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I . Les célèbres banquiers Emile et Isaac Péreire

BÉRANGEB SOO

Puis c'étaient de jeunes ouvriers on grand nombre qui -■■ trompaient «le vocation en prenant leur travail manuel en dégoût cl qui s'admiraient eux-mêmes dans dea vers incultes qu'ils prenaient pour des promesses de génie, parce qu'ils ignoraienl les conditions rares et providentielles du \ rai génie. [1s venaient, leur rouleau crasseux sou- le bras, -i>lli< :iter un encouragement «lu maître. Béranger avail la patience de les lire ou de les écouter, mais il avait la conscience de les décourager rudement. « Ulez, ;• I lez . cela ne vaut rien ; faites des souliers, faites des chapeaux, faites des habits, mais ne faites jamais de vers. Vous me voulez du mal aujourd'hui de contrister votre amour-propre déplacé, vous m'en voudriez bien davantage dans ili\ ans de l'avoir encouragé. Laissez chanter les rossignols pour les heureux oisifs de la terre qui se lèvent tard; quant à \"H>. mes amis, n'écoutez chanter «pie le coq, « ] i ■ i csl le réveille-matin <lu bon ouvrier ! »

Ainsi se passait toute sa matinée jusqu'à l'heure où eo courtier des misères prenait sa canne et son chapeau pour sortir.

Il s'en allait à pied, dans la poussière où dans la boue, d'une extrémité de Pari- à l'autre: il présentait ses requêtes à toutes les administrations, il quêtait pour le pauvre chez tons les riches, il visitait dans tous les hôpitaux les malades pour lesquels il avait obtenu un lit ; puis j quand il lui restait un peu de marge de sa journée, # après ces sacrés devoirs accomplis, il venait s'asseoir el causer au coin de mon foyer on au chevet de mon lit ,\\<\- la quiétude d'une conscience qui a la satisfaction de sa journée sur le coin-.

El cettevie.il ne la dévouait plus à aucune vaine et secret popularité, il la dévouait véritablement et uniquement à Dieu et aux hommes : on le voyait au recueillement respectueux de sa physionomie et au timbre ému Je sa voix quand la conversation déviait vers les choses éternelles. Sa piété philosophique croissait en lui avec les années j de la vie.

Ses œuvres n'étaient pas seulement «1rs instincts satisfaits, ses œuvres étaient ses prières. Une des femmes qui le servaient dans ses derniers mois ' raconte qu'elle le surpril quelquefois agenouillé dans sa chambre, les mains jointes sur. le bord du lit, Comme l'enfant qui se.souvient des attitudes de sa mère. Il avait trop de goût pour être impie ; il avait trop d'âme pour être sans conversation dans la langue des soupirs avec le pays îles âmes.

CHATEÀUBR1 WD

Lamartine a souvent parlé de Chateaubriand. Il l'admirait et ne l'aimait pas: ébloui de son génie, il jugeait son caractère et sa conduite avec une extrême sévérité. Dans le CLX\ l Entretien du Cours familier <le Littérature, il développe ces sentiments contraires avecforce et abondance. — Nous détachons la fin de ce morceau de critique très personnelle.

...Son génie était grand, quoiqu'il fût loin d'être irréprochable. A ses premières publications, les hommes s'aperçurent qu'il n'était pas connue les autres hommes. L'instincl leur révéla que le grand style perdu depuis Bossuet, qui l'avait trouvé dans la Bible, était retrouvé dans les forêts du nouveau monde -. Il n'v était pas pour les Américains, peuple qui n'a que la grandeur de l'espace et la philosophie du lucre ; peuple sans ancêtres, pour lesquels le passé n'existe pas ; peuple brutal qui ne croit qu'à ce qu'il touche ; mais il \ était en germe dans l'immensité des œuvres de sa nature, non encore épousée par les hommes nouveaux. C'est de celle

i. Béranger mourut le iG juillet i<s">7, <lans sa Boixante-dix-septième année.

2. On sait que Chateaubriand) âgé de vingt-trois ans, était parti pour l'Amérique septentrionale, sous prétexte de chercher le fameux passage du nord-ouest.

union des hommes nouveaux usés par la civilisation avec la nature sauvage que devail naître la nouvelle Bible de l'humanité. Chateaubriand était le prophète gigantesque <'t mystérieux. Il né savail pas lui-même quel vent l'\ poussait: c'était le souille du vieux monde ; c'était l'instinct mâle de la génération des choses cherchant comme la virginité des mers, des forêts, des solitudes pour \ déposer la semence fécondante îles langues mûres el rajeunies. Il respira un moment cette atmosphère amoureuse des terres virginales, il

\ déposa son gé et itala, Iti-n,'-, [eGênie du Christianisme

naquirent. Lu nouveau prophète revint en Europe, apportant ces prodiges de parole. Chateaubriand parait avec eux comme un météore ; il ne sort d'aucune école, il est lui. Ne lui cherchez ni père ni mère; il est le Gis du désert, l'enfant trouvé dans les forêts. Il ne sai I d'où il vient, et tout le monde le regarde ; il ignore quelle langue il parle, el toute la terre l'écoute. <>n fait silence à ses premiers balbutiements. Le vieux siècle expirant dans les convulsions s'étonne et? se sent rajeuni.

Les lignes ébauchées dans itala el dans René soi\\. dès le premier jour, une révolution littéraire. Elles éteignent seules le bruit d'une turbulente révolution en Europe1. Aussi, voyez connue ce nom remplace tous les autres, même celui de Voltaire, le dictateur de l'intelligence universelle ; à peine s'en souvient-on encore, et il vient seulement de mourir au Seuil des temps qu'il a créés. Ce jeune homme, cependant, né Taisait que de naître -, personne ne lui avait rien appris ; à peine, avant de quitter Paris, avait-il causé avec quelques hommes médiocres du dernier siècle pour lesquels il affectait un culte : Ginguené, Esménard, Chènedollé, un peu Fontanes, Parny3, et à peine Chénier. Il regardait comme uue

i. Alain p;i m t en 1801 ; le Glinie du Christianisme el René, en 180a.

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