Divise, c.-à-d. sépare. Emploi classique, inaia démodé
3. Suivant les Evangiles, le heu où Jésus fut crucifié était hors de la ville (Jean, XIX, !"), et c'est dans un jardin voisin que s0 trouvait le sépulcre neuf où Joseph d'Arimathie déposa le corps du Christ {jbid., lu).
pénétrâmes dans le monumcnl intérieur qui serl de rideau de pierre ou d'enveloppe au tombeau même. Il esl divisé en deux petits sanctuaires : dans le premier se trouve La pierre où les anges étaien! ,is^is quand ils répondirent aux Bain tes femmes : Il n'est plus là, il est ressuscité* ; !<• second el dernier sanctuaire renferme le Sépulcre, recouvert encore d'uni pèce de sarcophage de marbre blanc qui entoure et cache entièrementà l'œil la substance même «In rocher primitif dans lequel le Sépulcre étail creusé. Des lampes d or el <l argent, alimentées éternellement, éclairenl cette chapelle, el des parfums v brûlent nuit et jour; l'air qu'on ) respire est tiède el embaumé. Nous v entrâmes un à un, séparément, sans permettre à aucun des desservants du temple d'j pénétrer avec nous, et séparés par un rideau de soie cramoisie du premier sanctuaire. Nousne voulions pas qu'aucun regard troublât la solennité du lieu ni l'intimité i\^> impressions qu il pourrait inspirer à chacun, selon sa pensée et selon la mesure el la nature de sa foi dans le : grand événement que ce tombeau rappelle; cbaeun de nous y resta environ un quart d heure, et nul n'en sortit les yeux secs. Quelle que soil la forme que les méditations intérieures, la lecture de l'histoire, les années, les vicissitudes du cœur el de l'esprit de L'homme aient donnée au sentiment religieux dans son âme, soit qu'il ait gardé la lettre du christianisme, les dogmes de sa mère, soit qu'il n'ait qu'un christianisme philosophique et selon I esprit, soit que le Chris! pour lui soit un Dieu crucifié, soit qu'il ne voie en lui <|iie le plus saint des bommes divinise par la vertu, inspiré par la vérité suprême et mourant pour rendre témoignage à son l'ère; que Jésus soit à ses yeux le fils de Dieu OU le fils de l'homme, la Divinité faite homme ou L'humanité divinisée, toujours est-il que Le christianisme est la religion de ses souvenirs, de son cœur et de son imagination, qu d ne s'est pas tellement évaporé au vent du siècle et de la v io. que lame où on le versa n'en conserve la première odeur, et ipic L'aspect des lieux et des monuments visibles de s.>n premier cidte ne rajeunisse en lui ses impressions et ne I ébranle d un solennel frémissement. Pour le chrétien ou pour le philoso-
i. Mathieu, WVIII, 6 , Marc, \V1, 6.
plie, pour le moraliste ou pour l'historien, ce tombeau est la borne qui sépare deux mondes, le monde ancien et le monde nouveau; c'est te point de départ d'une idée qui a renouvelé l'univers, d'une civilisation qui a tout transformé, d'une parole qui a retenti sur tout le globe : ce tombeau est le sépulcre du vieux monde et le berceau du monde nouveau ; aucune pierre ici-bas n'a été le fondement d'un si vaste édifice, aucune tombe n'a été si féconde, aucune doctrine ensevelie trois jours ou trois siècles n'a brisé d'une manière aussi victorieuse le rocher que l'homme avait scellé sur elle, et n'a donné un démenti à la mort par une si éclatante et si perpétuelle résurrection !
J'entrai à mon tour et le dernier dans le Saint-Sépulcre, l'esprit assiégé de ces idées immenses, le cœur ému d'impressions plus intimes, qui restent mystères entre l'homme et son àme, entre l'insecte pensant et le Créateur : ces impressions ne s'écrivent point ; elles s'exhalent avec la fumée des lampes pieuses, avec les parfums des encensoirs, avec le murmure vague et confus des soupirs; elles tombent avec les larmes qui viennent aux yeux au souvenir des premiers noms que nous avons balbutiés dans notre enfance, du père et de la mère qui nous les ont enseignés, des frères, des sœurs, des amis avec lesquels nous les avons murmurés. Toutes les impressions pieuses qui ont remué notre âme à toutes les époques de la vie, toutes les prières qui sont sorties de notre cœur et de nos lèvres au nom de Celui qui nous apprit à prier son père et le nôtre, toutes les joies, toutes les tristesses de la pensée dont ces prières furent le langage, se réveillent au fond de l'âme et produisent, par leur retentissement, par leur confusion, cet éblouissement de l'intelligence, cet attendrissement du cœur qui ne cherchent point de paroles, mais qui se résolvent dans des yeux mouillés, dans une poitrine oppressée, dans un front qui s'incline et dans une bouche qui se colle silencieusement sur la pierre d'un sépulcre. Je restai longtemps assis, priant le ciel, le Père, là, dans le lieu même où la plus belle des prières monta pour la première fois vers le ciel; priant pour mon père ici-bas, pour ma mère dans un autre monde, pour tous ceux qui sont ou qui ne sont plus, mais avec qui le lien invisible n'est jamais rompu : la com-
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munion de l'amour existe toujours; le nom de tous 1rs rires que j'ai connus, aimés, donl j'ai été aimé, passa de mes lèvres sur la pierre du Saint-Sépulcre. Je no priai qu'aprèa pour moi-même; ma prière fut ardente el forte; je demandais de la vérité el du courage devant le tombeau de Celui qui jeta le plus de vérité dans ce monde, el mourul avec le plus de dévouement à colle vérité dont Dieu l'avait fait le verbe; je nie souviendrai à jamais des paroles que je murmurai dans cette heure de crise pour ma \io murale. Peut-être fus-jc exaucé : une grande lumière de raison el de conviction se répandit dans mon intelligence et sépara plus clairement le jour des ténèbres, les cireurs des vérités: il y a des moments dans la vie OÙ les pensées de l'homme, longtemps vagues el douteuses, el Qottantes conune des flots sans lit, finissent par toucher un rivage où elles se brisent et reviennent sur elles-mêmes avec des formes nouvelles et un courant contraire à celui qui les a poussées jusque— là. Ce fut là pour moi un de ces moments: Celui qui sonde les pensées et les cœurs le sait, et je le comprendrai peut-être moi-même un jour. Ce fut un mystère dans ma vie, qui se révélera pi us tard1.