LUXATIONS DE LA ROTULE
La rotule est susceptible de se luxer dans trois directions : en dehors, en dedans et en haut.
Dans la luxation latérale , elle est le plus ordinairement dejete'e sur le condyle externe du fémur où elle donne lieu fi une saillie considérable: ^cette circonstance, jointe à l'impossibilité de fléchir le genou , est le signe caractéristique de la luxation. La cause la plus ordinaire de cet accident est une chute pendant la marche ou la course , le genou étant tourné en dedans et le pied en dehors ; car dans ce cas, tandis que l'action des muscles s'exerce pour prévenir la chute, la rotule est amenée sur le condyle externe; dans les efforts pour se relever, il y a impossibilité de fléchir la jambe, et les muscles ainsi que les ligamens de la rotule sont dans un état de tension considérable. Cet accident arrive le plus habituellement chez ceux qui présentent une certaine incurvation du genou en dedans. Il est facile de comprendre que sous l'influence de cette courbure, la contraction des muscles extenseurs tend à amener la rotule en dehors.
La luxation en dedans est beaucoup moins fréquente; elle est le résultat d'une chute sur un corps saillant par lequel la rotule est frappée à son côté externe, ou bien d'une chute qui a lieu pendant que le pied est tourné en dedans.
Dans ces deux cas, le ligament capsulaire sera déchiré, à moins qu'il n'y ait quelque maladie antécédente.
Obervation 38'. — M. Harris montant eu voiture, se prit le pied dans le tapis placé au fon d de cette voilure; le genou fut tourné en dedans et la jambe en dehors ; la rotule glissa sur le condyle extei-ne du fémur, mais elle rentra bientôt dans sa position naturelle par l'effort des muscles. Je trouvai la partie interne du ligament capsulaire déchirée , et une grande accumulation de synovie dans l'articulation.
Le meilleur moCe de réduction, dans l'un et
l'autre cas, est le suivant : le malade étant placé dans le décubitus dorsal , un aide élève la jambe en la soutenant par le talon ; par ce moyen on relâche les muscles extenseurs de la cuisse au plus haut degré possible. Alors le chirui'gien déprime celui des bords de la rotule qui est le plus éloigné de l'articulation. Cette pression élève le bord interne de la rotule au-dessus du condyle du fémur, et celle-ci est à l'instant môme i-amenée dans sa situation naturelle par l'action des muscles.
Observation 59°. — Le docteur George Young m'a dit avoir vu chez une femme une luxation delà rotuleen dehors, dans laquelle la réduction offrit de grandes difficultés. Dans une chute qu'elle fit en marchant, la rotule avait été portée sur le condyle externe du fémur, sur lequel elle était restée. Une pression longtemps continuée sur le bord de la rotule demeura sans résultat , et ce ne fut que de la manière suivante qu'on obtint la réduction : le chirurgien ayant placé le talon de la malade sur son épaule , détermina l'extension la plus complète du membre et la fixité du genou. Alors saisissant la l'otule avec les doigts de la main droite, il pi-essa le bord extei'ne de cet os avec la base du pouce gauche , et lui fit reprendre sa position ordinaire.
Après la réduction , on doit faire des lotions évaporantes avec l'eau et l'alcool ; un bandage peut être appliqué pendant deux ou trois jours, et le membre est bientôt rendu à ses usages , bien qu'il soit un peu plus faible qu'auparavant.
M. Welling m'a dit avoir vu un cas dans lequel la rotule était luxée de champ. Le diagnostic était très-facile; car le bord de l'os soulevait les tégumens à une hauteur considérable entre les condyles, à la partie antérieure de l'articulation. Il n'opéra la réduction qu'a-
Tec beaucoup de peine , en poussant les deux iiisme. Dans ce cas , la réduction s'effectue de
bords de l'os dans des directions opposées (1). la manièi'e qui a été indiquée; pour prévenir
Quand la luxation a lieu par relâchement la récidive et pour soutenir le ligament affaibli,
des ligamens (voyez page 3, observ. 3 et û) , On fait porter une genouillère lacée, avec un
la rotule est attirée sur le condyle externe bracelet de cuir bouclé au-dessus et au-dessous
du fémiu" , soit par la cause extérieure la du genou.
plus faible , soit par la seule action des J'ai vu une fois la roLule entraînée sur le
muscles. Le docteur Hutchiuson m'a assuré condyle externe du fémur, par suite de l'i-
avoir vu cet accident très-souvent; et il a vu nertie du muscle vaste interne due à une
de même que dans un très-grand nombre maladie du fémur.
de cas, la prédisposition à cette luxation était Dans la luxation de la rotule en haut , le
due au relâchement causé par l'abus de l'ona- ligament rotuliea est déchiré par l'action du
(i) Beaucoup cl'iiuteurs , et entre autres Boyer, ont nie que le déplacement de la rotule pût s'ope'rer de manière que cet os fût place de champ au-devant de la partie antérieure de rarlîculalioa fcmorotibiale. Un seul exemple, communique par Jean Sue, à l' Académie royale de cliirurgie, en 1762 , sous le nom de reiwersement aux deux tiers de la rotule droite, sans rupture, des ligamens , pouvait être opposé à cette assertion; il faut reconnaître aujourd'hui qu'elle n'est point exacte. Les observations suivantes ne laissent plus de doute sur la possibilité' de l'espèce de luxation dont il vient d'être parlé.
Observation yi . — M"' de Bec-de-Lièvre, âgée de i5 ans, d'une moyenne stature, et ayant peu d'emboupoinf, était arrivée au cinquième jour d'une rougeole bénigne, lorsque, le 20 février 1829, eu se retournant dans son lit , et rapprochait sa jambe droite do la gauche , elle éprouva dans le genou droit une espèce de craquement, suivi bientôt d'une douleur violente qui lui fit pousser des cris aigus. Appelé pour lui donner des soins, M. Martin trouva le membre dans un état d'extension forcée, et le genou déformé par un déplacement de la rotule. Le bord interne de cet os était en contact avec la partie antérieure et moyenne de la poulie articulaire du fémur, et son bord externe faisait saillie eu avant et au-dessous de la peau ; sa face postérieure était dirigée en dehors, et sa face antérieure en dedans ; le côté externe de l'articulation offrait une dépression, clans laquelle trois doigts réunis pouvaient facilement se loger; le côté interne présentait une saillie convexe, formée évidemment par une partie de la lace antérieure de l'os déplacé ; tout le membre était porté dans le sens de l'abduction, et les muscles extenseurs se trouvaient violemment tendus ; le moindre cbangament dam la position du membre excitait de vi*es douleurs, et le toucher n'en produisait que sur le ligaraeut inférieur de la rotule. Quoique là luxatioa existât depuis quatre heures, on n'observait ni engorgement, ni ecchymose dans l'articulation.
Pour réduire cette luxation, M. Martin fît fléchir la cuisse sur le ventre, afin de mettre les muscles extenseurs dans un état de relâchement; puis il saisit fortement la rotule avec les deux mains, et l'attirant à lut dans le sens de sa position vicieuse , il lui imprima ensuite uu mouvement de Lascule, et la fit rentrer dans aa situation naturelle.
En terminant cette observation intéressante, l'auteur fait observer que la malade avait les articulations du genou un peu relâchées, que les rotules étaient d'un petit volume et d'une estiême mobilité, et qu'enfin M"* de Bec-de-Lièvre, quelques mois auparavant, et à la suite de longues courses, avait éprouvé à plusieurs reprises des douleurs dans le genou droit, douleurs que le repos seul suffisait pour faire cesser. Toutes ces circonstances ont dû singulièrement faciliter le déplacement spontané de la rotule. Gazelle médicale de Paris, i83i, p. 266'.
Observation B , publiée par M. TVo'jf. — Luxation de champ de la rotule. — Un hussard , âgé^de 20 ans, Lien constitué, étant à cheval sansélriers, heurta violemment contre son voisin de gauche, et éprouva subitement une douleur si vive dans le genou, qu'il fallut lui aider à descendre de cheval. On trouva la rotule appuyant par son bord interne entre les condyles du fémur; son bord externe taisait saillie sous les tcgumens; sa face antérieure était tournée en dedans et la postérieure regardait en dehors. La rotule était fixée dans celte position vicieuse par la tension du tendon des muscles extenseurs de la jambe. Absence dégonflement ; douleur légère, quand la jambe était étendue, trcs-vive quand on voulait la fléchir, l'ousles efforts furent infructueux pour dégager la rotule et la réduire. Dans la craintq qu'il ne se développât une inflammation dangereuse, on divisa le tendon extcnbour ainsi que le ligament rotulien; mais dans cette opération on blessa le ligament capsulaire sous-jacent et la rotule demeura enclavée comme auparavant. Saignée de 18 onces j l\0 sangsues autour de l' articulation, application de glace. Cependant la fièvre se déclare; douleurs dans la plaie etau niveau du condyle interne du tilàfi ; écoulement de pus et de svaovie; formation d'un abcès au côté internede l'articulation, contenant un pus fétide mêlé îi du sang coagulé. Au Loiit de quatre mois, symptômes de gastro-entérite, qui empêchent de pratiquer l'amputation jafi'jiblissemsnt gracluel ; mort le onzième mois.
ylulojisie. — Traces d'inflammation dans le tube il jgcs! if; capsule de l'articulation malade épaissie, intimement unie au tissu cellubiire environnant; un peu de pus dans l'articulation; au côté interne des condyles, l'os est 5i nu par la destruction du cartilage, maisil n'est poinlcarié. Le cartilage de la rotule est aussi détruit, cet os est un peu moins ^olu!n^ueux que celui du côté opposé; son bord interne avait contracté des adhérences avec les, condyles du fémur. Une caverne située derrière le Tasie interne, le long de la ligne âpio, s'ouvrait par plusieurs trajets fistulcux en avant et en dcdius de l'articulation. La ligne âpre ofltait plusieurs point cariés. /Suf/'j iWflfi'uîm, t. ;',7, part, S, 1828. [^otadestrad.)
LUXATIONS. 31 muscle droit antérieur. La rotule est Immé- mens delà rotule. Tant que l'appareil reste apdiatement attiréeen haut, au devant du f(jmur. pliqué , le malade doit rester assis pour maia- Les phénomènes de cette luxation sont tout- tenir le muscle droit dans le relâchement, à-fait caractéristiques, car, outre l'élevalion et prévenir son action sur la rotule. Avec des de la rotule et sa grande mobilité latérale , on soins très-a lien tifs on obtient une réunion pareentune dépression profonde au-dessus de la faite. J'en ai vu un cas avec le docteur Burtubérosité du tibia, dépression due à la déchi- ro\ves,qui à force de soins i-endit k l'articularure du ligament. Le malade perd à l'instant tion toute sa foi'ce, la rotule ayant été attirée même la faculté de s'appuyer sur ce membre ; graduellement au point de permettre le coule genou fléchit à chaque tentative, et le ma- tact et l'adhésion des deux bouts du ligalade tomberait , s'il persistait à faire porter sur ment (1),
ie genou le poids de son corps. Cet accident Quant aux luxations delà rotule en bas ad- 6'accompagne d'une violente inflammation. mises par quelques chirurgiens , je n'ai ren- Dans le traitement de cette luxation, on doit contré aucune lésion qui méritât une telle déemployer les saignées locales et les lotions éva- nomination , si j'en excepte la rupture du tenporantcs pendant plusieurs jours ; ensuite on don du droit antérieur, que j'ai observée deux applique une bande roulée sur le pied et sur fois , et qui détruisit l'insertion de ce muscle à la jambe, pour en prévenir le gonflement. La la rotule. Les symptômes de cette lésion étaient fambe est maintenue dans l'extension par une une tumeur molle au-dessus de la rotule; attelle placée derrière le genou ; une cein- en appliquant la main sur elle on plonture de cuir est bouclée autour de la partie geait dans l'articulation ; la rotule était libi'e Inférieure de la cuisse. A cette ceinture s'at- entre les condylcs du fémur et la tête du tache de chaque côté une lanière qui côtoie la tibia, mais elle conservait sa position nor- )amhe et passe au-dessous du pied; la rotule maie, et l'on ne pouvait pas dire qu'elle fût est attirée aiusl graduellement en bas, de luxée, puisqu'elle n'était pas déviée de l'armanière à permettre la l'éunion du ligament, ticulation.
Au bout d'un mois, le genou peut être légère- La position assise doit être conservée pen-
ment fléchi, et on imprime chaque jour au- dant tout le temps du traitement, et un coussin
tant de mouvemens que le malade peut en fixé sur le ligament rotulien au moyen d'une
supporter ; on obtient ainsi à la fois la réunion bande roulée appliquée autour de la tète du
dtt ligament et la conservation des mouve* tibia.