La prison des Carmes, située rue do Vaugirard
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.'i l'Abbaye à l'heure précise de I arrivée du dernier convoi el avec l'écrou des prisons sous sa main. Il avait reçu la veille les confidences de Marat par des membres du comité il<- -m veilla nce. Dan(bn avait l'ait portei les écrous à ce comité ; on \ avail épuré les listes. On \ i\.iii indiqué a Maillard ceux qu'il fallait absoudre, ceux qu'il fallait condamner Le i ment du reste avail été remis au tribunal <|ui %c formi sur les lieux. Ce tribunal ;is;iil l'arbitraire du peuple | >< .m r loi. On li-.iii l'écrou ; les guichetiers allaient chercher le |>i isonnier. Maillard l'interrogeait ; il consultait <l<" I œil I < >| >i nioii de ses collègues. Si le prisonniei était absous, Maillard disait : Quîon élargisse monsieur. S il était condai '•. une voix
dis. ut : I la Force1. Lia porte extérieure s'ouvrait à ce mol ; le prisonnier, entfatné li> »i ^ do seuil, tombait en hurlant.
Le massacre commença pai les Suisses1. Il j en avail cinquante à l'Abbaye, officiers ou soldats. Maillard les lit amener dans le guichet el les jugea en masst Vous assassiné le peuple au io août, leur dit-il; le peuple • J « mande vengeance. Vous allés être transportés • > la Force. — Gràci ienl les soldats en tombant à genoux II od s'agit pas de mourir, leur répond Maillard, il ne s'agit que de vous transférer dans une autre prison. Peut-être ailleurs vous fera-l un grâce. > Mais les Suisses avaient entendu les cris qui demandaient leurs Vies. Pourquoi nous tromper? disent-ils, nous savons bien que nous ne sortirons d'ici que pour aller .1 la mort I \ ces mots, un Marseillais el un oui bouchei entr'ouvrenl la porte; el indiquant d'un doigt tendu les Suisses-: Ulons! allons ! décidex-vous ! Marchons! Lo peuple s'impatiente! > Les Suisses reculent a ne un
i. C'est-à-diro qu'on loti ». On avait récemmenl I
formé 'Mi prison l'ancien bote! de la famille de La Force, situé dans lo quarlier du Mu .i- du \ massacra le lendemain, et la formule 'le condamnation
lut : .1 l'/tN
a. I li garde royale. Un sait qu'ils avaient été les principaux
défenseurs des ruilories pendant la journée dû io août.
3. On connaît le rôle de ces Marseillais, — qui avaient apporté > Paris le noiiM'l livinne national, — dans lo mouvement insurrectionnel. Le toao&t, i étaient eus qui avaient forcé les Tuileries.
86 lirSTOIRE DES GIRONDINS
Iroupcau à l'aspect de l'abattoir, et se groupent en masse dans le fond du guichet, en poussant des lamentations déchirantes et en se cramponnant les uns aux autres. « 11 faut que cela finisse, dit un des juges. Voyons, quel est celui qui sortira le premier? — Eh bien, ce sera moi, s'écrie un jeune sous-officier (1 une taille élevée, d'un front calme, d'une attitude martiale. Je vais donner l'exemple. Montrez-moi la porte. Par où faut-il aller ? »
. La porte s'ouvre. 11 lance son chapeau derrière lui en criant adieu à ses camarades, et franchit le seuil. Sa beauté, sa résolution frappent dé stupeur les assassins. Ils s'écartent en baie. Ils le laissent s'avancer jusqu'au milieu de la cour. Mais, revenant bientôt de leur surprise, ils forment, en se rapprochant, un cercle de sabres, de piques et de baïonnettes dirigés contre lui. Il fait deux pas en arrière, promène tranquillement ses regards sur ses assassins, croise ses bras sur sa poitrine, reste un moment immobile comme attendant le coup, puis, voyant que tout est prêt, il s'élance de lui-même la tète en avant sur les baïonnettes et tombe percé de mille coups. Sa mort entraîne celle de ses cent cinquante camarades. Ils tombent les uns après les autres sur le pavé comme des taureaux assommés. Les tombereaux ne suffisent pas à déblayer assez vite les corps : on les empile des deux côtés delà cour pour faire place à ceux qui doivent mourir. Le baron de Reding mourut le dernier. Ce jeune officier était rematqué, par l'élévation de sa stature et par l'expression mâle de ses traits, dans cette race d'enfants des montagnes, où la nature fait tout plus grand el plus beau.
Blessé aux Tuileries*, Reding avait une épaule cl une cuisse cassées par les balles. On l'avait transporté du champ de bataille à l'Abbaye. Jeté sur un grabat dans un coin sombre de la chapelle, le moindre mouvement disloquait ses membres fracturés et lui arrachait des gémissements. L ne femme qui l'aimait avait obtenu à prix d'or des commissaires des prisons la permission de venir le soigner. Déguisée en garde-malade des hôpitaux, elle passait les journées entières auprès du lit de Reding. Bien que reconnue par plusieurs,
i . Le io août.
LE .» SËP1 EMBRE
tous affectaient de se tromper à son déguisement* ll> respectaient le mystère qui cachait tanl d'amour dans i>uii de dévouement. I! ne restait plus de Suisses1 à immoler. Le silence avait succédé depuis un moment, dans la cour, aux coups de
el au bruit de la chute des corps sur le p I sins buvaient. Keding se croyait oublié ou éparg S .>mpagnons de chambre le félicitaient tout bas. Mais les victimes comptées dans la rue ne correspondent pas au nombn détenus: il manque un Suisse. On se souvient du bl Trois égorgeurs, le sabre à la main, précédés d'un guichetier portant une torche, entrent dans la chapelle •■( demandent Rcding. L'amante qui le veille s'évanouit .1 ce nom. Redin° conjure ses bourreaux <!<• !<• tuei dans son M [unir lui éviter !<• supplice d'être transporté, après les supplices qu'il a déjà soufferts. Il- s'j refusent .1 \ < « des railleries L'un
d'eus le prend dans ses ln.i>. le charge sui ses épaules, les jambes en avant, la tête renvei sé< en arrière Le blessé i d'involontaires hurlements. Suit férocité, soit pitié, up de ses assassina scie ayee la lame de son sabre le cou pendant de Reding. Ses cris -<>ni étouffés dans son sang. Il arrive iiiuit au pied de l'escalier. On jette son cadavre aui i eeurs.
ll> >c reposaient un moment. La nuit tombait. Des torches éclairaient la cour. Vssis les | Is dans le sang, ces salariés du crime mangeaient el buvaient comme l'ouvrier après sa tâche achevée. La tâche n'était qu'interrompue. La commune, officiellement avertie des □ avail en Manuel, BillauoVVa rennes el d'autres commissaires aux j > r- i — sons, pour rejeter du moins la responsabilité 'lu crime et pour témoigner <li" quelques efforts tentés contre i nats. Ces harangues, intimidées par l'attitude des meurtriers el par les .unies teintes de sang, ressemblaient plus .'» des adulations qu'à des reproches. <>n \ sentait la connivence <>u la peur. Le peuple les interprétai! comme des encouragements. Quelques-Unes mêmes étaient des félicitations çl des provocations à de nouveaux meurtres. Braves citoyens, ilii Billaud-
Varennes dans la cour de l'Abbaye, vous venez d'égorger de grands coupables; la municipalité ne sait comment s'acquitter envois vous. Sans doute les dépouilles de ces scélérats appartiennent à ceux qui nous en ont délivrés. Sans croire vous récompenser, je suis chargé d'offrir à chacun de vous vingt-quatre livres1, qui vont vous être payées sur-lechamp. »
Pendant que Billaud- Varennes parlait ainsi, le massacre, un moment suspendu, recommençait sous ses yeux. Le vieux commandant de la gendarmerie, Rulhièrcs, déjà percé de cinq coups de pique, dépouillé et laissé pour mort, courait nu et sanglant autour de la cour, les mains en avant, cherchant à tâtons les murs, tombait de nouveau et se relevait encore, dans la lutte de l'agonie. Cette fuite sans issue dura dix minutes!
Après les Suisses, on jugea en masse tous les gardes du roi emprisonnés à l'Abbaye. Leur crime était leur fidélité au 10 août. 11 n'y avait pas de procès. C'étaient des vaincus. On se borna à leur demander leurs noms. Livrés un à un, leur massacre fut long; le peuple, dont le vin, l'eau-de-vie mêlée de poudre, la vue et l'odeur du sang semblaient raffiner la rage, faisait durer le supplice comme s'il eût craint d'abréger le spectacle. La nuit entière suffit à peine à les immoler et à les dépouiller.
L'abbé Sicard 2 et les deux prêtres réfugiés comme lui dans une petite chambre attenante au comité virent, entendirent et notèrent toutes les minutes de celle nuit. Une vieille porte percée de fentes les séparait de la scène du massacre. Ils distinguaient le bruit des pas, les coups de sabre sur les têtes, la chute des corps, les hurlements des bourreaux, les applaudissements de la populace, les voix mêmes des amis qu'ils venaient de quitter, et les danses atroces des femmes et des enfants, aux lueurs des flambeaux et au chant de la Carmagnole, autour des cadavres. De moment en moment des députalions d'égorgeurs venaient demander du vin au comité, qui
i. La livre valait un peu moins que le franc actuel.
2. L'abbé Sicard (i7«3-t82a), l'instituteur des Bourds-muets, faisait partie du dernier convoi de prisonniers amené le jour uiéuie à l'Abbaye. Il fut de ceux qui échappèrent a la mort.
LOUIS XVI DEVANt LA < ONVBNTiOfl
leur en faisait distribue) tfes femmes apportèrent 'i ma ;'i leurs maris au lever du jour, pour l<-- soutenir, disaient elles, dans leui rude travail: manœuvres de la morl abrutis pai la misère, l'ignorance et la faim, poui qui tuer était gagnci -.1 » ie '
Les tombereaux commandés pai la commune vidèrent,
pendant ce repas, les cours des m aux de cadavres qui les
obstruaient. L'eau ne suffisait |us .1 lavei I glissaient
dans le sang. Les isa issins, .in. ml de reprendre leur ou\ étendirent un lii de paille sur une partie de la coui 1 1 •» < ou m Mini cette litière des vêtements des \i< times. Il- décidèrent 1 titre eux de ne plus luei que sur ce m itelaa de paille et de laine, poui que le sang, bu pai les habits, ne se répandit plus
sur les pavés. Il- disposèrent 'I-'- bancs autour 'I thé
pour qu'au rel le la lumière les t les hommes
curieux de I agonie pussent assista 1 assisel en ordre
taclc. Ils placèrent aul ■ dy préau des sentinelles ch
fi la police. \u point du jour, ces bancs trouvèrent en effet
des femmesel des boramesdu quartier * I *- I Vbbaye pom tateurs, et ces meurtres des applaudissements] Pendai temps-là Maillard et les juges prenaient leui repas dansle gui< bel. Vprès .i\<>ii fumé tranquillement leurs pipes, il- dormirent vin- remords sur leurs bancs déjuges, et reprirent des mi- 1 ccu\ re «lu lendemain.
\\ MI LOUIS \ 1 / DEVANT LA I fOA
Louis \\ I. d< puis lo i" août, cuul prisonnies au Terni
famillo. Son 1 • 1 • la Convonti moionça la 1 1
il comparut ce j« mr- J.i à la barra de l'Assombl< •-.
Paris, ce jouMà, était un camp sous les armes; l'as «1rs baïonnettes et du canon comprimait tout, jusqu .1 la curiosité '■ Le mouvement de la vie semblait suspendu. Ton- les postes étaient doublés. Un appel était fait toutes les beures
pour s'assurer do la présence des gardés nationaux. Un piquet de deux cents baïonnettes vrillait dans la cour de chacune des quarante-huit sections. Une réserve avec du canon campait dans les Tuileries. De fortes patrouilles échangeaient leur qui-vive sur toutes les places et dans toutes les rues.
L'escorte rassemblée le matin au Temple ' était un corps d'armée tout entier, composé de cavalerie, d'infanterie et d'artillerie. In escadron de gendarmerie nationale à cheval marchait en tête du cortège. Trois pièces de canon avec leurs caissons roulaient derrière. La voiture du roi suivait ces canons. Elle était flanquée d'une double colonne d'infanterie, qui marchait entre les roues et les maisons; un régiment de cavalerie de ligne formait l'arrière-garde, suivie encore de trois pièces de canon. Chacun des soldats qui composaient ce jour-là la force armée de Paris avait été choisi et désigné par la commune sur les renseignements des chefs. Les fusiliers portaient seize cartouches dans leur giberne. Prêts au feu, les baladions ou escadrons de l'escorte marchaient à une distance telle les uns des autres, qu'à la première alarme ils avaient l'espace nécessaire pour se former en bataille. Les citoyens désœuvrés étaient rudement écartés de la voie publique et renvoyés à leurs travaux. Les allées d'arbres qui encaissent les boulevards, les portes et les fenêtres des maisons étaient encombrées de tètes. Tous les regards cherchaient le roi. Le roi lui-même regardait la foule, soit que ses yeux, longtemps sevrés de la vue des hommes assemblés, éprouvassent une jouissance machinale à les revoir, soit qu'il cherchât dans la physionomie de ce peuple quelque signe d'intérêt ou d'attendrissement. Sa figure, altérée par tant de mois de souffrances et de réclusion, frappait le peuple sans l'attendrir. L'ombre du Temple avait imprimé à son teint ce ton livide qui semble un reflet des cachots. Sa barbe, qu'il avait été forcé de laisser croître depuis qu'on lui avait enlevé tous les instruments tranchants de toilette, hérissait son menton, ses joues et ses lèvres de poils blonds touffus, rebroussés, qui enlevaient loule expression et même toute mélancolie à sa bouche. Sa vue
i. La tour du Temple, ancienne demeure du grand maître de l'ordre des Templiers, s'élevait, près des boulevards, dans la rue nommée aujourd'hui encore rue du Temple. Elle a été démolie en loi!.
I oi i^ \\ i di:\ \M LA Ci WVEN riON 91
basse (lollail ég trée el éblouie sur la Poule, comme un regard
qui cherche en vain un front ami pour se poseï La
; c de sa taille, amincie au feu de sea inquiétudea el de
■es veilles, s'était changée en maigreur. Sesj i décharnées
retombaient en plis ^m- son collet. Sea habita, ii"|> I ruinais pour -a taille, glissaient de ses épaulas el ressemblaient à des habits d'emprunt jetés par la charité publique mu le corps (| un misérable. Tout s.m aspect semblait calculé parla haine ou combiné par le hasard poui présenter aux re* du peuple quelque chose de rude et de repoussant, plutôt que de triste et d'attendrissant. C'était le spectre de la royauté conduit au supplice, costumé poui laisser en pasa iot son empreinte et -■ h souvenir dans la foule.
Le cortège suivit le boulevard, la rue des Capucines et la place Vendôme pour se rendre à la salle de la Conventi l h profond silence régnait dans la foule. Chacun semblait
recueillir son émotion et sa respirati lans >.i poitrine. On
sentait qu'une grande heure de la destinée passait sur la France, Le roi paraissait plus impassible que le peuple. Il regardait el reconnaissait les quartiers, lesrues, les monuments; il lea nommait .» h. mie voix au maire3. En passant devant 1rs portes Saint-Denis et Saint-Martin, il demanda lequel de ces deux arcs de triomphe devait être abattu ordre de la ( Convention.
Anne dans la ("m des Feuillants, S,in'. t de
cheval et, debout à -la portière, posa la main bui l< bras du prisonnier et le conduisit à la barre de la Convention.
Citoyens des tribunes, dit le président1, Louis est à h barre. Vous allez donner une .ira m le leçon aux i"i-. un ■ et utile exemple aux nations S enez-vous du silence, qui
i. Ii Convention siégeait dans l'ancien mon
lerii .-.
a. Le Girondin Chambon de Montaux, 11 avait élé élu maire de Pa ■ de Jours anj novembre), en remplacement de Pétîon.
3. Chiiiiii.iik1.uiI en chef de la ^.ml," nationale parisienne. La Con\ : lui avait confié la haute surveillance de Louis W I ',. Barere
accompagna Louis ramené de Varennes, silence précurseur du jugement des rois par les peuples. »
Le roi s'assit en face du fauteuil et dans la même enceinte où il était venu jurer la constitution. On fit lecture de l'acte d'accusation : c'était la longue «numération de tous les griefs que les factions de la Révolution avaient successivement élevés rontre la couronne, en v comprenant leurs propres actes, depuis les journées des 5 et G octobre à Versailles jusqu'à la journée du 10 août. Toutes les tentatives de résistance du roi au mouvement qui précipitait la monarchie étaient appelées trahisons ; c'était bien plus l'acte d'accusation de son caractère et des circonstances que l'acte d'accusation de ses crimes. Il n'y avait cjuc sa nature de coupable. Mais le temps trop lourd pour tous, on le rejetait sur lui tout entier. Il payait pour le trône, pour l'aristocratie, pour le sacerdoce, pour l'émigration, pour La Fayette1, pour les Girondins, pour les Jacobins eux-mêmes. C'était l'homme émissaire des temps antiques, inventé pour porter les iniquités de tous.
A mesure que se déroulait devant lui ce tableau des fautes de son règne, et qu'on remuait le sang du Champ-de-Mars -, du 20 juin3 et du 10 août, pour en détourner la responsabilité sur lui seul, quelques-uns des conspirateurs de ces journées répandus parmi ses juges, tels que Pétion, Barbâroux, Louvet, Caria, Marat, Danton, Legendre. ne pouvaient s'empêcher de rougir et de baisser les yeux. Leur conscience leur disait intérieurement qu'il y avait pudeur à déclarer auteur de ces attentats celui qui en avait été la victime. Ils se vantaient hautement quelques jours avant d'avoir ourdi ces conspirations contre le trône. Mais le sentiment du droit est si fort parmi les hommes, que, même quand ils le violent, ils en affectent encore l'hypocrisie, et que les conspirateurs les plus avoués, non contents d'avoir la victoire, veulent encore avoir la légalité de leur côté.
1. On sait comment l'opiniâtre fidélité de Lafayette à un régime tombé l'entraîna à quitter la France à la suite du 10 août : pris par les Autrichiens, il paya sa défection d'une longue et rude captivité,
2. Le 17 juillet J791, la garde nationale avait fusillé les républicains au Champ-de- Mars .
3. Inexact : la manifestation insurrectionnelle du 2 o juin 1792 n'avait été marquée par aucune effusion de sang Le 10 aoûl avait fait, au contraire, plusieurs milliers de \ idiotes.
LOUIS \YI DEVAN1 I \ l ONVENTION 93
Le roi écouta, cette lecture dans l'attitude d'une impassible attention. Seulement, a deux <>u trois passages où l'accusa lion dépassai! Ie> bornes de l'injustice et de la vraisemblance, et où on lui reprochait le sang du peuple si religieusement i gné par lui pendant toul son règne, il ne put s'empèchei de traliii |'ir un sourire amer et par un mouvement involontaire des épaules l'indignation contenue <|ui L'agitait. On \>>\.iii qu'il s'attendait à tout, excepté .'i l'accusation d'avoii été un prince sanguinaire. Il leva les yeux au ciel el prit contre les hommes Dieu à témoin.
Bar ère, qui présidait ce jour-là la Convention, résumant en quelques phrases i bai un des textes raisonnes de I a :cusation, procéda à l'interrogatoire du roi l n des secrétaires de l'Assemblée, Valaxé, s'approchanl de la barre, plaçait à mesure sous les yeux « 1 « * l'accusé toutes les piè< es qui se r;i | >j >< m taient à I affaire. Le président demandait au roi - il n lit ces
pièces. C'est ainsi qu'on lui représenta tous les papiers o-mcernant la tnhison de Mirabeau et de La Fayette trouvés dans L'armoire de fer1, où il les ; i \ . « i t enfouis lui-même; sa lot tro confidentielle aux évèques pour désavouer l'acceptation de la constitution civile <ln i lérgé : d'autres lettres accusatrices si-
>s de lui "ii écrites en entier île sa propre main : enfin des notes sociétés de M. de Laporte, intendant de son trésor particulier, attestant l'emploi de sommes considérables poui rompre les Jacobins, les tribunes de I assemblée, les faubourgs
Louis \\ 1 .iv.ut deux manières i gaiement nobles de se défendre: la première, c'était <le refuser toute réponse et de s'envelopper dans l'inviolabilité du roi ou dans la résignation du vaincu; la seconde, c'était d'avouer hautement les efforts
i. La rameuse armoire de fer des Toileries, fabriquée par le mi luimême, et dont l'existence fat révélée pat L'indiscrétion d'an ouvri
qu'il avait faits et qu'il avait dû faire pour modérer les grands chefs du parti de la Révolution et les ranger du côté de la royauté menacée, que son sang, son rang, son serment à la constitution l'obligeaient de défendre, puisque la royauté faisait elle-même partie de cette constitution. Le roi le pouvait d'autant plus qu'aucune des pièces de l'armoire de 1er ne prouvait directement un concert avec les puissances étrangères contre la France. Il ne trouva dans sa présence d'esprit ni l'un ni l'autre de ces deux systèmes de réponse, qui, s'ils n eussent pas sauvé sa vie, auraient du moins préservé sa dignité. Au lieu de répondre en roi par le silence, ou en homme d'Etat par l'aveu hardi et raisonné de ses actes, il répondit en inculpé qui dispute l'aveu des faits. Il nia les notes, les lettres, les actes; il nia jusqu'à l'armoire de fer, qui, scellée par lui-même, s'était ouverte pour révéler ses secrets. L'angoisse de son esprit ne lui laissa pas le temps de délibérer sur ce qu'exigeait de lui sa rovauté ; peut-être l'entraînement d'une première dénégation le conduisit-il à tout nier, après avoir nié quelque ebose, pour ne pas être convaincu en face de déguisement, ou plutôt' pour ne pas compromettre ses serviteurs par ses aveux. 11 voulut aussi sans doute réserver à ses défenseurs la liberté entière de leurs paroles. Enfin il pensa à sa femme, à sa sœur, à ses enfants, plus qu'il ne convenait peut-être dans un pareil moment. II décolora ainsi sa défense. De ce jour il ne fut plus un roi qui luttait avec un peuple, il fut un accusé qui contestait avec des juges, et qui laissait intervenir des avocats entre la majesté du trône et la majesté de l'échafaud.