‹ Œuvres choisiesChapitre 34 sur 124 · LA MER MORTE · texte numérisé non relu

LA MER MORTE

d'un château des croises. bâti par eux apparemment pour garder cette route. Cette masure est inhabitée, et peut servir au contraire à abriter les Arabes en embuscade pour dépouiller les caravanes. Elle produit, au milieu de ces vagues de sable, l'effet d'une carcasse de vaisseau abandonnée sur l'horizon de la mer. En approchant de la mer Morte, les ondulations de terrain diminuent ; la pente incline insensiblement vers le rivage; le sable devient spongieux, et les chevaux, enfonçant à chaque pas, avance ni péniblement. Quand nous aperçûmes enfin la réverbération des Ilots, nous ne pûmes contenir notre impatience. Nous partîmes au galop pour nous précipiter dans les premières vagues qui dormaient devant nous, brillantes comme du plomb fondu, sur le sable. Le cheik de Jéricho et ses Arabes, qui nous suivaient toujours, croyant que nous voulions courir le djérid ' avec eux, partirent alors en même temps en tous sens dans la plaine, et, revenant sur nous en poussant des cris, brandissaient leurs longues lances de roseaux comme s'ils eussent voulu nous percer; puis, arrêtant court leurs chevaux et les renversant sur leurs jarrets, ils nous laissaient passer et repartaient de nouveau pour revenir encore. J'arrivai le premier, grâce à la vitesse de mon cheval turcoman ; mais, à' trente ou quarante pas des flots, le lit de sable mêlé de terre est tellement humide et d'un fond si marécageux, que mon cheval enfonçait jusqu'au ventre, et que je craignis d'être englouti. Je revins sur mes pas; et descendant de cheval, nous nous approchâmes à pied du rivage. La mer Morte a été décrite par plusieurs voyageurs8. Je n'ai noté ni son poids spécifique ni la quantité de sel relative que ses eaux contiennent; Ce n'était pas de la science ou de la critique que je venais v chercher. J'y venais simplement parce qu'elle était sur ma roule, parce

i. Le elieik de Jéricho et quinze à vingt de;, principaux Arabes de la ville avaient accompagné la caravane de Lamartine pour lui faire honneur Le « djérid » est une sorte de joute ou de fantasia dans laquelle on simule un comh.it.

?.. Entre autres Chateaubriand (Itinéraire de Paris à Jérusalem, IIIe partie), que Lamartine critique indirectement dans tout ce morceau. C'est ainsi que Chateaubriand, citant d'ailleurs Malte-Brun, note que « la pesanteur spécifique des eaux est de i 211, celle de IVau douce étant iooo », puis indique à grand renfort de chiffres la proportion des sels de chaux, de magnésie et de soude que ces eaux tiennent en dissolution

i4 VOYAGE EN" ORIENT

quelle était au milieu d'un désert fameux, fameuse elle-même par l'engloutissement des villes1 qui s'élevèrent jadis là où je voyais s'étendre ses flots immobiles. Ses bords sont plais du côté du levant et du couchant; au nord et au midi, les hanles montagnes de Judée et d'Arabie l'encadrent et descendent presque jusqu'à ses flots. Celles d'Arabie cependant s'en éloignent un peu plus, surtout du côté de l'embouehure du Jourdain, où nous étions alors. Ces bords sont entièrement déserts; l'air Y est infect et malsain. Nous en éprouvâmes nous-mêmes l'influence pendant plusieurs jours que nous passâmes dans ce désert. Une grande pesanteur de tête et un sentiment fébrile nous atteignit tous et ne nous abandonna qu'en quittant cette atmosphère. On n'y aperçoit pas d'île. Cependant, au coucher du soleil, du haut d'un monticule de sable, je crus en distinguer deux à l'extrémité de l'horizon, du côté de l'Idumée -. Les Arabes n'en savent rien. La mer a, dans celte partie, au moins trente lieues de long, et ils ne s aventurent jamais à suivre si loin son rivage. Aucun voyageur n'a jamais pu tenter une circumnavigation de la mer Morte ; elle n'a même jamais été vue par son autre extrémité, ni par ses deux rivages de Judée et d'Arabie. Nous sommes, je crois, les premiers' qui ayons pu en toute liberté l'explorer sous les trois faces, et, si nous avions eu à nous un peu plus do temps à dépenser, rien ne nous eût empêché de faire venir des planches de sapin du Liban, de Jérusalem ou de Jafla, de faire construire sur les lieux une chaloupe, et de visiter en paix toutes les côtes de cette méditerranéc merveilleuse. Les Arabes, qui ne laissent pas ordinairement approcher les voyageurs, et dont les préjugés s'opposent à ce que personne tente de naviguer sur celle mer, étaient alors tellement dévoués à nos moindres volontés, qu'ils n'auraient mis

i. Sodome et Ciomorrhe. La tradition biblique d'après laquelle l'emplaecment de ces villes et de toute la vallée de Siddim serait recouvert par la nier Morte (Genèse, XIV, 3) est purement légendaire.

2. I damée ou pays d'Edom. Nom antique de la contrée montagneuse cpii s'étend de l'extrémité méridionale de la mer Morte jusqu'au golfe Élanitique, dans la mer Rouge.

3. D'après le P.N'au, jésuite, auteur d'un Voyage de la Terre sainte (1679) cité par Chateaubriand, un certain Daniel, abbé de Saint- Saba, avait déjà fait le tour de la mer Morte.

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lirenl , Mais il était trop tard; il tui ail lai lu rusa loin, faire venir des charpentiers poui construin la barque: tout cela noua eùl |>n~. avec la navigation, au moins trois semaines, et noa jours étaient comptés. I j ren doni . non sans peine 1 n n I hi> l>~ m, ii

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