations suivantes : Plusieurs des viscèi-es étaient masqués par une effusion de chyle. Le tissu cellulaire, qui recouvre les feuillets du mésentère , était chargé de ce fluide qui cachait complètement aussi la surface antérieure du pancréas. La surface des reins en était couverte, et l'espace situé entre l'aorte et la reine cave en était rempli jusqu'à la partie supérieure du sacrum; il y avait
aussi un peu de chyle extravasé dans la cavité du péritoine. Les vaisseaux lactés étaient tous vides.
Ces circonstances provenaient de la rupture du réservoir dePecquet, qui a beaucoup de capacité chez le chien. Lors de sa rupture , le chyle s'était répandu dans le tissu cellulaire aussi bien qu'à travers le péritoine , et avait donné lieu à ce que nous venons de décrire.
Quand la poitrine lut ouverte, et que les poumons furent soulevés, je vis que le canal thoracique était distendu par le chyle , et qu'il avait au moins le double de sa grosseur ordinaire.
La ligature, qu'on avait placée à l'extrémité du canal thoracique, n'en avait point ulcéré les parois.
Quoique les vaisseaux lactés fussent vides, quelques-uns des vaisseaux absorbans étaient fort distendus, surtout ceux de l'estomac et de la surface concave du foie.
Les vaisseaux absorbans des extrémités postérieures et des organes de la génération étaient distendus, mais moins que ceux de la patte gauche de devant et du côté gauche du cou : un de ces derniers était plus gros qu'une plume de corbeau.
Deuxième expérience. — Le 2 juillet, je divisai le canal thoracique d'un chien , et je le liai ensuite. Son trajet offrait ceci de particulier qu'il passait devant la veine jugulaire au lieu de passer par derrière. Quand le canal thoracique fut ouvert, il sortit environ une drachme de chyle. L'animal refusa de prendre de la nourriture ce jour-là.
Le 3, on ne put le faire manger, il était morne, et paraissait craindre le mouvemeut.
Le û, il prit une grande quantité de lait.
Le 5, il ne voulut pas manger , et il paraissait extrêmement faible.
Le 6, Il mourut dans la nuit.
Examen du corps, — L'aorte et la veine cave étaient entièrementcachéesparlagrande quantité du chyle et de lymphe extravasés. Le réservoir de Pecquet avait crevé, et c'était de là que le liquide s'était échappé.
Le canal thoracique était considérablement distendu par le chyle dont les valvules avait empêché la sortie par rétrogradation.
Troisième expérience. — Le 15 juillet 1795 , je divisai le canal thoracique d'un chien , et au lieu de l'entourer d'une ligature, je fis cicatriser la plaie par première intention.
Le 16. — L'animal paraît gai, et prend de la nourrilure.
Le 17. — 11 est moins gai, et il ne mange pas beaucoup.
Le 18.— Il paraît très-faible et refuse de manger. Il fut saigné ce jour-là; le sang avait son aspect naturel , mais l'écoulement d'une petite quantité de ce liquide parut affaiblir l'animal.
Le 19. — Il fut trouvé mort.
Dlsseetton, — On trouva au-dessous de l'Inci-
sion faite au cou , une poche contenant une quantité considérable de chyle.
La mort de cet animal fut certainement hâtée par la perte du sang , bien qu'on lui en eût peu tiré, parce que la section du canal l'empêcha de réparer cette perte.
Ces expériences , répétées à plusieurs reprises, prouvent que si l'extrémité du canal thoracique est subitement oblitérée, l'absorption n'a plus lieu , et que les suites en sont funestes pour l'animal. J'ai cependant rencontré une exception à cette règle. Un chien, dont le canal thoracique avait été lié comme dans les expériences détaillées ci-dessus, parut morne pendant quelques jours, et moins disposé à manger qu'auparavant; cependant il se rétablit peu à peu. A la dissection ou reconnut qu'un vaisseau naissant du canal thoracique au niveau de la bifurcation de la trachée avait passé dans le tronc absorbant placé au côté droit du cou.
La quantité de chyle extravasé varia dans les expériences, suivant l'état de l'estomac et des intestins; s'ilsconlenaient desalimens, le tissu cellulaire était chargé de chyle , mais il s'en trouvait fort peu si l'animal était à jeun au moment de l'expérience.
Ces expériences font voir combien est grande la puissance contractile des vaisseaux absoi*bans, puisque la contraction de ces vaisseaux a suffi pour causer la rupture de leurs tuniques. Il est vrai que le réceptacle du chyle , qui fut rompu dans ces circonstances, est plus mince et moins capable de résistance que le canal thoracique; cependant il peut supporter la pression d'une colonne de mercure de plus de deux pieds de haut. Il faut donc convenir que la force des vaisseaux absorbans est supérieure à l'effort d'une colonne semblable, surtout si l'on se rappelle que des parties vivantes peuvent résister à une force qui les déchirerait aisément si elles étaient privées delà vie.
Pour produire cet effet il n'est pas nécessaire de lier le canal : si l'on fait prendre du lait à un animal, et qu'une demi-heure après on mette à nu l'extrémité du canal , il suffit de la soumettre à une compression de quelques minutes, pour qu'en examinant ensuite le réservoir du chyle, on le trouvera rupture.
L'époque de la mort varia chez les différens animaux; ceux qui venaient de manger au moment de l'expérience, moururent plus promptement que ceux dont l'estomac était vide alors. Les jeunes chiens vivaient plus longtemps que les vieux, et ceux qui étaient maigres résistaient plus que ceux qui étaient gras, car ces derniers ne peuvent supporter que des lésions très-légères. Aucun ne passa le dixième jour, et il n'y en eut point qui mourût en moins de quarante-huit heures à moins que l'expérience ne fût accompagnée de quelque circonstance défavorable. Je suis porté à croire, cependant, que du très-jeunes chiens survivraient davantage.
Ce qui prouve que la moit est causée par l'interruption de l'absorption et non pas seulement par la blessure, c'est que dans les cas où
je n'ai pu réussir à Uer le canal , les animaux el'ons absorbons , 11 arrive quelquefois qu'il en fe sont rétablis, quoique l'incision fût aiissi passe de là dans les veines; mais, en examigrande que dans les cas où l'expérience avait "■'•nt tic prbs celle circonstance, on voit qu'elle
rosulle d'une exUavasation préalable. Il en est de inùiuo lorsque les vaisseaux absorbans des testicules ï-ont injectés, soit par l'arlére spermaliquc, soit parla veine du même nom.
Les expériences que j'ai rapportées sont un puissant uigument à opposer à l'opinion de» physiologistes qui admettent que ces vaisseaux ont d'autres terminaisons que celles qui existent à la partie inférieure du cou ; car lorsque le canal Ihoracique était lié, les vaisseaux absorbans, au lieu de s'Olre décharges dans les veines, étaient en grande partie rompus, et ceux qui étaient demeurés intacts étaient complètement distendus par le liquide qu'ils coatenaient.
Jusqu'à quel point ces expériences conflr-
réussi.
On a supposé que les vaisseaux absorbans ont, avec lesyslème veineux, d'autres communications que celtes qui exislentù droite ctà gauche à la partieinférieure du cou. Cette opinion n'<'tait pas fondée sur des expériences exactes ; ce n'était qu'une conjecture formée par les physiologistes, qui n'admettaient pas que cet ordre de vaisseaux eût en partage la fonclion de l'absorption. Autrefois, on pensait que les veines absorbaient; on a supposé ensuile que l'absorption se faisait en partie par ces vaisseaux, et en partie par les veines, et, quand on a été forcé d'abandonner cette opinion, on a assuré que les vaisseaux absorbans se terminaient dans les veines, dans différentei parties du corps,
Plusieurs bons anatomistes sont tombés dans naent-elles ou réfutent-elles l'opinion émise
cette erreur, parce qu'ils s'étaient aperçus que, pendant qu'ils injectaient l'estomac et le mésentère de la tortue, le mercure s'échappait des vaisseaux absorbans dans les différentes branches de la veine-porte. J'ai eu plusieurs fois occasion de faire la même remarque; mais je crois que les vaisseaux absorbans naissent
par quelques physiologistes d'une circulation rétrograde dans les vaisseaux absorbans? Si celte opinion était fondée, les fluides, quand ils se sont trouvés interrompus dans leur cours ordinaire, ne seiaient-ils pas retournés dans les cavités d'où ils avaient été repoussés, aulieu d'avoir rompu les vaisseaux qui les reufer-
des veines dans certaines parties du corps , et maieut , et comment rendre compte de la distension de ceux des vaisseaux absorbans qui n'étaient pas rompus?
On a supposé , depuis quelques annés , que la faim résulte moins de l'état de vacuité de l'estomac que d'une sensation de besoin perçue dans toute l'économie animale.Lessymptômes du tabès mesenterica ont fourni les argumens sur lesquels est fondée cette opinion, parce que les malades qui sont en proie à cette alTection mangent plus souvent et plus abondamment qu'à l'ordinaire, et qu'il existe un désir très-impérieux d'alimens, bien que l'estomac soit toujours rempli.
On a pensé que ces symptômes étaient occa-
que les ouvertures par lesquelles entre le mercure sont le commencement et non la terminaison de ces vaisseaux.
Plusieurs preuves viennent à l'appui de cette opinion : on peut remarquer que celle circonstance n'a lieu que dans les animaux chez lesquels les valvules des vaisseaux absorbans permettent un mouvement rétrograde du mercure, et je ne l'ai jamais vue que lorsque les "injections étaient faites en sens inverse du cours de l'absorption.
En outre, les vaisseaux absorbans diminuent toujours en approchant des veines avec lesquelles ils communiquent.
Les branches qui viennent s'aboucher dans siennes par l'altération des glandes mésenté-
les vaisseaux absorbans se dirigent des veines riques qui s'opposent au passage du chyle dans
vers ces derniers. ' le sang.
Je puis citer encore, à l'appui de ce que j'a- On aurait pu s'attendre que les expériences
vance, que mon ami M. Coleman , professeur ci-dessus relatées, ayant aussi apporté une in-
au collég-e vétérinaire, a trouvé plusieurs fois terruption à l'absorption, auraient fourni de
du sang dans le canal Ihoracique de chevaux nouveaux argumens en faveur de cette opi-
qui étaient morts sans qu'aucun vaisseau se nion. Mais l'irritation extrême, déterminée
trouvât rompu ; ce qui montre qu'une absorp- par une plaie étendue et par la destruction su-
tion directe du sang peut s'effectuer dans cer- bile d'une fonclion si importante , a empêché
taines circonstances. qu'on ne pût tirer aucune couclusioQ rigou-
Quand on injecte le mercure dans les gan- reuse sur ce sujet