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LUXATION DES OS DU METACARPE

Ces os sont articulés si solidement avec ceux du carpe, que je ne les ai jamais vus luxés que par les éclats d'un fusil qui avait crevé dans la main , ou par la roue d'une voiture pesante qui avait passé sur cette partie.Ordinairement, le désordre est tel que l'amputation est indispensable. Cependant, lorsque l'accident reconnaît la première des deux causes , on peut quelquefois se contenter d'enlever un ou deux de ces os; et, si on juge nécessaire d'amputer le doigt médius et l'annulaire, on peut ensuite rapprocher l'indicateur de l'auriculaire de manière à ce qu'il n'en résulte que peu de difformité.

Oôseruafton 123*. — Je fus appelé auprès de M. Waddle; son fusil ayant crevé dans sa main , un éclat du canon avait traversé celleci. Les os métacarpiens des doigts médius et annulaire étaient fracturés comminutivement ; mais la peau n'était que déchirée et sans perte de substance. J'amputai les deux doigts

avec les os métacarpiens correspondans ; je rapprochai les tégumens à l'aide d'une suture , en ayant soin déporter l'indicateur et le petit doigt l'un vers l'autre au moyen d'une bande. La réunion se fit exactement, et la main, quoique mutilée , resta encore extrêmement utile.

Observation 124*. — On apporta à l'hôpital de Guy un enfant de douze ans, chez qui le même accident avait mis en pièces le pouce et tous les doigts excepté l'indicateur; toute la main était comme broyée, et les os métacarpiens étaient séparés du carpe. Je m'aperçus que le tendon du doigt indicateur était intact, et qu'on pouvait conserver assez de peau pour recouvrir l'os métacarpien correspondant. En conséquence, j'emportai l'os trapèze (le pouce avait été complètement séparé par l'instrument vulnérant ) et les os métacarpiens de tous les autres doigts. Dans la suite, ce doigt unique fut très utile au malade qui s'en servait comme d'un crochet.

ET

DES ORTEILSc

La luxation 4es plj3J3pges est rare à cause de la solidjlé (l<i leurs coiiuexions; eile est plus fiéquente ejitrc la première et la seconde phalanges, qu'entre la seconde et la troisième. On peut la reconnaître facilement au relief que forme en arrière la première phalange , tandis que la lêle de la seconde se reconnaît, q'ioi(|ue d'une manière moins distincte, sous la gaine des tentions.

La réilucLion s'obtient au moyen d'une extension dirigée un peu en avant, afin de mettre les muscles flècliisseurs dans le relùcliemcnt. Si la luxation n'existe pasdèjà depnisplusieurs heures, la réduction en est facile; mais si, au contraire, elle a élè négligée d'abord, on ne peut réussir que par une extension prolongée et soulcnue avec vigupur. J'ai vu trop d'i.ccidens résulter de la lésion des tendons et des ligaméus qui avoisincnl ces articulations, pour recommander jamais, comme on l'a fait, de les diYisri-, dans le but de faciliter la réduction dans les cas rebelles.

Tout ce qui précède s'applique également aux oiteils, dont les luxations toutefois sont plus difliciks à réduire, a cause de la brièveté de ces appendices, et de la moindre llexibilité de leurs articulations.

LUXATIOiN PAR SUITE DE h\ RÉTRACTI0\ DU

TENDOiM FLÉciiissEUR. — Un doigt OU un orteil peut èlre entraîné peu h peu hors de sa position normale par la rétraction du tendon fléchisseur et de sa gaine.

Par suite de celte déviation, la première et la seconde phalange des orteils font saillie, en haut, contre le soulier, de manière à empêcher le malade de se ]i\rer à la marche.

J'ai observé fréquemment cette rétraction d'un orteil chez de jeunes femmes, et je l'aitribue à l'étroitesse de leur chaussure. L'amputation d'un orleil, en pareille circonstance, semble? au premier abord, une ressouixe bien cruelle; cependant, quelquefois on est forcé d'y recourir, car cette maladie «'opposant à la marche, impose à celui qui en est atteint une foule de privations. La première fois que je vis un cas de ce genre, je refusai de pratiquer cette opération, dans la crainte du tétanos; mais la dame, qui me consultait, s'adressa à im autre chirurgien; l'amputation fut faite, et la malade s'en trouva bien. Ce succès m'encouragea à adopter la môme pratique chez une dame qui , par suite de la même k^sion, ne pouvait plus prendre l'exercice nécessaire à la conservation de sa santé. Le résultat fut tout aussi heureux.

Les doigts se rétractent quelquefois de la même manière par suite de l'inflammation chronique de leurs gaines et de l'aponévrose palmaire , à la suite de travaux excessifs de la main , soit avec le marteau , soit avec la rame ou la charrue, etc. Quand les gaines sont rétractées , il n'y a rien à faire pour le soulagement du malade; mais quand la rétraction est due ii l'aponévrose et que la bandelette contractée est étioilc , ou peut avec avantage

©n faire la division avec un bistouri étroit , à travers une plaie très-peu éfendue des tégunaens, et placer le doigt sur une attelle pour le maiptenir dan? l'extension.

Mon neveu, M. Bransby Cooper, a pratiqué avec SUCCÈS celle opération sur le pied, cl^ez un fermier, qui par suite d'une rétraction senilJlable , ne pouvait plus se livrer à ses occupations ordinaires.

Luxations du pouce. — Ces luxations sont difliciles h réduire, à cause des muscles fgrts et nombreux qui s'insèrent ù celte partie; il est donc nécessaire d'en opérer la réduction dans le plus court délai possible après l'accidjçftt.

JfUxatiQii de l'os piétararpien du pouce sur l'os trapèze. -^ Daps les cas que j'ai observés, l'og métacarpien avait été porté en dedans, entre Je Irapèze et la tête du deuxième mélacurpien; il formait une saillie vers la paume de la main; le pouce était lenversé en airière et ne pouvait être porté vers le petit doigt ; il y avait aussi beaucoup de douleur et dégonflement.

Pour faciliter la réduction, il faut incliner le pouce vers la paume de la main pendant les efforls d'extension, aOn de diminuer la résistance des muscles fléchisseurs qui sont plus pnissans que les extenseurs. L'extension doit être soutenue pendant long- temps et avec fermeté . car aucu4i effort brusque ne pourrait opérer la réduction. Si l'os ne peut êtie réduit par la simple extension, il vaut mieux abandomier la maladie aux chances d'amélior,atiou que peut offrir le temps, que de diviser les muscles et de s'exposer à léser les nerfs et les vaisseaux sanguins.

Celte luxation est quelquefois produite par un fusil qui éclate; la luxation est alors compliquée. On peut ordinairement replacer l'os avec facilité. Les tégnmens étant rapprochés et maintenus par une suture, on applique des cataplasmes; et, si la contusion n'a pas été très considérable, on peut obtenir une guérison parfaite. Quelquefois cependant, l'os métacarpien est tejiemont séparé du trapèze , et les muscles sont si violemment déchirés , qu'il faut amputer le pouce. En pai'cil cas , je pense qu'il convient de réséquer Ja surface articulaire du trapèze.

Un cas de cette nature me fut présenté par le domestique de M. Grever. Après l'amputation du pouce, la surface articulaire du trapèze fais.-it une saillie si considérable qu'elle ne pouvait être recouverte par la peau. La résection en fut faite , et le malade guérit.

LUXA.TIONS. 123

Tous les muscles ((ni unissent le pouce à la main étaient complètement déchirés. Voyant le pouce renversé sur le carpe, séparé de son articulation avec le trapèze, je me disposais k l'enlever avec le bistouri , lorsque j'aperçus les tendons du long fléchisseur et du long extenseur du pouce intacts dans leur gaine. Je replaçai donc ces parties aussi exactement que possible, au moyen de trois points de suture, deux du côlé de la face palmaire , un du côté de la face dorsale de la main. L'hémoirhagie qui était abondante d'aboi d, cessa par une légère pression. Les parties furent mollement tenues rapprochées par îles agglulinatifs, en ayant soin de laisser assez d'espace pour que les mouvemens d'extension fussent libres après la cicatrisation. ( Lotions évaporantes sur la main et l'avant - bras ; poM\ le soir , une pilule de trois grains de calomel et un grain d'opium ; pour le matin , une mixture caiharti' que. )

Le a février, le pouls étant dur et à Î20, je fis une saignée de huit onces. ( Potion effervescente: continuer les moyens antipklogistiques.) Le 7, on leva l'appareil; la réunion s'était opérée dans une étendue considérable. Il ne sur\int aucun symptôme tétanique, et la fièvre allait en diminuant.

Le surlendemain, on renouvela le pansement ; la plaie avait un aspect favorable; la suppuration n'était pas considérable. Je continuai à employer dans le pansement de& agglutinatifs et une petite quantité de charpie, et de soutenir le tout avec une bande large d'un ponce, au moyen de laquelle j'exerçai une pression égale et sufTisanle pour favoriser l'inosoulation des bourgeons charnus, et pour produire une plaie aussi peu inégale que possible.

Depuis ce moment, le pansement eut lieu tous les deux jours. Le 16, je commençai à imprimer quelques mouvemens , d'abord fa fléchissant simplement la première phalange du pouce, dans l'intention de rompre les adhérences qui auiaient pu s'être formées entre les tendons et leurs gaines. Le 23, j'imprimai quelques mouvemens à la seconde phalange. Vers la fin du mois, la plaie était cicatrisée. Pendant le mois de mars, je donnai peu à peu plus d'étendue aux mouvemens. Le 1" avril, le petit malade est parti pour l'ile de Wight. Je lui recommandai de faire mouvoir son ponce chaque jour; et maintenant, il s en sert, aussi bien qu'avant son accident, pour écrire et pour toutes ses autres occupations.»

Observation 125% communiquée par M. George Cooper. —«Arthur Trimmei", âgé de 15 ans, fut blessé }e 2 février 1819, par l'explosion d'une boîte à poudre en cuivre , qui renfermait environ une demi-livre dépendre, et qui creva dans sa main. Cette explosion produisit une dilaçération considérable de la paume de la main et une luxation compliquée du pouce.

Luxation de la première phalange du pouce. --Quand la luxation est simiile, la première phalange est portée en arrière sur l'os métacarpien où elle fait saillie, et l'extrémité inférieure de ce dernier forme une tumeur considérable en dedans . vers la paume de la main. Les mouvemens de celte articulation sont impossibles, mais les mouvemens du pouce dans son articulation Irapézo-mélacarpiennc sont conservés, en sorte que bien qu'ayant perdu les

mouTemensde flexiou et d'extension de la pre- Dans les luxations compliquées de la première phalange sur l'os métacarpien , il con- miére phalange du pouce , si la réduction serve sa faculté d'opposition. présente beaucoup de difficultés, et si la plaie

Pour réduire, il faut pratiquer l'extension est large, il vaut mieux réséquer l'extrémité

en fléchissant le pouce, autant que possible, de l'os , que de contondre les parties par une

vers la paume de la main, afin de mettre dans extension long-temps continuée. 11 faut tenter

le relâchement les muscles fléchisseurs. Voici la guérison par première intention ; et, si les

quel doit être le mode d'application de la mouvemens passifs sont commencés de bonne

force extensive;il peut s'appliquer également heure, il se formera une articulation, et le

dans tous les cas de luxations des orteils , du pouce restera très-utile, pouce et des doigts :

La main doit être plongée pendant long- Observation 126'. — Un homme vint me contemps dans de l'eau chaude, afin de produire sulter pour une luxation compliquée de la prèle relâchement des parties. Ensuite, une lanière mière phalange du pouce qui avait été renverde cuir mince, mouillée , est appliquée aussi sée sur le dos de l'os métacarpien corresponexactement que possible autour delà premièi'e dant par un éclat de fusil. Les muscles fléphalange. Un ruban étroit de fil, long de deux chisseurs et l'abducteur étaient dilacérés pieds environ , est appliqué par-dessus le cuir au-dessous du trapèze ; les extenseurs étaient au moyen du nœud des matelots [clove liitcJi], intacts. Ayant eu recours à l'extension, d'après Un aide place son doigt médius et son indica- le procédé que je viens de décrire , j'opérai fateur entre le pouce et l'indicateur du malade, cilement la réduction. Je tins les bords de la et fait la contre extension, tandis que le chi- plaie rapprochés par une suture, et prescrivis rurgien, avec d'autres aides, fait l'extension un cataplasme à cause de la contusion. La sur la première phalange, qu'il a soin de diri- guérison fut complète, ger un peu en dedans vers la paume de la main.

L'extension doit être soutenue pendant très- Ldxatioîï de l\ seconde PH/VLAWGE du

long-temps, et, si les efforts du chirurgien ne pokce. —Si la luxation est simple, le chirur-

sonl pas suivis du succès, il faut recourir au gien doit appliquer ses doigts sur la partie

procédé suivant. La bande de cuir et le nœud postérieure de la première phalange, et le

étant appliqués comme il vient d'être dit , on pouce sur la partie antérieure de la phalange

place un fort ruban de laine entre l'os meta- luxée, puis fléchir celle-ci sur la première

carpien du pouce luxé et le doigt indicateur; autant que possible.

alors, l'avant-bras est fléchi autour d'un mon- Dans la luxation compliquée, il vaut mieux tant de lit auquel le ruban de laine est fixé, réséquer l'extrémité de la seconde phalange, Un moufle est adapté au ruban qui entoure la en évitant de léser le tendon qui est rompu ; première phalange, et l'on reprend l'exten- car lorsque l'os est réséqué, les deux bouts du sion ; ce procédé doit presque infailliblement tendon peuvent facilement être mis en contact, être couronné de succès. Si cependant, malgré On doit donc les égaliser avec Je bistouri , et les efforts les plus énergiques et les mieux di- 1» plaie doit être entourée par de la charpie rigés, la réduction ne s'opère point, il faut imbibée de sang et maintenue par une bande, cesser toute tentative, et se garder de diviser Les mouvemens passifs ne doivent être comtes parties , car, malgré la non-réduction, le mencés que quinze jours ou trois semaines pouce sera très-utile au malade au bout d'un aprcs un repos absolu (1). certain temps.

(i) Luxation compliquée dupouce, suivie d» la morf , par le docteur Cramer. [Rust's Magazin , t. ai, p. 5(\'j. — Une ff'miue de 3i ans , enceinte au Iiuitième mois , fil une chute sur le dos , dans laquelle le pouce de la main gjuche l'ut rudement heurte contre une pierre proéminente; la seconde phalange céda au choc, mais la iiremière, poussée en avant , rompit le ligament capsulaire et toutes les parties molles situées au-devant d'elle à la paume de la main ; il y eut en même temps une rupture du lendou du long fle'chisseur du pouce, lin chirurgien pansa la plaie avec un onguent maturatif; tous les accidens augnientèreul. Le septième jour, quand le docteur Cramer fut appelé, il trouva la tête de la première phalange hors de la plaie, qui c'iait très-Leante, d'un mauvais aspect et sanieuse ; la seconde phalange était déjà gangreneuse; \ l'avanl-Lras, il y avait une lâche rouge, douloureuse à la pression par laquelle on occasionnait un léger écoulement de pus séreux de la plaie ; la femme ne consentit pas à ce qu'on fît une incision pour évacuer le pus; on lui donna uue potion ralVaîchissante , un opiat le soir, et on fit à&s fomentations anodines sur l'endroit malade. 11 y eut un peu de mieux jusqu'au douzième jour ; alors, la rougeur à l'avant-hras étant plus étendue et plus douloureuse, on fit une incision, et l'on évacua une grande quantité de pus très-fétide. La première phalange fut extirpée , la secoude s'était déjà détachée spontanément. Le quinzième )our, syninlôrnes plus sérieux, trismus, rigidité de la nuque. ( 2 gr. de calomel toutes les deux heures , trictions d'onguent mercuriel aux articulations de la mâchoire, dix sangs, à la nuque.) Le seizième jour, sécheresse de toutes les plaies, trismus plut intense. (Pansement irritant et frictions mercurielles comme la veille.) Le travail de l'enfantement commence le soir, le lendemain rupture de la poche des eaux, naissance d'un enfant faihle , mais vivant, qui mourut cependant quelques heures après. Commencement de salivation chez la mère. ( Suppression des moyens mtrcuriels.) Le dix-huitième jour, salivation

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