LUXATION DU POIGNET SUR LE CUBITUS
Le cubitus élaut étranger à l'articulation du poignet, étant enveloppé par un ligament capsulaire propre , et séparé du poignet par un cartilage mobile, se déplace isolément plus souvent que le radius.
Dans cette luxation, le ligament radio-cubit.al est déchiré, et l'extrémité inférieure du cubjtus fait ordinairemeut saillie en arrière, sans qu'il y ait fracture du radius. La tète du cubitus forme une tumeur h la partie postérieure du poignet; on le fait rentrer facilement dans saposilion naturelle; niais, aussitôt que ia pression a cessé, il se déplace de nouveau , son ligament djéchiré ne pouvant plus le retenir.
Les signes de cette luxation sont : l'ia saillie du cubitus qui déborde de beaucoup le niveau de l'os cunéiforme; 2" le changement de position de l'apophyse styioïde, qui n'est plus en" ligne avec le cinquième os métacarpien.
La réduction s'obtient en poussant le xîubitu» enavant. Mais, pour te maintenir dans la situation normale, il faut placer des attelles le long de l'avaul-bras, à la face dorsale et à la face palmaire, et appliquer une pièce de cujr sur l'extrémité du cubitus, afin de la retenir dans ses rapports avec le radius. On doit appliquer une bande roulée autour des attelles , afin de leur donner la fi::ité convenable.
LUXATIONS DES os BU CARPE
ET DU METACARPE.
La luxation des os du carpe est très-rare ; en voici un exemple :
Observation 12^', recueillie par F. B.Elkinkton. -Mary Nichols, âgée dr 60 ans,fit une chute dans laquelle Je dos delam.Jn porta contre le sol, et se fractura le radius obliquement de haut en bas et de dehors en dedans. La fracture divisait la surface articulaire nférieure du radius. Le fragment inférieur, n uni à l'os scaphoïde, fut porté en arrière sur 1( carpe. Le poignet était légèrement fléchi, et i) y avait à la partie postérieure du carpe une sa )lie manifeste; les doigts pouvaient être complé ment étendus, mais ils ne pouvaient être portés que dans une demiflexion. Une crépitation distincte était perçue toutes les fois qu'où port;iit la main, ou l'apophyse styloïde du i adius en arrière ou en avant. La fracture f 1 1 facile à réduire, au moyen d'une légère extension et d'une pression soutenue sur le> larties déplacées. 11 y avait une ecchymose ce isidérable et une douleur vive ; on appliqua six sangsues , on fit des lotions évaporantes, et "on plaça deux longues attelles; puis, aussitôt i ae le gonflement fut un peu diminué, des banleletlcs d'emplfttre fondant. Au bout de six semaines, la fracture était consolidée, mais la mobilité du poignet était encore très-imparfaite , et la malade ne pouvait se servir de sa main pour saisir les objets.
Quelquefois des kystes synoviaux [ganglia) peuvent être confondus avec cette luxation ; mais dans ce cas, un coup violent donné avec le dos d'un livre, fait disparaître la tumeur et dissipe tous les doutes.
RELACHEMEIVr DE ï/ARTICULATIO» CAR-
piEivsE. — L'os îi tête et les os cunéiformessont quelquefois déplacés,par suite du relûchement de leurs ligamans ; ils forment alors des sail-
lies à la partie postérieure du poignet, pendant la flexion de celui-ci. Cet état entraîne un tel affaiblissement de la main , qu'elle ne peut remplir ses fonctions qu'autant que le poignet est soutenu.
Observation 121'. — J'ai été consulté par une jeune dame qui présentait cette saillie du grand os, et qui, par là, était obligée de renoncer à la musique et à ses autres occupations; elle ne pouvait se servir de sa main , qu'en ayant recours k deux courtes attelles, adaptées au poignet et maintenues contre la partie antérieure et à la partie postérieure de la main et de l'avant-bras.
Une autre dame, qui était atteinte de la même maladie , portait , pour suppléer au défaut de force de son poignet, un fort bracelet de chaîne d'acier, étroitement serré autour du poignet.
Le moyen le plus généralement employé dans ces cas, consiste dans l'application de bandelettes agglutina tives et d'une bande autour du poignet. On emploie aussi les affusions d'eau froide sur la main, en les faisant tomber d'une grande hauteur, et après ces affusions, on pratique des frictions avec une servieltc rude, dans le but d'activer la circulation et de donner de la force aux ligamens.
Luxation compliquée des os du carpe. —
Cet accident n'est pas rare: il est ordinairement causé par un fusil qui crève dans la main, et dont les fragmens se frayent une route à travcis le carpe et entre les os métacarpiens. Dans les cas de ce genre, on peut enlever un des os du carpe, conserver la main sans qu'elle perde beaucoup de sa mobilité, et sans compromettie la vie du malade.
Observation 122* , recueillie par M. Charles Fagg. — Richard Mitchell, ùgé de 22 ans, entra â l'hôpital de Guy, dans le service deM. Forster, le 17 octobre 1822, pour une lésion grave du poignet , causée par l'instrument qu'on appelle un diable à cardeur de laine. La plaie comprenait les deux tiers de la cii'conférence du poignet; elle était accompagnée d'une forte contusion ; l'os scaphoïde faisait saillie en arrière , et n'était retenu contre l'articulation que par sa partie latérale ; en conséquence , les articulations que cet os concourt à former , étaient béantes: les tendons extenseurs du pouce, du doigt médius et de l'indicateur étaient rompus; l'artère radiale, quoique divisée, ne donna pas une hémorrhagie considérable. On enleYa l'os scaphoïde avec l'instrument tranchant; les bords de la plaie furent rapprochés par des points de suture; de la charpie imbibée de sang fut appliquée sur elle, et maintenue avec des bandelettes agglutinatives ; l'avantbras et la main furent placés sur une attelle destinée à empêcher tout mouvement du poignet; on fit une saignée de douze onces : enfin on prescrivit les lotions évaporantes. Au bout de deux ou trois jours, la douleur étant très- Tive, cet appareil fut levé ; on trouva une inflammation assez intense et même une escarrhe
sur un des points de la plaie; les sutures furent enlevées, et on appliqua un cataplasme, deux ou trois jours après, il se forma le long des gaines des tendons, des abcès qui furent ouverts. L'escarrhe se sépara promptement, et l'inflammation diminua à mesure que la suppuration s'établit. Au bout de deux ou trois semaines, la cicatrisation était assez avancée pour permettre l'application d'emplâtres agglutinatifs , et sous l'influence de ces moyens, elle se compléta graduellement. Le malade n'éprouva qu'une fièvre traumalique modérée ; toutefois sa guérison fut retardée par une affection pulmonaire, qui fit craindre une phlhisie commençante, et qui fut dissipée par les sangsues et les diaphorétiques. Lorsque la plaie marchait vers la cicatrisation, on eut re cours aux mouvemens passifs , renouvelés régulièrement. Plus tard , on fit des frictions avec le Uniment savonneux. Toutefois la mobilité des doigts n'était pas complète , lorsque le malade quitta l'hôpital, ce qui ne l'a pas empêché de reprendre ses travaux.
Quand un ou deux os du carpe seulement sont luxés par les éclats d'une arme à feu, on peut les enlever et suivre le traitement indiqué ; mais quand le désordre est plus considérable , l'amputation devient nécessaire.