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Chateaubriand était né en

3. Ginguené (1748-1816), littérateur dont l'ouvrage le plus importantes! une Histoire littéraire de l'Italie. — Esménard (1769-181 1), poète didactique, auteur d'un poème sur la Navigation. — ■ Chènedollé (1760-1 833), auteur d'un poème sur /'■ Génie de l'Homme el d'un recueil d'Etudes poétiques. — Eontanes (1757-1831), poète et homme d'État, grand-maître de L'Université bous l'Empire. — Parny (lyCrô-iSa'i), le célèbre auteur des Poésies erotiques.

502 I 'il R8 FAMILIER DE LITTÉRATURE

rare fortune quelques vers plus que médiocres de lui pour lesquels il B'enorgueillissait d'avoir obtenu, par les corrw plaisancesde l'amitié, une place au Mercure', le recueil del naissances el des sépultures du temps. Il les emportait dans sa valise comme de-- certificats de gloire H desaugures il iramortalité|

Il débarque ; il voit, avec Le regard du génie qui embra tout d'un coup d'oeil, l'ébauche des Etats-l nia ; il méprise tniii fi passe. Il prétend, mais rien n'es! plus douteux, qu'il a vu Washington, leur seul grand homme, pauvre, accusé, abandonné par ces démocrates rois de l'ingratitude, cl qu'une servante lui a oùverl son parloir -'. Il va delà avec un guide d'aventure visiter une troupe de, sauvages el de sauvagesses, bohémiens du désert, qui dansent au son delà pochette d'un musicien français 3.

On voit qu'il s'amuse à faire à loisir la caricature de deux peuples dans mie scène de cabarei ;. De là il va jusqu'à la cataracte du Niagara5, ce qui est plu- douteux encore, car il ne lente pas même, lui si par (ail descripteur, de décrire ce miracle des eaux. Mais ce qu'il imagine est mieux que ce qu'il décrit : il rêve des amours sauvages et îles mélancolies de solitude. Il revient avec ces ébauches dans l'esprit, p'esl lui-même qui rapporte ses notes à son pays.

i . Le Mercure de France.

a. V. Wcincires d' Outre-tombe, éd. liiré, t. I, p. 35f> et suiv. — Lamnr- Une a tout à lait raison de douter 'le l'authenticité de la visite de Chateaubriand a Washington. M. Bédier (Etude* critiques, p. 17,8-184) a mont g 'appuyant sur des documents précis, que cette rencontre, narrée "par Chateaubriand dans toutes ses circonstances et dan~ ton-, ses détails, était purement imaginaire.

3. Mémoires d'Outre -tombe, t. I, p. 370. C'est l'anecdote bien connue de M. Violet el de ses danseurs Iroquoi.1-.

U. La mémoire de Lamartine parait en défaut : aucune scène ni des Mi' moires d Outre-tombe ni du Voyage en Amérique ne répond a cette allusion.

5. Mémoires d' Outre-tombe, t. I, p. 385 et Suiv. — Sur ce |>oint encore, Lamartine a vu très juste; la visite au Niagara est .m moins luit sujette j caution. Sur cette question et sur tout l'itinéraire d< Chateaubriand en Amérique, v. Bédier, Etudes critiques, p. idi-ig3. La conclusion de M. Bédier est qne « la poétique légende du voyage en Amérique offre un exemple .1, bevé d'auto-suggeqtion ».

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Aussi voyez comme à ses premières lignes tout se bouleverse dans la littérature de la Fiance et de l'empire ! On dirait qu'un nouvel instrument musical fait résonner ses sons dans les concerts de l'esprit ; on croit entendre les soupirs du vent dans les roseaux, les secousses du vent d'orage dans les vastes cimes des forêts, les chutes des cataractes dans les abîmes, les éclats de la foudre entre les rochers, et quelque chose de plus pathétique encore, les battements mlimes du cœur, les frissons de l'âme, le suintement des larmes à travers la peau, et les cris muets de la tristesse humaine cherchant en vain des mots pour dire ses angoisses,. Alors tout se tait dans la vieille langue, nul ne cherche à imiter l'inimitable ; les uns ricanent par envie, les autres pleurent par sympathie, tous s'émerveillent en écoutant. La noie grave est retrouvée dans les langues modernes, et ce jeune inconnu a sonné sans le savoir le sursaut du monde. A oilà l'effet universel et inspiré d'en haut de Chateaubriand.

C'est la Bible des derniers temps ; il n'y a plus qu'une voix dans la nature, un homme grand nous a parlé.

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Il était grand en effet, la grandeur était son nom : grand, parce qu'il s'était soustrait aux efféminations féroces d'une révolution qui ne savait que vociférer et tuer ; grand, parce qu'il cherchait Dieu dans les ruines, comme le prophète soufflant sur le charbon mal éleint pour y rallumer l'étincelle à la lueur de laquelle il devait découvrir et lire le nom de l'incréé ; grand, parce qu'il était triste comme Job après la visite de ses amis'. Il avait découvert qui1 le fond de la vie est la trislesse. que le génie vrai est la mélancolie, fille et sœur de la résignation. 11 était né triste, parce qu'il était né profond, comme les autres naissent gais, parce qu'ils sont légers. La raison des choses est la tristesse, parce que la

i. Job, III.

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souffrance el la tnorl ion! l<- chemin cl le bul final de loul dans ce monde. Cette vérité d'instincl chez lui. <l expéril chez nous, esl la seule démontrée. Quiconque ne comprend pas la tristesse nç comprend pas ce monde il''- larmes. La définition de l'univers, c'csl la douleur d'être n<'. qui contient la douleur de mourir. Ajoutez-) la douleur de vivre -ni ce)

océan d'ig anec el <l incertitude, sur cel infini «lu doute,

qui est le supplice de la v ic.

Il s'était réfugié de bonne heure dans la seule pen triste aussi par -.1 grandeur, inexplicable, à laquelle toul aboutit, mais qui esl elle-même un mystère, pour en expliquer un autre, Dieu : il était religieux par mélancolie ; par là il était grand comme sa pensée.

Mais il étail grand aussi par le méprisqu il portait à la terre, ri par la noblesse et l'aristocratie de sa nature. C'était un aristocrate <lc tempérament ;ce qui était petit lui faisait horreur, il dédaignait le démocrate. Ses bassesses, ses œu> 1 C8j ses vulgarités, ses colères, ses férocités, ses supplices même, dont il avait été témoin ri victime par sa famille, el par son père, el pa mère, morte innocente <'n prison, en punition d'être née Qoble *, lui avaient donne un dégriùl haineux contre les mœurs de cette race, qui ne sentait alors sa grandeur qu en faisant sentir sa terreur. Cette haine du vulgaire faisait partie de sa grandeur; sa physionomie même et son goùl pour la solitude. lé trahissaient aux regards intelligents. Les démocrates l'adoraient de loin : ils devinaient en lui, car il avait trop d'orgueil pour l'avouer, un contempteur <lc leur nature, candeur dédaignait de Be faire accepter par eux. elle s'imposait. Quand il voulut se venger ou Be faire craindre, il prit lui-même les vices de la démocratie. C'est alors <|u'il écrivit contre Bonaparte ces calomnies auxquelles il ne croyait p

1. Double erreur. Le père fie Chateaubriand était mort d'apoplexie le 6 septembn - mère lui incarcérée pendant la Révolution, mais ne

mourut pas en prison elle en tortil l< • Ihermidor <■! vécu! jusqu'en En revanche, le frère ef la bolle-sœur de Chateaubriand périrent sui '

l.iud le ■} j a\ rit 1 7'/i

a. Le p.'implilct célèbre De Baonaparle >i •/• 1 Bourbon* (i8i4). - Lamartino l.iil Burtoul allusion h ce iru'il appelle ailleurs mensonge

du pape traîne par les cheveux à Fontainebleau [>ar le- main- -.*< ni' . l'emperenr n.

c'est alors qu'il écrivit contre M. Decazes, le plus doux des hommes, celte phrase suspecte et terrible, à propos de l'assassinat du duc de Berrv ' : Les pieds lui ont glissé dans le sang. Etre démocrate alors pour lui, ce n'était que descendre. Mais l'aristocratie était sou sang ; il était né grand. A olontairement ou involontairement, on sentait sa race ; on put le haïr, on ne put le mépriser. L'aristocratie du stvle trahissait en lui l'aristocratie de la nature. Il n'était pas né pour être un tribun de la multitude, mais pour être le roi des lettrés d'une époque.

On pourra lui contester beaucoup des qualités qui concourent à former un génie accompli, et à laisser de lui une idée digne de la mission d'un de ces hommes que la postérité relève après leur malheur ou leur mort.

Il ne fut point assez honnête - pour être offert en exemple à l'avenir.

11 chercha à briller plus qu'à servir.

Il eut l'idée juste et la conduite fausse.

Il affecta des passions, des affections et des haines qu'il n'avait pas.

11 eut un rôle dans sa vie politique, au lieu d'une conviction', et il en changea souvent 3.

Il fut à lui-même sa première pensée : toutes les fois qu'il

i. On sait que le duc du Lîerrv, fils du comte d"Artois, fut assassiné le i3 février 1820, en sortant de l'Opéra, par un fanatique nommé Louvel Cet événement provoqua la chute du ministère modéré que présidait Decazes, favori de Louis XVIII. Un Lltra, Clausel de Coussergue?, n'avait pas craint de déposer à la Chambre une demande de poursuites contre le ministère « comme complice de l'assassinat ». Le mot de Chateaubriand, inspiré par la passion politique, contribua à accréditer l'idée de cette complicité, à laquelle personne ne pouvait croire sincèrement.

2. Lamartine lui reproche surtout ses variations d'opinion : « Était-il parfaitement honnête d'écrire l'Essai sur les Révolutions en 17Ç1Ç1 et d'écrire le Génie du Christianisme en 1800 ? » demande-t-il quelques page-> plus haut.

3. Sans doute, mais Chateaubriand n'a pas changé plus souvent que beaucoup d'autres hommes de son temps, entraînés par le mouvement général de la nation.

i 01 RS i \ M 1 1 1ER DE l l l rÉRATURH

\ pul à choisir ontre ^.i patrie et lui, il ni qu'à lui

même ; il prit le décorum pour l'honneur, el l'honneur poui li vertu.

Tel lui l'homme, plus acteur que citoyen.

Malgré le nombre el l'éclal de ses images, il ne lui pai poète. Le mystère qui donne à I écrivain le droil de dire : Je citante, lui manqua ; il ne lil jamais que parler ri écrire, le chant inspiré faillit sur ses lèvres.

Mais, à cela près, il eut tous les talents qu'on peut emprunter à la terre, ri que l<v ciel ne donne pas directement ri mystérieusement à l'espèce humaine.

Et il eut même ces talents divers à un di gré qui se fait reconnaître de lui-même, qui devienl sa conscience dans l'âme d'autrui, qui réfute toutes les critiques, qui rem toutes» les jalousies el qui fait dire à tout un siècle: li. i:m

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