‹ Œuvres choisiesChapitre 1 sur 124 · Œuvres choisies · texte numérisé non relu

Œuvres choisies

Lamartine étàil revenu d'Orient depuis quinze mois, U geail .1 la Chambre el j avail prononcé déjà plusieurs discours, il avail presque achevé Jocelyn r\ rêvait à la Chute d'un

. quand parurent (avril 1835) les Souvenirs, imj pensées et paysages en Orient, ou H I \ l'en

croire, le besoin d'argent l'avait seul déterminé à cette publication ; il « a honte — c'est son expression ' — de donner telles quelles (ou presque), décousues et dans un style de journal de route, des notes qu'il n'avait prises que pour lui seul. s;u i^ arrière-pensée littéraire. L'Avertissement rappelle dans quelles conditions cesnotesonl été recueillies : « Q fallait «lu temps, de la liberté d'esprit, de l'attention, du travail : je n'avais rien de tout cela à donner. Mon coeur était brisé, mon esprit était ailleurs, mon attention distraite, mon loisir perdu... » El Lamartine exprime avec force, à plusieurs reprises, le peu de cas qu'il t'ait de son ouvrage : ce n'est « ni un livre ni un voyage », ce ne sont que des « fragments d'impressions . -ans proportion ni composition. Plusieurs années plus tard, il tenait encore pour non avenue cette infidélité laite à la poésie : k Comme j«' ne sais pas écrire en prose, faute de métier et d'habitude, déclare-t-il dans la préface des

i Au poinl de vue biographique, cette Introduction fait suite à celle de imlre volume de Poésie.

a. Lettre du 27 janvier 1 835.

Recueillements, j'écris des vers. Bis à pari ses discours, une brochure politique el deux préfaces (celle des Méditation», 1834, et celle des Recueillements, 1838), le Poyape reste en effel isolé dans la bu i te des œuvres de Lamartine : il ne revienl .1 la prose, d'une façon suivie, qu'après 1848, et, quand il y revient, c'est avec une phrase au rythme balancé ••( quelque peu monotone, que in- faisait guère pressentir le style du Voyage

en Orient. Étroitement lié. .ni point de v les idées, a toutes

les œuvres postérieures1, on peut dire qu'au point de vue de la forme le Voyage demeure unique.

Par une habitude qui lui est familière, Lamartine exagère d'ailleurs quelque peu- la négligence qu'il mit à revoir ses notes. Nous savons maintenant9 que des retouches importantes avaient donné à tout le début plus de couleur «t d'ampleur, et que des modifications plus importantes encore avaient été introduites «sur tous les points où B'exprime une idée religieuse ou politique. Il u'esl pas difficile de reconnaître dans le Voyage un ensemble «le conceptions, une composition (dans la mesure où l'on peut appliquer ce terme à des notes qui suivent tous les caprices d'un itinéraire), une direction, si l'on préfère, et une doctrine, qui ne sont pas d'un improvisateur. Si décousu qu'il puisse paraître, le livre n'est pas l'ait au hasard : de grandes idées, des intentions bien arrêtées, les une- précon les autres nées en cours de roule, ont dominé la pensée de l'écrivain : elles donnent à l'œuvre son caractère original.

Si l'on en juge d'après les déclarations île l'Avertissement, le premier souci de Lamartine semble avoir été d'échapper à l'influence et a l'exemple de Chateaubriand3: «Ce grand écrivain et ce grand poêle, écrit-il non sans quelque malice, n'a fait que passer sur cette terre de prodiges, mais il a imprimé pour toujours la trace du génie Bur cette poudre que tant «le siècle^ ont remuée.... » Lamartine, lui, a séjourné en Orient ; il peut parler, avec un peu d'exagération, mais non sans un fond de réalité', des « études » qu'il y a faites « sur les religions, l'histoire, les mœurs, les traditions, les phases de l'humanité ». Son livre sera donc plus solide, plus vécu, moins fantaisiste que celui de Chateaubriand. Les notes sur les peuplades du Liban (Maronites, Druses, Hétualis, Ansariés) insérées dans la première partie du Voyage, et, dans la seconde

Page 1