‹ Œuvres choisiesChapitre 43 sur 124 · ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

ROBESPIERRE

Nous savons par Lamartine lui-même qu'il se servit pour peindre Robespierre 1 1< s traits que lui avaient fournis des témoins oculaires : entre autres Mme Lebas, tille du menuisier Duplay, chez qui Robespierre logea depuis son arrivée à Paris, <t le terroriste Souberbiellc, qui avait été sou intime confident. Soue l'influence de ces témoignages, Lamartine s'est complu, non pas à embellir, mais à détailler minutieusement le personnage. Certains lui ont reproché d'avoir voulu faire l'apothéose de Robespierre : « On a trouve que le pinceau do

î. Nous .îvons déjà flit (p. i) que Lamartine se plaisait à \oir une forme du gouvernement républicain dans lu monarchie de Louis-Philiooe.

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.'i Mirai* m. Précipite de la tribune, il n remontai! I<- I m. tin ; humilié. | ir lea - pai lea murtm

mu' par ii>w> les partis, disparaissant entre I athlètes qui fixaient l'attention publique, il i'l vaincu, jamais lassé, ( >n «'ùt <lii «pi un génie intime el prophétique lui révélail d'avance la vanité de talents, la toute-puissant <• de 1 1 volonté el de la | entendue de lui seul lui disait dans l'àqi - hommes qui le méprisenl t'appartiennent; t"M> lea d< celle ulion qui ne veul paa te v"ti viendront aboutir a i"i. car lu l'es placé sui m route i oame l'inévitabli aboutit toute impulsion! i Cel bom

Il \ i des abîmes qu'on n (|u .m no veul paa approfondir, de peui <l \ trouvei trop de ténèbres et trop d'horreur; i l'histoire, qui ■ l'œil impossible du temps, m' doit comprendre ce qu'elle se charge de raconter.

Maximilien Robespierre était né à Vrras1 d'une ramillc pauvre, honnête -i respectée; mort en Mle-

mague, était d'origine anglais ' explique ce qu'il "> de puritain dans cette nature. L'évéque «I Vrras avait fait les frais de son éducation. Le jeune Maximilien - était dislin

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au sortir du collège, par une vie studieuse et par des mœurs austères. Les lettres et le barreau partageaient son temps. La philosophie de Jean-Jacques Rousseau avait pénétré profondément son intelligence; celte philosophie, en tombant dans une volonté active, n'était pas restée une lettre morte : elle était devenue en lui un dogme, une foi, un fanatisme. Dans l'âme forte d'un sectaire, toute conviction devient secte. Robespierre était le Calvin de la politique; il couvait dans l'obscurité la pensée confuse de la rénovation du monde social et du monde religieux, comme un rêve qui obsédait inutilement sa jeunesse, cpiand la Révolution vint lui offrir ce que la destinée offre toujours à ceux qui épient sa marche, l'occasion. 11 la saisit. 11 fut nommé député du tiers aux états généraux. Seul peut-être de tous ces hommes qui ouvraient à Versailles la première scène de ce drame immense, il entrevoyait le dénouement. Gomme l'âme humaine, dont les philosophes ignorent le siège dans le corps humain, la pensée de tout un peuple repose quelquefois dans l'individu le plus ignoré d'une vaste foule. 11 ne faut mépriser personne, car le doigt de la destinée marque dans l'âme et non sur le front. Robespierre n'avait rien, ni dans la naissance, ni dans le génie, ni dans l'extérieur, qui le désignât à l'attention des hommes. Aucun éclat n'était sorti de lui, son pâle talent n'avait rayonné que dans le barreau ou dans les académies de province; quelques discours verbeux, remplis d'une philosophie sans muscles et presque pastorale, quelques poésies froides et affectées avaient inutilement affiché son nom dans l'insignifiance des recueils littéraires du temps; il était plus qu'inconnu, il était médiocre et dédaigné. Ses traits n'avaient rien de ce qui fait arrêter le regard, quand il Hotte sur une grande assemblée; rien n'était écrit en caractères physiques sur cette puissance tout intérieure : il était le dernier mot delà Révolution, mais personne ne pouvait le lire.

Robespierre était de petite taille, ses membres étaient grêles et anguleux, sa marche saccadée, ses attitudes affectées, ses gestes sans harmonie et sans grâce ; sa voix, un peu aigre, cherchait les inflexions oratoires et .ne trouvait que la fatigue et la monotonie ; son front était assez beau, mais petit, bombé au-dessus des tempes, comme si la masse et le mouvement

ROBESPII l\RE

embarrassé de ses pensées l'avaienl élargi .'i force <l efforts vi'n\. très voilés par les paupières el très aigus aux extrémités, s'enfonçaient profondément dans les cavités de leurs orbites ; ils lançaient un éclair bleuâtre assez doux, mais vague et flottant comme un reflet » le l'acier frappé parla lumière son nez, droit el petit, était fortement tiré par des narines l'élevées et trop ouvertes ; sa bouche était grande, ses lèvres minces et contractées désagréablement aux deux coins, son menton court et pointu, son teint <l un jaune livide, comme relui d'un malade ou d'un homme consumé de veilles el de méditations. L'expression habituelle de ce visage était une sérénité superficielle sur un fond grave, et un sourire indécis

entre le sarcasme el la grâce. Il % .i\.nt de la il «ur, mais

une douceur sinistre. Ce qui dominait dans 1 ensemble de sa physionomie, c'était la prodigieuse et continuelle tension «lu front, des yeux, >]<■ la bouche, de tous les muscles de la face. On voyait en l'observant que ions les traits de son vis

c ne toul le travail de -<>n •'une. convergeaient sans <li^-

traction sur un seul point, avec une telle puissance «pi il n'y avait aucune déperdition de volonté dans < ,et <|u il

semblait \«>ir d'avance ce qu'il voulail accomplir, comme 8 il 1 eût eu déjà en réalité sous les yeux,

Tel était alors l'homme qui devait absorber en lm tous hommes, el en faire ses victimes après en avoir fail ses instruments. Il ii était d'aucun parti, mais de tous l< - partis qui servaient tour à tour son idéal de la Révolution. C'était là sa lorce, car les partis s'arrêtaient ; lui ne s'arrêtait pas. Il plaçait cet idéal comme un but en avant de chaque mouvement révolutionnaire; il marchait avec ceux qui voulaient l'atteindre; puis, quand le but était dépassé, il se plaçait plus loin et \ marchait encore avec d'autres hommes, en continuant ainsi, sans jamais dévier, sans jamais s'arrêter, sans jamais reculer. La Révolution, décimée dans sa route, devait inévitablement se résumer un jour dans une dernière expression. 11 voulait que ce lût lui. Il se L'était incorporée tout entière, principes, pensées, passions, colères, et la forçait ainsi de s incorporer un jour en lui. Ce jour était loin.

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